
Et si l’art n’était pas seulement fait pour être regardé, acheté ou jugé, mais pour être vécu collectivement ? C’est autour de cette question que s’est tenue, le mardi 27 janvier 2025, la conférence « Créer ensemble : l’art collaboratif comme utopie concrète » à l’Institut Français de Djibouti (IFD). L’événement, animé par l’écrivain et éditeur Idris Youssouf ELMI, figure majeure de la scène culturelle djiboutienne, a proposé une réflexion sur une approche de l’art où la création devient un geste partagé plutôt qu’un objet contemplatif.

« L’impact de l’art est sous-estimé aujourd’hui. Nous avons une vision limitée de l’artiste qui fabrique du Beau sans conscience sociale », a souligné Idris Youssouf ELMI. Pour lui, l’art collaboratif repose sur la reconnaissance de l’autre et transforme le processus créatif en espace de coopération sociale.
Dans de nombreuses cultures africaines, rappelle le conférencier, la parole n’existe que si quelqu’un l’écoute. « Une seule voix ne porte pas une chanson », cite-t-il en évoquant un proverbe somali. L’art, selon cette perspective, ne se limite pas à un spectacle isolé : il est vécu collectivement à travers chants, contes et danses.
Cette approche collaborative n’est pas seulement théorique. Elle s’inscrit dans une démarche concrète de participation citoyenne. « L’art collaboratif ne promet ni miracle ni monde parfait. Il propose des espaces modestes mais essentiels où l’on apprend à vivre autrement : écouter, accepter le désaccord, décider ensemble », explique Idris Youssouf ELMI. L’œuvre naît des idées, des gestes et des souvenirs partagés, et non d’un cadre préétabli.
La conférence a également mis en lumière les formes variées de création collective : théâtre participatif, écriture à plusieurs mains, fresques murales racontant l’histoire d’un quartier ou projets numériques connectant des voix éloignées. « La finalité n’est pas le résultat artistique, mais la rencontre qu’elle rend possible et le lien humain créé », précise l’écrivain. Pour Djibouti, l’art collaboratif constitue un moteur puissant de transmission culturelle et d’innovation. Soutenue par l’Agence Nationale de la Promotion de la Culture (ANPC), la scène artistique locale mêle traditions orales et modernité, favorisant la cohésion sociale, le dialogue interculturel et l’expression des mémoires. « Les créateurs locaux puisent leur inspiration dans la terre, la société et le vécu, utilisant l’art comme reflet culturel et outil d’éveil de la conscience collective », observe Idris Youssouf ELMI. L’événement, soutenu par l’IFD et ses partenaires, a séduit un public jeune, captivé par la dimension poétique et humoristique de la conférence, tout en mettant en valeur la maîtrise technique de l’artiste. Il a illustré la manière dont l’art collaboratif peut transformer le spectateur en acteur et investir les lieux de vie pour décloisonner l’art et renforcer le lien social.
En conclusion, Idris Youssouf ELMI rappelle que « ce que l’on partage ne disparaît pas ». Créer ensemble, c’est faire le pari d’une utopie modeste, vivante et accessible, qui transforme l’expérience artistique en un acte collectif, ancré dans le quotidien et ouvert à tous.
La scène artistique djiboutienne, en pleine effervescence en 2025-2026, illustre cette dynamique avec des événements tels que le Bal populaire de fin de saison en juillet 2025, la programmation culturelle d’octobre (cinéma, débats) et la Fête de la Musique au Théâtre des Salines. L’IFD, par ses initiatives hebdomadaires, continue de promouvoir les échanges artistiques internationaux tout en valorisant la culture djiboutienne et française.








































