Devant un Conseil de sécurité confronté à une multiplication des crises et à une remise en cause croissante de l’ordre international, Djibouti a livré, lundi 27 janvier 2026 à New York, un plaidoyer ferme en faveur du respect de l’état de droit international. Prenant la parole lors du débat consacré au thème « Réaffirmer l’état de droit international : voies pour revitaliser la paix, la justice et le multilatéralisme », l’ambassadeur et représentant permanent de la République de Djibouti auprès des Nations Unies, Son Excellence Mohamed-Siad Doualeh, a appelé à une application cohérente, équitable et universelle des principes consacrés par la Charte des Nations Unies.

S’exprimant devant les membres du Conseil de sécurité, sous présidence somalienne, le diplomate djiboutien a d’emblée salué le rôle de la Somalie dans la convocation de ce débat, qualifié d’essentiel à un moment où le multilatéralisme traverse une phase de profonde fragilisation. Il a également rendu hommage aux exposés du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, du président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, et du juge Abdulqawi Yusuf, soulignant la pertinence de leurs analyses face aux défis actuels de la paix mondiale.

Dans une intervention à forte portée politique et normative, l’ambassadeur de Djibouti a rappelé que le respect de l’état de droit ne constitue pas un principe abstrait, mais bien le socle indispensable à la paix et à la justice internationales. Pour les petits États, a-t-il insisté, l’affaiblissement des règles communes représente un danger existentiel, car il ouvre la voie à un monde régi par la loi du plus fort. « Nous sommes tous exposés aux risques d’un retour à un ordre ancien, dépourvu de justice, dans lequel la force prime sur le droit», a-t-il averti. L’expérience somalienne a été évoquée comme une illustration concrète du lien indissociable entre paix, justice et état de droit. À ce titre, Djibouti a réaffirmé sa solidarité pleine et entière avec les autorités somaliennes, saluant leurs efforts pour instaurer une paix durable malgré des défis sécuritaires persistants, tout en préservant l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. Cette position s’inscrit dans une continuité diplomatique, Djibouti se présentant depuis plusieurs décennies comme un défenseur constant de la Charte des Nations Unies et du règlement pacifique des différends.

Par sa situation géostratégique et par choix politique, Djibouti s’est imposé comme un pôle de coopération internationale et un acteur engagé en faveur de la sécurité collective. Accueillant de nombreuses présences multilatérales, le pays privilégie la médiation, le dialogue régional et les solutions concertées aux crises, en particulier dans la Corne de l’Afrique et au-delà. Mais le cœur du message djiboutien a porté sur les dérives actuelles du système multilatéral. L’ambassadeur a mis en garde contre les violations répétées du droit international et, surtout, contre leur application sélective. Selon lui, le recours au « deux poids, deux mesures » érode la confiance des États et constitue un obstacle majeur aux efforts de paix. Lorsque la reddition de comptes devient une obligation pour certains et une exception pour d’autres, c’est la crédibilité même du Conseil de sécurité qui se trouve fragilisée.

Cohérence, multilatéralisme et justice : les axes du message djiboutien

Dans ce contexte, Djibouti a articulé sa vision autour de trois axes jugés essentiels pour revitaliser l’état de droit au service de la paix et du multilatéralisme. Le premier concerne la cohérence. Les principes de la Charte des Nations Unies forment un tout indivisible, a rappelé l’ambassadeur, et ne peuvent être invoqués de manière sélective. Il a appelé à une attention égale face aux crises contemporaines, qu’il s’agisse de Gaza, du Soudan, d’Haïti ou encore des menaces terroristes au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Le Conseil de sécurité, a-t-il insisté, doit condamner de façon constante toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États.

Le second axe porte sur la nécessité d’un multilatéralisme renforcé, inclusif et équitable, fondé sur un véritable partenariat avec les organisations régionales. Djibouti a plaidé pour une reconnaissance pleine et entière du rôle de l’Union africaine dans la prévention et le règlement des conflits sur le continent. Il a appelé à donner un effet concret au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, afin que les solutions africaines aux problèmes africains soient soutenues et non marginalisées par le Conseil de sécurité. Les mécanismes régionaux, tout comme les initiatives nationales de médiation, ont été présentés comme des acquis précieux qu’il convient de consolider.

Enfin, le troisième axe mis en avant concerne le déficit de justice au niveau international. Rappelant la Déclaration des Nations Unies sur l’état de droit, l’ambassadeur Doualeh a souligné que l’impunité est incompatible avec un ordre international fondé sur des règles. Il a insisté sur le caractère juridiquement contraignant des mesures conservatoires ordonnées par la Cour internationale de Justice, estimant que la crédibilité du Conseil de sécurité dépend de sa capacité à exiger le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme sans discrimination.

En conclusion, Djibouti a exhorté les membres du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale à faire preuve du courage politique nécessaire pour défendre collectivement l’état de droit. Fort de son expérience en tant que pôle de stabilité dans une région marquée par de profondes turbulences, notre  pays a rappelé que l’absence de règles conduit au chaos, tandis que leur application cohérente ouvre la voie à une paix durable.

À travers cette déclaration, Djibouti s’est positionné comme une voix constante en faveur d’un multilatéralisme rénové, fondé sur la justice, la responsabilité et l’égalité souveraine des États, dans un monde en quête urgente de repères communs.