Pour toute nation, une échéance électorale majeure telle que l’élection présidentielle suscite légitimement quelques appréhensions. A fortiori si la nation en question est nichée au cœur d’une zone aussi sensible que la Corne de l’Afrique et pas si lointaine d’un Golfe arabo-persique à feu et à sang.

Mais faut-il pour autant céder à l’inquiétude à l’approche du 10 avril 2026 ? La réponse, très claire, est non. Djibouti n’est pas une démocratie improvisée au gré des circonstances, bien au contraire. Notre pays s’inscrit dans une longue tradition électorale qui précède même l’accession à l’Indépendance.

Dès l’époque coloniale, les pratiques électives avaient commencé à structurer la vie politique, familiarisant les citoyens avec les mécanismes du choix démocratique. Cette antériorité historique a permis l’émergence progressive d’une culture politique fondée sur la participation, le débat et, surtout, l’acceptation du verdict des urnes.

Après l’Indépendance, cette tradition a continué de se perpétuer. Mieux encore, elle s’est consolidée. En quatre décennies d’existence, aucune date électorale n’a été escamotée. Toutes les échéances électorales prévues par la Constitution sont respectées. Présidentielles comme législatives sont tenues dans les délais impartis, conformément aux dispositions constitutionnelles.

Chez nous, le calendrier électoral n’a jamais été bousculé. La Loi fondamentale n’a jamais été suspendue, les résultats des votes n’ont jamais été annoncées des semaines après le jour du scrutin. Cette constance mérite d’être soulignée. Elle résulte d’une volonté politique affirmée au plus haut niveau de l’Etat.

Plus révélateur encore est la maturité des citoyens électeurs eux-mêmes.

Aucun scrutin, qu’il soit présidentiel ou législatif, n’a donné lieu à des dérapages populaires majeurs. L’expression « troubles post-électoraux », très prisée par certains médias étrangers quand ils informent sur l’Afrique, n’a jamais pu être utilisée à l’égard de Djibouti.

Cette réalité, souvent passée sous silence, constitue pourtant une marque de stabilité et de fierté. Elle témoigne d’un sens aigu des responsabilités, d’un attachement à la paix civile et d’une capacité à faire primer l’intérêt national sur les passions partisanes.

Là où ailleurs les élections peuvent devenir des facteurs de division, ici, elles demeurent des moments d’expression encadrée et maîtrisée. Le recours à la violence est rejeté comme un non-sens, car les Djiboutiens, dans leur majorité, ont une compréhension profonde de ce que vaut l’État et de ce que coûte son instabilité.

Certains, de l’extérieur, projettent sur le pays des inquiétudes propres à d’autres contrées, sans doute par méconnaissance des réalités d’une terre qu’ils ont longtemps désertée. D’autres, de l’intérieur, se répandent en propos alarmistes, par calcul politicien mesquin. Aux uns et aux autres, il convient donc de rappeler cette réalité simple : la démocratie djiboutienne, avec ses spécificités et son histoire, repose sur des fondations solides.

Loin donc de scruter l’horizon avec appréhension, les Djiboutiens regardent l’échéance d’avril avec confiance. Non par naïveté, mais par expérience. Non par déni des risques, mais par conviction que la stabilité du pays est l’œuvre d’un peuple responsable et résolument tourné vers la préservation de la paix. la 10 avril, la nation votera et ne vacillera pas.