La visite, hier, du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali à Djibouti peut être interprétée comme on voudra, sauf à dire qu’elle relève du cérémonial ordinaire ou d’une diplomatie de convenance. Elle s’inscrit dans un contexte sensible, marqué par des recompositions géopolitiques accélérées dans la Corne de l’Afrique, des rivalités d’influence renouvelées et une centralité croissante des enjeux logistiques et maritimes. Dans de tels moments, chaque déplacement au sommet est un geste politique qui porte un message.
Djibouti et l’Éthiopie partagent bien plus qu’un voisinage géographique, les deux pays étant liés par une interdépendance structurelle. Pour Addis Abeba, Djibouti demeure la porte maritime vitale et le poumon logistique par lequel transite l’essentiel de son commerce extérieur. Pour Djibouti, l’Éthiopie reste un partenaire économique central et un prolongement naturel de sa vocation de hub régional. Cette réalité confère à leur relation une profondeur qui résiste aux aléas conjoncturels.
L’entretien en tête-à-tête entre le Président Ismail Omar Guelleh et le Premier ministre Abiy Ahmed, au cœur de cette visite, illustre la solidité d’un dialogue stratégique fondé sur la confiance et la continuité. Les échanges ont porté sur l’accélération des projets communs et la préparation de la prochaine commission mixte ministérielle, appelée à traduire la volonté politique en décisions opérationnelles. L’heure n’est plus aux intentions, mais à l’exécution.
La visite des infrastructures portuaires par le Premier ministre éthiopien n’est, à cet égard, pas anodine. Elle rappelle que la coopération bilatérale repose sur des investissements lourds, des valeurs partagées et une vision commune du développement régional. Dans une Corne de l’Afrique où l’accès aux ports est devenu un enjeu stratégique majeur, Djibouti confirme sa place de plateforme fiable, stable et compétitive.
Au-delà du bilatéral, cette rencontre envoie un signal politique clair à la région. À l’heure où certaines capitales cèdent à la surenchère diplomatique ou à des postures de rupture, Djibouti et Addis-Abeba font le choix du dialogue, de la concertation et du pragmatisme. Une diplomatie de responsabilité, loin des effets d’annonce, mais résolument tournée vers la stabilité.
Partenaire loyal, médiateur crédible et État pivot, Djibouti s’affirme ainsi comme un acteur d’équilibre dans la Corne de l’Afrique. A cet égard, la visite du Premier ministre Abiy Ahmed ne constitue pas un événement isolé, mais une étape supplémentaire dans la consolidation d’un axe stratégique appelé à jouer un rôle déterminant dans l’avenir de notre région.












































