La démocratie ne se mesure pas seulement au nombre d’élections organisées ni à la solidité des institutions. Elle se juge aussi à la capacité d’un pays à faire entendre toutes ses voix, sans exclusion, sans marginalisation. À cet égard, la création d’un « caucus des femmes » au sein du Parlement djiboutien apparaît non seulement opportune, mais profondément utile pour l’avenir politique et social de la République.

Il ne s’agit pas d’un simple mécanisme institutionnel supplémentaire. Un caucus des femmes est un outil de transformation. Il vise à structurer, coordonner et renforcer l’action des élues autour des enjeux spécifiques qui touchent la moitié de la population : droits des femmes, égalité des chances, accès à l’éducation et à l’emploi, santé maternelle, protection sociale, lutte contre les violences, participation économique et politique.

Dans de nombreux pays, africains comme ailleurs, l’expérience a démontré que la présence de femmes au Parlement ne suffit pas à elle seule à faire émerger des politiques publiques sensibles au genre. Sans cadre collectif, sans espace de concertation, les initiatives restent dispersées, souvent isolées et parfois étouffées par les priorités dominantes. Le caucus permet précisément de dépasser cette fragmentation. Il crée une force de proposition, de plaidoyer et de vigilance.

Pour Djibouti, l’enjeu est d’autant plus crucial que le pays s’est engagé, au plus haut niveau de l’État, dans une dynamique de promotion du leadership féminin. Les réformes législatives, les politiques nationales en faveur du genre, les engagements internationaux – notamment au titre de l’Agenda 2030 et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine – appellent désormais une traduction parlementaire structurée.

Un caucus des femmes offrirait un espace institutionnel pour porter la voix des femmes dans tous les grands débats nationaux, y compris ceux qui ne sont pas, a priori, qualifiés de « féminins » : économie, fiscalité, numérique, climat, sécurité…

Car la question n’est pas seulement celle des femmes. Elle est celle de la qualité même de la décision publique. Une démocratie mature est une démocratie inclusive, capable d’intégrer la diversité des expériences sociales dans l’élaboration des politiques. Exclure – ou sous-représenter – les femmes, c’est se priver d’une intelligence collective indispensable.

Dans un monde en mutation rapide, où les défis économiques, sociaux et technologiques se complexifient, Djibouti ne peut se permettre de laisser en marge l’énergie, la compétence et la vision de ses femmes. Le caucus n’est pas une faveur. Il est une nécessité démocratique. Une nécessité pour aujourd’hui, et plus encore pour demain.