Le gouvernement de Djibouti poursuit ses efforts pour structurer et moderniser la gestion des migrations de travail. Dans cette perspective, le Conseiller technique du ministre du Travail chargé de la Formalisation et de la Protection sociale, M. Ahmed Saad Sultan, a présidé hier matin le deuxième atelier national consacré à la formalisation de la stratégie nationale de migration du travail.

La rencontre s’est tenue à l’hôtel Best Western Premier, en présence de plusieurs partenaires institutionnels et internationaux. Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Kim Gould, cheffe de mission adjointe de l’ambassade du Royaume-Uni, ainsi que Aurelia Segatti, représentante de l’Organisation internationale du Travail. Des représentants d’institutions publiques, des partenaires techniques et financiers, des experts et des consultants ont également pris part aux travaux.

Dans son discours d’ouverture, Ahmed Saad Sultan a salué l’engagement et la participation active des partenaires techniques et financiers, en particulier l’Organisation internationale du Travail, ainsi que le soutien du Foreign, Commonwealth & Development Office et de l’ambassade du Royaume-Uni. Il a souligné que cet accompagnement international joue un rôle déterminant dans l’élaboration et la mise en œuvre de cette stratégie nationale.

Il a rappelé que Djibouti occupe une position géographique stratégique à la croisée de plusieurs routes migratoires reliant l’Afrique, la péninsule Arabique et l’Europe.

Cette situation particulière fait du pays à la fois un territoire d’origine, de transit et de destination pour de nombreux travailleurs migrants.

Dans ce contexte, la mise en place d’une politique migratoire claire et cohérente apparaît essentielle afin d’assurer une gestion efficace et équilibrée des flux migratoires tout en garantissant la protection des droits des travailleurs.

Selon lui , la stratégie nationale de migration du travail vise notamment à mieux encadrer les mouvements de main-d’œuvre, à renforcer la protection des travailleurs djiboutiens à l’étranger et à assurer une gestion plus structurée de la main-d’œuvre étrangère présente sur le territoire national.

Ce deuxième atelier national intervient après un premier cycle de consultations qui avait permis d’établir un diagnostic approfondi de la situation des migrations de travail à Djibouti. Cette analyse situationnelle, réalisée avec l’appui d’experts et de partenaires internationaux, a permis d’identifier les principaux défis et opportunités liés à la mobilité de la main-d’œuvre.

Les travaux de ce nouvel atelier doivent permettre d’approfondir la réflexion et de définir les orientations stratégiques de la future politique nationale. Les participants sont ainsi appelés à formuler des propositions concrètes autour de plusieurs axes prioritaires.

Parmi ces priorités figurent notamment le renforcement de l’emploi des nationaux, la promotion de la mobilité internationale comme opportunité pour les jeunes Djiboutiens, ainsi que la réduction de l’emploi informel qui concerne à la fois les travailleurs djiboutiens et les migrants.

À terme, cette stratégie nationale devrait constituer un cadre de référence pour l’ensemble des acteurs concernés, notamment les institutions publiques, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux.

L’engagement du Royaume-Uni pour une meilleure gouvernance des migrations

Prenant la parole à son tour, la cheffe de mission adjointe de l’ambassade du Royaume-Uni, Kim Gould, a souligné l’importance du rôle des migrants et des diasporas dans le développement économique et social à l’échelle mondiale.

Elle a indiqué que les migrants contribuent non seulement à la diversité culturelle des sociétés, mais aussi au dynamisme économique des pays d’accueil en apportant des compétences variées et en participant à l’économie locale.

Toutefois, elle a insisté sur la nécessité de mieux encadrer les migrations afin d’éviter les situations d’exploitation et de permettre aux pays d’accueil d’intégrer les migrants dans des conditions équilibrées et durables.

Dans ce cadre, elle a rappelé que le Royaume-Uni soutient activement les initiatives visant à améliorer la gouvernance des migrations dans la région, notamment à travers des programmes de coopération avec les organisations internationales.

Elle a précisé qu’à travers ces programmes, le gouvernement britannique prévoit d’investir près de 600 000 livres sterling à Djibouti d’ici avril 2026, afin de soutenir des actions liées à la protection des migrants, à leur intégration et au développement de moyens de subsistance durables. Selon Kim Gould, les sociétés les plus stables sont également les plus inclusives, soulignant que l’inclusion et le respect des principes éthiques constituent des éléments essentiels d’une gouvernance migratoire efficace.

L’appui technique de l’Organisation internationale du Travail

Pour sa part, Aurelia Segatti, représentante de l’Organisation internationale du Travail, a salué les efforts entrepris par les autorités djiboutiennes pour élaborer une stratégie nationale structurée et inclusive en matière de migration de main-d’œuvre.

Elle a rappelé que la migration du travail constitue aujourd’hui un phénomène mondial en constante expansion. Selon les estimations les plus récentes, le monde compte environ 167 millions de travailleurs migrants, dont près de 40 millions en Afrique.

La représentante de l’OIT a également souligné que cette stratégie nationale s’inscrit dans un cadre international plus large, notamment celui du Pacte mondial pour les migrations, adopté en 2018, ainsi que dans les initiatives régionales menées par l’Union africaine pour améliorer la gouvernance des migrations de main-d’œuvre.

Elle a indiqué que l’OIT accompagne Djibouti dans ce processus afin de promouvoir une approche alignée sur les normes internationales du travail, garantissant la protection des droits fondamentaux des travailleurs migrants et favorisant une gestion inclusive et sensible aux questions de genre.

Vers une migration du travail au service du développement

Au terme des travaux, les participants devraient formuler des recommandations concrètes destinées à orienter la future stratégie nationale de migration du travail.

L’objectif est de faire de la migration de main-d’œuvre non pas une contrainte, mais un choix et une opportunité pour le développement économique et social du pays.

En structurant davantage la gouvernance des migrations et en renforçant la coopération avec les partenaires internationaux, Djibouti entend ainsi faire de la mobilité de la main-d’œuvre un levier de croissance, d’emploi et d’intégration économique.

Les conclusions de cet atelier devraient contribuer à l’élaboration d’un cadre stratégique durable permettant de mieux répondre aux défis migratoires tout en valorisant les opportunités qu’ils représentent pour l’avenir du pays.

Zouhour Abdillahi