
Créée en 2016 dans un contexte où le concept de la décentralisation était encore à l’état embryonnaire sous nos cieux, l’Association Nationale des Collectivités Locales de Djibouti, (ANCLD), s’est progressivement imposée comme un acteur incontournable du paysage institutionnel national. De sa phase de structuration à son rayonnement international, en passant par le renforcement des capacités des élus et l’implication croissante de la société civile, la faîtière de notre pays a su consolider son rôle de trait d’union entre l’État, les régions, les communes et les partenaires au développement. Sa reconnaissance actuelle en tant qu’organisation d’utilité publique consacre une décennie d’engagement au service de la gouvernance locale.

L’ANCLD voit le jour en février 2016, à un moment où notre pays traverse une étape décisive de son évolution institutionnelle. En effet, la décentralisation, amorcée quelques années auparavant, exige alors une coordination plus étroite entre les différentes collectivités territoriales. Les communes et conseils régionaux disposent de compétences élargies, mais ils manquent d’un cadre fédérateur capable d’harmoniser les pratiques, de mutualiser les expériences et de porter leurs préoccupations auprès de l’État. La création de l’ANCLD répond précisément à cette nécessité.
Pensée dès l’origine comme une organisation faîtière à but non lucratif, régie par la loi de 1901 comme toutes les autres associations nationales du pays, elle regroupe les conseils régionaux d’Ali Sabieh, d’Arta, de Dikhil, de Tadjourah et d’Obock, ainsi que les 3 communes de la capitale : Balbala, Boulaos et Ras-Dika.
Bien que juridiquement constituée en 2016, c’est à partir de 2018 que l’ANCLD devient pleinement opérationnelle grâce à l’appui de l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) et au soutien de l’Union européenne, avec pour ambition de contribuer à bâtir des collectivités fortes, autonomes et responsables.

Cet accompagnement lui a permis d’installer un siège à Djibouti-ville, de se doter d’un équipement bureautique, de constituer un secrétariat permanent et de recruter un personnel administratif qualifié afin d’assurer la gestion quotidienne. Plus encore, des outils fondamentaux sont élaborés, notamment un organigramme fonctionnel, un manuel de procédures administratives, financières et comptables ainsi qu’un mécanisme de suivi et d’évaluation destiné à garantir la transparence et la rigueur de la gouvernance interne. Cette structuration servira de socle à l’ensemble de ses actions futures et lui permettra notamment de devenir une institution crédible, capable d’engager des projets structurants, de dialoguer avec les autorités nationales et de répondre aux exigences des partenaires internationaux.
Le siège de l’association, inauguré à Gabode 4 dans la commune de Boulaos, se déterminera aussitôt par ses capacités à servir d’espace de concertation permanente entre élus locaux. Il offre à l’association un cadre structuré pour promouvoir la démocratie locale, défendre les intérêts des collectivités auprès des pouvoirs publics, favoriser l’échange d’expériences et renforcer les capacités techniques et administratives des acteurs territoriaux.
Rappelons que la démarche s’inscrit dans une dynamique politique plus large, marquée par la création du ministère délégué chargé de la Décentralisation, en vue de piloter et d’accompagner le processus de transfert progressif des compétences vers les collectivités territoriales. Une initiative permet à l’ANCLD de se positionne comme un partenaire naturel de l’État, tout en préservant son autonomie associative, garante de sa crédibilité et de son indépendance institutionnelle.
Renforcement des capacités locales, un pari réussi
Très tôt, la faitière de Djibouti comprend que la réussite de la décentralisation ne dépend pas uniquement des textes juridiques, mais aussi des compétences humaines. Les élus locaux et les cadres territoriaux doivent maîtriser des domaines aussi variés que la planification stratégique, la gestion budgétaire, la communication publique ou la mobilisation de ressources. Pour y parvenir l’association multiplie depuis 2018, les sessions de formation, ateliers techniques et séminaires spécialisés. Une série d’outils dédiée à renforcer la capacité des collectivités à concevoir et mettre en œuvre des projets de développement. En vue d’améliorer la qualité de la gestion locale et promouvoir une gouvernance participative, intégrant les citoyens dans les processus décisionnels, l’association signe un partenariat avec l’Institut National d’Administration Publique pour des formations, réunissant élus, agents territoriaux et représentants d’organisations de la société civile. Et une autre, en mai 2024 avec le Ministère délégué chargé de la Décentralisation pour aligner les priorités nationales et locales. Cette collaboration lui a permis par la suite de participer activement aux réflexions stratégiques sur l’évolution du cadre juridique de la décentralisation, sur la répartition des ressources financières et sur les mécanismes d’appui technique aux communes et régions. Elle devient ainsi un interlocuteur incontournable dans la définition des politiques publiques territoriales.Au fil des années, l’ANCLD instaure progressivement une culture de gouvernance interne fondée sur la transparence et la collégialité.
La démocratie interne en action
Chaque année, elle organise son Assemblée générale ordinaire, un rendez-vous devenu central dans la vie institutionnelle des collectivités locales. Ces rencontres annuelles permettent de dresser le bilan des activités écoulées, d’adopter les rapports financiers et de définir les orientations stratégiques pour l’année suivante.
La quatrième Assemblée générale, organisée en 2023, a notamment été marquée par une révision des statuts et du règlement intérieur, traduisant la volonté d’adapter l’architecture institutionnelle aux nouveaux défis.
L’année 2024 marque un tournant de ses activités, avec l’organisation de la première Journée nationale des collectivités locales. Placé sous l’égide du Premier Ministre, Son Excellence M. Abdoulkader Kamil Mohamed, l’événement a servi à l’association de sensibiliser le rôle croissant des territoires dans le développement du pays.
Durant cette journée, panels, conférences et expositions illustrent les projets menés par les communes et conseils régionaux, qu’il s’agisse d’assainissement, d’éclairage public, de gestion des marchés ou de promotion de l’emploi local. L’ANCLD y apparaît comme le chef d’orchestre d’une dynamique, coordonnant les initiatives et valorisant les bonnes pratiques.
Deux jours plus tard, une journée portes ouvertes organisée au siège de l’association renforce encore cette proximité avec les citoyens en permettant aux visiteurs de s’enquérir des missions, des projets et des ambitions de l’organisation.
À travers ces rendez-vous statutaires, l’ANCLD démontre son attachement aux principes de bonne gouvernance qu’elle promeut auprès des régions et des communes.
Des liens internationaux forts
Au-delà des frontières nationales, l’ANCLD s’inscrit dans un réseau de coopération décentralisée. En octobre 2023, elle signe un accord avec l’Association Nationale des Communes du Bénin, ouvrant la voie à des échanges d’expertise entre collectivités djiboutiennes et béninoises.
Ce partenariat illustre la volonté de l’ANCLD de s’inspirer d’expériences réussies ailleurs en Afrique et de partager ses propres avancées. Il favorise la circulation des idées, la mutualisation des outils et la mise en place de projets conjoints. Du forum international de la coopération et des partenariats locaux au Maroc en 2019, permettant à la délégation de l’ANCLD de signer non seulement des conventions de coopération et de protocoles d’entente avec les collectivités territoriales marocaine, européenne et africaine mais de parapher également la charte de coopération décentralisée entre les collectivités territoriales Africaines et Européennes, au Sommet ‘‘Climate Chance Europe Afrique 2025’’ à Marseille, en passant par le 44è congrès de l’AIMF qui s’est tenu à Lausanne en Suisse en mai 2022, les discussions avec les faitières du monde ont permis de renforcer la crédibilité internationale de l’ANCLD ouvrant ainsi la voie à des nouvelles perspectives aux collectivités djiboutiennes .
Il est à noter que malgré ces progrès significatifs, l’ANCLD demeure confrontée à des défis financiers qui cependant ne freinent pas la dynamique engagée mais qui au contraire, nourrissent une réflexion stratégique orientée vers l’autonomisation progressive de l’association.
Et un nouveau chapitre en 2026
Les travaux de la 3ième séance du conseil des ministre tenus le mardi 10 février dernier sous la Présidence de Son Excellence, Monsieur ISMAÏL OMAR GUELLEH, Président de la République et Chef du Gouvernement, ont en effet accordé à l’ANCLD le statut d’organisation non gouvernementale. Cette reconnaissance institutionnelle consacre dix années d’efforts soutenus et renforce la légitimité de l’association sur la scène nationale.
Ce nouveau statut qui consacre l’ANCLD comme un acteur essentiel du développement local, justifie assez aussi la maturité croissante de la gouvernance locale djiboutienne.
RACHID BAYLEH
La parole à …Ali Rouffa AdenSecrétaire permanent de l’ANCLD
« Ce changement de statut n’est pas une finalité, mais une responsabilité accrue »

« La reconnaissance officielle de l’ANCLD comme organisation non gouvernementale d’utilité publique constitue un moment historique et profondément symbolique pour notre institution. Elle consacre des années d’engagement, de rigueur et de travail collectif au service du développement local, de la bonne gouvernance et du renforcement des capacités des collectivités territoriales. Ce changement de statut n’est pas une finalité, mais une responsabilité accrue. Il nous oblige à aller plus loin, à être encore plus transparents, plus innovants et plus proches des besoins réels des collectivités et des populations que nous accompagnons. Depuis sa création, l’ANCLD est née d’une volonté claire : offrir un cadre de concertation, d’appui et de plaidoyer en faveur des collectivités locales et du développement territorial durable. Les premières années ont été consacrées à la structuration institutionnelle, à la définition d’une vision stratégique claire et à l’établissement de partenariats solides, tant au niveau national qu’international. Progressivement, l’ANCLD s’est imposée comme un acteur crédible et reconnu, capable de porter des projets structurants, d’accompagner les collectivités dans le renforcement de leurs capacités institutionnelles, et de promouvoir la gouvernance locale, la planification territoriale et la participation citoyenne. La reconnaissance comme ONG d’utilité publique vient aujourd’hui valider ce cheminement, marqué par la constance, la crédibilité et l’impact mesurable des actions menées sur le terrain. Je remercie le Président de la République et l’ensemble du gouvernement pour cette reconnaissance ».








































