La campagne présidentielle du 10 avril prochain à Djibouti est désormais pleinement engagée. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a démarré sur les chapeaux de roue, révélant dès ses premières heures l’intensité d’un scrutin qui s’annonce décisif pour l’avenir du pays. Deux visions, deux dynamiques, deux lectures du présent et de l’avenir s’affrontent désormais dans l’arène politique nationale : celle de la continuité portée par le président sortant, Ismail Omar Guelleh, et celle de la rupture incarnée par son challenger, Mohamed Farah Samatar.
D’un côté, un chef de l’État fort d’un bilan que ses partisans qualifient de remarquable. Depuis qu’il a pris les rênes du pays, Ismail Omar Guelleh a su imposer une trajectoire marquée par la stabilité dans une région souvent tourmentée, tout en engageant des chantiers structurants dans les infrastructures, les services sociaux et le positionnement stratégique de Djibouti sur la scène internationale. Son discours d’entrée en campagne, empreint d’humilité, tranche avec toute tentation triomphaliste : il ne s’agit pas, pour lui, de « commencer », mais de « poursuivre ». Une manière de s’inscrire dans la continuité d’un projet déjà engagé, tout en esquissant de nouvelles ambitions, notamment en matière de transformation économique, de protection sociale et de formation des jeunes.
Cette continuité s’appuie sur une machine politique bien rodée : l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP). À Dikhil, le premier grand meeting du candidat sortant a donné la mesure de cette force de mobilisation. Une démonstration impressionnante, à la fois populaire et logistique, où des milliers de citoyens, venus de toute la région, ont affiché leur attachement à un leadership qu’ils jugent rassurant et expérimenté. Dans cette dynamique, l’argument central reste la stabilité : celle d’un pays préservé des turbulences régionales, celle d’un cap maintenu dans la durée, celle d’un développement progressif mais tangible.
En face, la campagne du candidat du Centre Démocrate Unifié (CDU), Mohamed Farah Samatar, dit Khaireh, s’inscrit dans une tout autre logique. Celle d’un appel à la rupture. À Tadjourah, son meeting inaugural a lui aussi suscité une forte mobilisation, portée par un discours résolument tourné vers le changement. Le candidat de l’opposition entend rompre avec les pratiques politiques qu’il juge dépassées, en proposant un « pacte avec le peuple » fondé sur la justice sociale, la transparence et une meilleure répartition des richesses.
Là où certaines oppositions ont pu, par le passé, être accusées de se limiter à la critique, Mohamed Farah Samatar revendique une approche différente: celle d’un projet structuré, concret et orienté vers les préoccupations quotidiennes des citoyens. Santé, éducation, emploi, coût de la vie: autant de thèmes qu’il place au cœur de son programme, avec l’ambition de redonner espoir à une partie de la population en attente de changements plus rapides et plus visibles.
Ainsi, au-delà des discours et des mobilisations, cette campagne dessine les contours d’un véritable débat de fond : faut-il consolider les acquis au nom de la stabilité ou accélérer les transformations au nom de la justice sociale ? Continuer sur une trajectoire éprouvée ou tenter une nouvelle voie ?
Dans ce contexte, un impératif s’impose à tous les acteurs : celui d’une campagne apaisée, digne et à la hauteur des enjeux. Les attentes des citoyens sont claires. Ils aspirent à un débat d’idées, à une confrontation de programmes et de visions, loin des invectives, des caricatures et des tensions stériles. La maturité démocratique se mesurera aussi à la capacité des candidats et de leurs partisans à privilégier l’argumentation sur l’affrontement.
Car au bout du compte, au-delà des candidats, c’est bien l’avenir de Djibouti qui se joue. Et cet avenir mérite mieux que des anicroches : il exige hauteur de vue, responsabilité et respect du choix souverain des électeurs.
Kenedid Ibrahim Houssein








































