Du samedi 14 au dimanche 15 février, la capitale éthiopienne a accueilli le 39ᵉ sommet de l’Union africaine, placé sous un thème d’une certaine gravité : l’accès durable à l’eau. Un thème grave parce qu’il est existentiel et profondément politique. À ce rendez-vous majeur, le président de la République, Son Excellence Hadji Ismaïl Omar Guelleh, a porté la voix d’un pays qui connaît, mieux que beaucoup d’autres, le prix réel de chaque goutte d’eau.

Car l’eau n’est plus seulement une ressource. Elle est devenue un facteur de souveraineté et de stabilité sociale. Comme elle peut être, demain, source de paix ou de conflit. Dans un continent frappé de plein fouet par le changement climatique, l’urbanisation galopante et la pression démographique, la question de l’eau est désormais le miroir fidèle de nos fragilités structurelles.

Disons-le net : l’Afrique ne manque pas d’eau, elle manque de gouvernance de l’eau. Les chiffres sont implacables : des centaines de millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sécurisée, tandis que des ressources entières se perdent dans l’évaporation, les réseaux défaillants ou la mauvaise planification. Derrière chaque forage abandonné, chaque barrage mal entretenu, se cache une faillite institutionnelle.

À Djibouti, pays aride par nature, cette réalité est vécue comme une urgence permanente. C’est pourquoi le discours du chef de l’État, à Addis-Abeba, prenait tout son sens. En rappelant que l’eau doit être considérée comme un bien public continental, nécessitant coopération régionale et investissements massifs, le président djiboutien a posé une vérité que beaucoup préfèrent éviter : sans une politique africaine concertée de l’eau, il n’y aura ni développement durable, ni industrialisation crédible, ni résilience climatique.

L’eau ne peut plus être traitée comme une variable secondaire dans les plans de développement. Elle doit en être l’ossature. Pas de villes intelligentes sans réseaux hydrauliques fiables. Pas d’agriculture moderne sans irrigation maîtrisée. Pas de santé publique sans assainissement. Pas de stabilité sans justice hydrique.

Ce sommet de l’Union africaine a eu le mérite de nommer le problème. Reste maintenant l’épreuve la plus difficile, celle de l’action. Les déclarations doivent laisser la place aux chantiers. Plus besoin de slogans, mais de financements concrets, de transferts de technologies, de cadres juridiques clairs et de mécanismes de solidarité entre États riverains de bassins communs.

Ceux qui sauront gérer l’eau avec vision gouverneront l’avenir. Les autres géreront les crises. Et Djibouti, par la voix de son président, y a rappelé une évidence que l’Afrique ne peut plus se permettre d’ignorer : sans eau maîtrisée, il n’y a pas de souveraineté possible.