
Depuis le 1er août 1977, une institution discrète mais essentielle accompagne les heures sombres comme les élans d’espoir de la République : le Croissant-Rouge de Djibouti. Né dans le contexte fondateur de l’indépendance nationale, à la suite du départ de la Croix-Rouge française, il incarne la volonté des Djiboutiens de se doter d’un outil humanitaire souverain, enraciné dans les réalités locales et fidèle aux valeurs universelles de solidarité. Reconnu officiellement par décret présidentiel dès octobre 1977, puis érigé en 1986 en association d’utilité publique et auxiliaire des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire, le Croissant-Rouge de Djibouti s’est imposé, au fil des décennies, comme un pilier de la solidarité nationale.

Quarante-huit années plus tard, l’institution peut se prévaloir d’un parcours jalonné d’interventions déterminantes lors des sécheresses récurrentes, des inondations soudaines, des urgences sanitaires, des déplacements de populations et des crises migratoires. Avec des moyens souvent limités, humains comme financiers, mais avec une volonté constante, elle a bâti un réseau de volontaires ancré dans toutes les régions du pays, capable d’agir dans les zones urbaines comme dans les localités les plus reculées.
L’histoire du Croissant-Rouge de Djibouti s’inscrit dans celle du vaste Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, plus grand réseau humanitaire au monde, fort de quelque 80 millions de membres et volontaires. Né au XIXe siècle pour porter assistance aux blessés de guerre, ce mouvement s’est progressivement élargi pour répondre aux catastrophes naturelles, aux crises sanitaires et aux vulnérabilités sociales. Le symbole du croissant rouge, adopté notamment lors de la guerre russo-ottomane de 1876, s’est imposé dans les pays à majorité musulmane comme emblème de neutralité et de protection, au même titre que la croix rouge sur fond blanc.

À Djibouti, ce symbole n’est pas qu’un signe distinctif. Il est devenu, au fil des années, une promesse. Celle d’une aide impartiale, indépendante et guidée par l’unique souci de préserver la dignité humaine. Humanité, neutralité, impartialité, indépendance, volontariat, unité et universalité : ces sept principes fondamentaux structurent l’action quotidienne de la société nationale.
Sur le terrain, l’engagement se traduit par des actions concrètes et multiformes. Distributions de vivres en période de soudure, appui aux familles frappées par les aléas climatiques, campagnes de vaccination et de prévention des maladies, programmes d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans les zones à stress hydrique, soutien psychosocial aux personnes déplacées ou migrantes, rétablissement des liens familiaux pour les proches séparés par les crises : autant d’initiatives qui dessinent une présence continue auprès des plus vulnérables.

La force du Croissant-Rouge de Djibouti réside dans son ancrage communautaire. Ses volontaires, souvent issus des quartiers et des villages où ils interviennent, constituent des relais de confiance indispensables. Ils connaissent les réalités locales, les fragilités spécifiques, les dynamiques sociales. Cette proximité permet des réponses adaptées, rapides et respectueuses des sensibilités culturelles.
Au-delà de l’assistance immédiate, l’institution a progressivement élargi son champ d’action vers le renforcement durable des capacités locales. L’action anticipatoire, la réduction des risques de catastrophes, la sensibilisation aux bonnes pratiques sanitaires, la formation des communautés à la gestion des crises sont devenues des axes structurants. L’humanitaire n’est plus seulement une réaction ; il est aussi prévention et préparation.
Agir dans l’urgence, bâtir la résilience
L’année 2025 a illustré pleinement cette évolution stratégique. Marquée par des mutations climatiques, migratoires, sociales et économiques, elle a mis à l’épreuve les capacités d’adaptation de l’organisation. Sécheresses prolongées, aridité croissante, stress hydrique, flambée des prix des denrées alimentaires sous l’effet des crises mondiales, flux migratoires intenses dans la région de la Corne de l’Afrique : le contexte national s’est révélé exigeant.
Face à ces défis, le Croissant-Rouge de Djibouti a intensifié et diversifié ses interventions. Sur l’ensemble du territoire, dans la capitale comme dans les régions de l’intérieur, ses équipes ont combiné actions d’urgence et programmes de résilience. La santé à base communautaire a été renforcée, notamment à travers la surveillance épidémiologique communautaire en appui aux efforts du ministère de la Santé. Les initiatives en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement ont ciblé les zones les plus exposées au stress hydrique. Les dispositifs de gestion des risques et catastrophes ont été consolidés pour améliorer la préparation face aux aléas climatiques. Les axes de migration ont également concentré une attention particulière. Djibouti, carrefour stratégique dans la région, accueille et voit transiter des populations en quête de sécurité ou d’opportunités. Dans ce contexte, la protection, l’assistance humanitaire et le rétablissement des liens familiaux constituent des missions essentielles.
Lors de la présentation du rapport annuel 2025, le président du Croissant-Rouge de Djibouti, Abdi Farah Ahmed, a souligné la portée de ces actions. Il a rappelé que le rapport constituait « un miroir fidèle » d’un engagement élargi au service des populations vulnérables. Insistant sur les effets du changement climatique et les fragilités structurelles, il a mis en avant la nécessité de conjuguer réponse aux urgences et accompagnement des dynamiques durables de résilience.
Selon lui, l’année écoulée a démontré la capacité des équipes et des volontaires à faire preuve de professionnalisme, de réactivité et de solidarité, malgré des contraintes financières persistantes. En tant qu’auxiliaire des pouvoirs publics, le Croissant-Rouge de Djibouti a renforcé son appui aux stratégies nationales, tout en maintenant son indépendance et son ancrage communautaire.
La secrétaire générale, Mme Amina Houssein Farah, a pour sa part qualifié 2025 d’« année d’anticipation et de renouveau». Dans un contexte humanitaire marqué par la limitation des sources de financement, elle a insisté sur la nécessité d’innover, d’affiner les stratégies de réduction des risques et de permettre aux communautés de devenir actrices de leur propre sécurité et de leur développement. Pour elle, l’anticipation constitue désormais un défi majeur : préparer les populations aux chocs climatiques, sanitaires ou migratoires, afin de réduire l’impact des crises avant qu’elles ne frappent.
Au-delà des chiffres et des programmes, une conviction traverse ces déclarations : l’humanitaire est un lien. Un lien de confiance entre l’institution et les communautés, un lien de solidarité entre volontaires et bénéficiaires, un lien de responsabilité entre partenaires et autorités publiques. En 2025, ce lien a été consolidé par un effort accru de redevabilité, de coordination et de communication, afin de garantir des interventions plus pertinentes et mieux comprises.
Les bilans des deux dernières années traduisent une satisfaction mesurée mais réelle. Non pas une autosatisfaction, mais la conscience d’avoir maintenu le cap dans un environnement instable. Les résultats tangibles obtenus en faveur des populations démunies témoignent d’une présence opérationnelle continue et d’une capacité d’adaptation constante.
Pour 2026, la société nationale affiche une détermination renouvelée : agir avec humanité, transparence et dévouement en faveur de la dignité humaine. Les défis demeurent nombreux : contraintes budgétaires, intensification des effets du changement climatique, vulnérabilités structurelles, pressions migratoires. Mais l’ambition reste intacte : renforcer les capacités internes, consolider les partenariats, innover dans les approches et soutenir les initiatives communautaires. En près d’un demi-siècle, le Croissant-Rouge de Djibouti a su évoluer sans renier son essence. De la distribution d’aide d’urgence aux programmes de résilience communautaire, de l’assistance aux sinistrés à la prévention des épidémies, il a construit une identité fondée sur la proximité et la constance. Son emblème, loin d’être un simple signe graphique, symbolise une neutralité active, une présence rassurante et une promesse d’humanité.
À l’heure où les crises se complexifient et où les ressources se raréfient, le rôle d’une telle institution apparaît plus essentiel que jamais. Car au-delà des interventions ponctuelles, c’est une culture de solidarité qu’elle entretient et renouvelle. Une culture où chaque volontaire compte, où chaque geste a du sens, où chaque communauté est invitée à devenir partenaire de sa propre résilience.
Le Croissant-Rouge de Djibouti ne se contente pas d’être un acteur humanitaire parmi d’autres. Il est, depuis 1977, l’expression organisée d’un élan national : celui d’un pays qui choisit, face aux épreuves, de se ranger du côté de l’humanité.
Djibril Abdi Ali








































