
À la veille de la première réunion du Comité directeur conjoint des transports Afrique–Türkiye (JTSC), le ministre des infrastructures et de l’équipement, M. Hassan Houmed Ibrahim a lancé hier matin au centre d’exposition internationale, un atelier consacré à la connectivité des transports entre l’Afrique et la Türquie. Réunissant responsables portuaires, diplomates, institutions et acteurs du secteur privé, cette rencontre a marqué une étape décisive dans le passage de la vision à l’action. Au centre des débats : la résilience des chaînes d’approvisionnement, le développement de routes alternatives, la modernisation logistique et le rôle clé de Djibouti comme hub maritime et terrestre régional.

C’est dans l’enceinte moderne du Centre d’exposition international de Djibouti que s’est tenu, hier matin, l’atelier Afrique–Türkiye sur la connectivité des transports. Organisé dans le cadre de la première réunion du Comité directeur conjoint des transports Afrique–Türkiye (JTSC), prévue aujourd’hui, cet événement a rassemblé une cinquantaine de personnalités venues de Djibouti, de Türkiye et de plusieurs pays africains. Décideurs publics, diplomates, responsables portuaires, représentants d’institutions financières et acteurs du secteur privé ont répondu présents à ce rendez-vous stratégique, placé sous le signe de l’intégration régionale et de la coopération transcontinentale.

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du ministre des Infrastructures et de l’Équipement, M. Hassan Houmed Ibrahim, entouré du président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (DPFZA), M. Aboubaker Omar Hadi, de l’ambassadeur de Djibouti en Türkiye, S.E. M. Aden Houssein Abdillahi, ainsi que, côté turc, du directeur général du département des relations extérieures du ministère des Transports et des Infrastructures de la République de Türkiye, M. Burak Aykan, et de l’ambassadeur de la Türkiye à Djibouti, S.E. M. Sabri Ergen. À leurs côtés, de nombreux directeurs généraux des ports djiboutiens et des entités placées sous la tutelle de la DPFZA, ainsi que des délégations africaines et des représentants du secteur privé, ont pris part aux échanges.
Placée sous le thème évocateur « Relier l’Afrique de manière plus directe », la session d’ouverture a donné le ton d’une journée résolument tournée vers l’action. Prenant la parole en premier, le ministre Hassan Houmed Ibrahim a souligné la portée historique du moment. Rappelant la signature, en juin 2025 à Istanbul, d’un Mémorandum d’entente ambitieux entre la Türkiye et plusieurs pays africains côtiers, il a insisté sur le passage décisif « de la signature à l’action ».
« Ce comité n’est pas une simple instance administrative ; c’est le moteur d’une révolution logistique qui reliera durablement les rives de la Méditerranée aux côtes de l’Afrique », a déclaré le ministre Hassan Houmed Ibrahim, soulignant que le monde traverse une période de profondes mutations où la résilience des chaînes d’approvisionnement est devenue une priorité absolue. Selon lui, l’accord scellé avec la Türkiye et les partenaires africains répond à un impératif stratégique : transformer la connectivité pour transformer les économies.
Le ministre djiboutien des infrastructures et de l’équipement a également salué la vision stratégique portée par l’ambassadeur de Djibouti en Türkiye, rappelant que le lancement opérationnel du Comité de pilotage conjoint constitue une étape véritablement historique. « Bâtir ensemble le pont logistique du futur entre l’Afrique et le monde », telle est l’ambition affichée par Djibouti et ses partenaires.
Des routes alternatives pour la souveraineté économique
Dans un contexte international marqué par les crises géopolitiques, sanitaires et économiques, M. Hassan Houmed Ibrahim a mis en avant la nécessité de développer des routes de transit alternatives, résilientes et durables. « Ce n’est plus un choix, c’est une nécessité impérieuse pour notre souveraineté économique collective», a-t-il martelé. Le ministre a insisté sur l’importance de la mise en place de lignes maritimes régulières directes entre la Türkiye et l’Afrique, condition essentielle pour réduire les temps de transit et renforcer la compétitivité commune.
Autre point clé de son intervention : l’accès à l’arrière-pays. « L’efficacité d’un port se mesure à sa capacité à drainer l’arrière-pays », a-t-il rappelé, soulignant que le renforcement des infrastructures routières et ferroviaires connectées aux ports permettra de faciliter l’accès aux pays enclavés et de démultiplier l’impact du Mémorandum d’entente. À travers ce partenariat, Djibouti et ses alliés entendent dépasser le simple rôle de points de passage pour se positionner comme de véritables plateformes d’intégration stratégique entre l’Afrique et l’Asie.
Le ministre des infrastructures et de l’équipement n’a pas manqué d’évoquer les défis, appelant le secteur privé à une franchise totale pour identifier les blocages, qu’ils se situent dans les services maritimes, l’accès à l’arrière-pays ou la digitalisation. « Vous êtes les architectes de cette connectivité nouvelle », a-t-il dit aux participants, avant de déclarer officiellement ouverte les travaux de l’atelier.
Prenant ensuite la parole, le président de la DPFZA, M. Aboubaker Omar Hadi, a replacé cette initiative dans une perspective historique et géostratégique plus large. Il a rappelé que les relations entre la Türkiye et l’Afrique s’enracinent dans une histoire ancienne, façonnée par les échanges maritimes et terrestres. Aujourd’hui, a-t-il souligné, cette tradition trouve une continuité naturelle à Djibouti.
Situé à l’entrée sud de la mer Rouge, au carrefour de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique, Djibouti bénéficie d’une position géostratégique unique qui en fait un pôle logistique et maritime de premier plan. Les ports djiboutiens, a-t-il expliqué, forment un écosystème intégré reliant le commerce maritime mondial aux corridors terrestres desservant l’Afrique de l’Est, la région des Grands Lacs et au-delà.
Au cœur de cette dynamique, la DPFZA joue un rôle central. Pour organiser et piloter ses activités, elle a créé Great Horn Investment Holding (GHIH), une holding d’investissement regroupant ports, zones franches et corridors, avec pour objectif d’attirer les investisseurs internationaux et de renforcer la compétitivité de Djibouti comme hub régional.
Un écosystème portuaire intégré et performant
Dans le détail, le président de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti M. Aboubaker Omar Hadi a présenté les principaux actifs de cet écosystème. Le Terminal à conteneurs de Doraleh (SGTD) assure un transbordement rapide et sécurisé des marchandises, renforçant l’attractivité du port pour le commerce maritime régional. Le Corridor routier et ferroviaire des ports de Djibouti (DPCR) garantit la connectivité avec l’arrière-pays et soutient l’intégration économique de l’Afrique de l’Est.
Le Système communautaire portuaire de Djibouti (DPCS), plateforme de guichet unique intégrée, centralise l’ensemble des procédures portuaires et logistiques, améliorant l’efficacité, la transparence et la fluidité des opérations. À cela s’ajoutent le Port polyvalent de Djibouti (DMP), le plus grand chantier naval de réparation d’Afrique de l’Est et de la mer Rouge, ainsi que Red Sea Bunkering, qui assure l’approvisionnement en carburant marin.
« Ensemble, ces entités forment un écosystème portuaire intégré incarnant la vision de Djibouti comme hub stratégique pour l’intégration régionale et le commerce maritime », a souligné M. Aboubaker Omar Hadi, président de la DPFZA. Une approche qui, selon lui, s’inscrit pleinement dans l’esprit du JTSC Afrique–Türkiye et dans la Vision Djibouti 2035, laquelle positionne le pays comme un catalyseur du développement régional et continental.
Du côté turc, le directeur général du département de l’Union européenne et des relations extérieures du ministère des Transports et des Infrastructures M. Burak Aykan, a mis l’accent sur les enjeux globaux de résilience des chaînes d’approvisionnement. Dans un monde secoué par des crises multiples, a-t-il expliqué, renforcer la résilience des chaînes de production et de transport est devenu indispensable.
Il a mis en garde contre les risques liés à la concentration des chaînes d’approvisionnement sur un nombre limité de marchés ou de destinations, soulignant que la diversification des routes constitue un levier essentiel pour réduire la vulnérabilité, tout en générant des économies de coûts et des gains logistiques.
Selon lui, l’atelier Afrique–Türkiye vise à identifier et à développer les itinéraires de transport les plus efficaces possibles entre la Türkiye, carrefour du commerce mondial, et l’Afrique, marché émergent riche en ressources naturelles et doté d’une position stratégique majeure.
Des échanges techniques au service de l’action
Tout au long de la journée, les participants ont pris part à une série de sessions thématiques destinées à approfondir les enjeux concrets de la connectivité Afrique–Türkiye. La première session a porté sur les blocages actuels rencontrés par les activités commerciales, tandis que la deuxième s’est concentrée sur la connectivité maritime, les services, les conteneurs et les ports.
La troisième session a exploré l’accès à l’arrière-pays et les chaînes multimodales, un enjeu crucial pour l’intégration des pays enclavés. La quatrième a été consacrée à la documentation et à la numérisation, éléments clés pour la fluidification des échanges. Les discussions se sont poursuivies avec une session sur les partenariats, l’accès aux marchés et la coopération, avant de s’achever sur l’identification des priorités, des actions pilotes et des prochaines étapes.
En parallèle, des sessions « groupe à groupe » ont réuni gouvernements et secteur privé, tandis que des rencontres Business to Business (B2B) ont permis aux acteurs privés de nouer des contacts directs et d’explorer des opportunités de collaboration concrètes.
Des visites aux ports pour mesurer le potentiel logistique de Djibouti
La journée s’est conclue par une visite des installations portuaires de Djibouti, réunissant l’ensemble des parties prenantes, membres, observateurs, institutions financières et représentants du secteur privé. Une immersion sur le terrain qui a permis aux participants de mesurer concrètement le potentiel logistique du pays et la réalité des investissements engagés.
Il est à noter qu’à la veille de la première réunion officielle du Comité directeur conjoint des transports Afrique–Türkiye, cet atelier a ainsi posé les bases d’une coopération tournée vers l’avenir.
RACHID BAYLEH








































