Certaines contrées sont-elles plus favorables que d’autres pour nos athlètes ? En 1985, à Hiroshima, trois fils de ce pays – Ahmed Salah, Robleh Djama et Abdillahi Charmaké – inscrivaient notre drapeau dans la légende du marathon mondial en se classant respectivement 1er, 3e et 7e. Quarante et un ans plus tard, à Osaka, un autre nom s’élève : Ibrahim Hassan Bouh, dit Ogaas.
En 2h 5mn 20s, il ne s’est pas contenté de remporter l’épreuve. Il a battu le record national et replacé son pays au cœur du concert mondial de l’athlétisme. Il a surtout rappelé cette vérité simple et puissante que Djibouti est petit par la taille, mais immense par l’endurance.
C’est à croire que le Japon est devenu le miroir de notre persévérance. Hiroshima, ville martyre, fut le théâtre de notre affirmation internationale. Osaka, métropole vibrante, consacre aujourd’hui notre résilience moderne. Entre ces deux dates, plus qu’un intervalle chronologique, il y a une traversée nationale, chaque victoire sportive étant aussi un message politique.
Dans les années 1980, nos champions couraient pour prouver que Djibouti existait. Aujourd’hui, Ogaas court pour démontrer que Djibouti progresse. Son chrono – parmi les meilleurs mondiaux de la saison – n’est pas seulement une performance individuelle. Il est l’expression d’un encadrement technique renforcé et d’une préparation scientifique.
Djibouti possède une tradition incontestable en demi-fond et en fond. Nos terres arides ont forgé des tempéraments d’acier. Mais le talent naturel ne suffit plus. Le monde du marathon est devenu un laboratoire d’excellence où se conjuguent science, technologie, nutrition et stratégie.
La victoire d’Osaka est donc un tournant et elle nous oblige. Elle oblige l’État à structurer davantage les filières de détection. Elle oblige les entreprises nationales à investir dans le sponsoring sportif. Elle oblige les médias à valoriser ces modèles d’effort et de discipline. Elle oblige enfin notre jeunesse à comprendre que l’excellence n’est pas un hasard, mais une méthode.
En 1985, Ahmed Salah et ses compagnons avaient ouvert la voie. En 2026, Ibrahim Ogaas la réinvente. Ce qui frappe dans cette performance, ce n’est pas seulement l’accélération finale qui a distancé ses rivaux dans les derniers kilomètres. C’est la maîtrise et la patience. Autrement dit, la stratégie. Et la stratégie, en politique comme en sport, est l’art des nations qui durent.
Djibouti entre dans une nouvelle phase de son histoire : modernisation des infrastructures, transition numérique, ambition régionale affirmée…etc. La victoire d’Osaka s’inscrit dans cette dynamique, elle en devient même une métaphore. Un pays qui gère son effort, qui accélère au moment décisif, qui franchit la ligne en solitaire… voilà l’image que renvoie Ogaas au monde.
Il ne court pas seulement pour lui. Il court pour 1 million de Djiboutiens. Et dans son souffle, c’est toute une nation qui respire plus large. La leçon à retenir ici, c’est qu’entre Hiroshima et Osaka, Djibouti n’a jamais cessé d’avancer. Par petites foulées, par grandes accélérations, mais toujours avec constance. Les grandes nations se bâtissent dans l’effort. Et parfois, elles se révèlent au 42e kilomètre.








































