En clôturant le Forum consacré à l’identité numérique, le président de la République, Hadji Ismail Omar Guelleh, n’a pas seulement salué une réussite technologique. Il a, aussi, posé les termes d’un débat politique majeur : celui de la place du citoyen dans l’État numérique en construction.
Derrière l’annonce du lancement de la plateforme Mobile ID, c’est une vision de la modernité djiboutienne qui se dessine, entre ambition de performance administrative et exigence de souveraineté. L’identité numérique n’est pas un gadget technologique, mais une infrastructure invisible, comparable à une route ou à un port. Autrement dit, c’est un socle sans lequel l’économie digitale ne peut ni circuler ni prospérer.
Cette approche est politiquement lucide car elle reconnaît que la compétitivité d’un État, au 21e siècle, ne se mesure plus seulement à ses ressources naturelles ou à ses investissements physiques, mais à sa capacité à organiser, sécuriser et valoriser les données.
L’identité numérique transforme aussi le rapport entre l’État et les citoyens. En promettant une administration plus rapide, plus transparente et plus proche des usagers, elle fait entrevoir moins de files d’attente, moins d’intermédiaires, moins d’arbitraire. Autrement dit, une promesse implicite de rationalisation du pouvoir administratif, dans un pays où les lourdeurs bureaucratiques ont longtemps été perçues comme un frein structurel au développement.
Cependant, ne soyons pas naïfs en pensant que l’innovation est sans risques. Usurpation d’identité, piratage, espionnage, ingérences… tels sont les dangers liés à la centralisation des données, si elle est mal gouvernée. En pointant du doigt ce facteur de vulnérabilité plutôt que de souveraineté, le chef de l’État fait preuve de lucidité et met en garde contre l’optimisme technologique béat.
En filigrane, une question fondamentale est posée : à qui appartient réellement l’identité numérique ? À l’État qui la gère ? Aux plateformes qui l’exploitent ? Ou au citoyen qui en est le porteur? La réponse est attendue, mais la voie est ouverte à un nouveau contrat social numérique, fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité.
Car c’est bien là l’enjeu politique ultime. L’identité numérique ne sera acceptée que si elle est perçue comme un outil d’émancipation. Elle devra garantir l’accès aux droits. Elle devra renforcer la citoyenneté. Elle devra protéger les données personnelles avec la même rigueur que l’État protège ses frontières physiques.








































