Djibouti n’est pas un accident de l’histoire ni une juxtaposition fragile de communautés condamnées à se supporter. Djibouti est un choix collectif, patiemment construit, nourri par la géographie, l’histoire et la volonté d’un peuple d’habiter ensemble une terre exigeante. Être djiboutien ne relève ni du sang ni de l’origine, mais d’une appartenance civique, consciente, assumée. Djibouti appartient à ses filles et à ses fils, sans distinction, parce que c’est ensemble que nous formons une communauté de destin.

Dans un monde travaillé par les crispations identitaires et les fractures artificielles, la Djiboutianité propose une voie singulière. Elle refuse le tribalisme qui enferme l’individu dans des loyautés étroites, et le communautarisme qui fragmente la nation en blocs antagonistes. Elle affirme au contraire un « nous » inclusif, capable d’accueillir la diversité sans s’y perdre. Ce «nous» n’efface pas les différences ; il leur donne un horizon commun.

Cette vision n’est pas une abstraction. Elle s’enracine dans des initiatives concrètes, comme celle portée récemment par le Secrétariat général du gouvernement et le ministère de la Culture et de la Jeunesse, en ouvrant les Archives et la Bibliothèque nationales aux élèves. En les plongeant au cœur de la mémoire du pays, il ne s’agissait pas seulement de raconter l’histoire, mais de transmettre un sens : celui d’un parcours collectif fait d’épreuves surmontées, de compromis intelligents et d’une résilience partagée.

La Djiboutianité face aux vents de la division

Aujourd’hui, il serait naïf de nier le contexte. Des forces malveillantes, parfois extérieures, parfois internes, s’emploient à semer la zizanie. Elles instrumentalisent les différences, distillent le soupçon, et tentent de jeter l’opprobre sur notre pays en fabriquant de toutes pièces un récit anxiogène d’insécurité et de chaos. Ce discours n’a qu’un objectif : fragiliser le lien national et fissurer le « nous » djiboutien.

À ces tentatives, la réalité oppose un démenti constant. Djibouti a toujours été, est aujourd’hui, et restera un havre de paix. Une terre de rencontre, de circulation et d’échanges. Un carrefour où les peuples se croisent sans se heurter, où la diversité n’a jamais été synonyme de conflit, mais de richesse. Djibouti est un îlot de stabilité dans une région tourmentée, non par hasard, mais parce que cette stabilité est une culture, un choix collectif profondément ancré.

La mémoire nationale joue ici un rôle fondamental. Elle n’est pas un champ de bataille où s’affrontent des récits concurrents, mais un pacte de non-agression symbolique. Elle appartient à tous et n’est la propriété de personne. Elle rappelle que notre intelligence collective a toujours su privilégier le dialogue, la retenue et l’hospitalité. Ce socle éthique, nourri par nos traditions et nos valeurs spirituelles, constitue le ciment invisible qui empêche la diversité de se transformer en fracture.

La Djiboutianité se tient ainsi à égale distance de deux impasses : l’uniformité, qui nierait les héritages, et le repli identitaire, qui mènerait à la désunion. Elle affirme une autre vérité : chaque récit est une pierre essentielle de l’édifice national. Les exclure, c’est fragiliser l’ensemble. Les assembler, c’est renforcer la maison commune.

Face aux cris des oiseaux de mauvais augure, Djibouti avance. Le chien aboie, la caravane passe. Notre responsabilité collective est de protéger ce mouvement, de transmettre à la jeunesse un récit commun solide, et de refuser sans ambiguïté les discours de division. Car la Djiboutianité n’est pas seulement un héritage à préserver : c’est une œuvre vivante, à construire chaque jour, ensemble.

Said Mohamed Halato