
Le 29 janvier 2026 marque un tournant majeur dans l’histoire culturelle de la République de Djibouti. En déposant officiellement auprès de l’UNESCO le dossier de candidature du site d’Art rupestre d’Abourma, le pays engage pour la première fois son patrimoine matériel dans la prestigieuse procédure d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Ce geste fondateur consacre des années de travail scientifique, institutionnel et communautaire, et affirme avec force la volonté nationale de faire du patrimoine un pilier de développement durable, de cohésion sociale et de rayonnement international.

Paris a été, le temps d’une cérémonie empreinte de solennité, le théâtre d’un moment historique pour la culture djiboutienne. Agissant au nom de la République, Son Excellence Monsieur Ayeid Mousseid Yahya, Ambassadeur de Djibouti en France et Délégué permanent auprès de l’UNESCO, a procédé au dépôt officiel du tout premier dossier de proposition d’inscription du pays sur la Liste du patrimoine mondial.
Le dossier, consacré au site d’Art rupestre d’Abourma, a été remis à M. Lazare Eloundou Assomo, Directeur du Centre du patrimoine mondial, consacrant ainsi l’entrée formelle de Djibouti dans le cercle des nations activement engagées dans la reconnaissance et la préservation du patrimoine universel de l’humanité. Ce dépôt dépasse largement la portée d’un acte administratif : il symbolise l’aboutissement d’une ambition nationale longtemps mûrie et désormais assumée au plus haut niveau de l’État.
Cette avancée s’inscrit dans la vision stratégique portée par le Président de la République, Ismail Omar Guelleh, qui a constamment affirmé la place centrale de la culture et de l’identité nationale dans le projet de développement du pays. Sous cette impulsion, le Ministère de la Jeunesse et de la Culture, dirigé par Son Excellence Dr Hibo Moumin Assoweh, a engagé une réforme en profondeur des politiques patrimoniales, articulée autour de la structuration institutionnelle, de la consolidation du cadre juridique et de la valorisation scientifique des richesses culturelles nationales. La candidature d’Abourma apparaît ainsi comme l’aboutissement naturel d’une politique culturelle cohérente, fondée sur la rigueur, la méthode et l’ouverture aux standards internationaux.
Situé dans le massif volcanique du Makarassou, au nord-est de la région de Tadjourah, le site d’Art rupestre d’Abourma constitue l’un des ensembles archéologiques les plus remarquables de la Corne de l’Afrique. Ses gravures, inscrites dans la pierre depuis plusieurs millénaires, témoignent de la profondeur historique du territoire djiboutien et de la richesse des sociétés humaines qui l’ont occupé. Représentations de girafes, d’antilopes, de bovins, scènes de chasse collective, pratiques pastorales et symboles sociaux composent un véritable récit visuel des relations anciennes entre l’homme et son environnement. À travers ces figures gravées, Abourma révèle une géographie humaine et écologique aujourd’hui disparue, offrant aux chercheurs un matériau exceptionnel pour la compréhension des transformations climatiques, sociales et culturelles de la région.
La solidité de la candidature djiboutienne repose également sur un accompagnement technique déterminant de l’UNESCO, notamment à travers le programme « Créer un avenir pour le patrimoine mondial en Afrique ». Des missions d’assistance technique, des ateliers spécialisés et un encadrement méthodologique rigoureux ont permis de hisser le dossier d’Abourma au niveau des exigences internationales en matière de conservation, de protection et de gestion des biens culturels.
À cet appui institutionnel se sont ajoutées des contributions financières et techniques majeures, notamment celles du Japon, du Royaume d’Arabie Saoudite, de la France et du Fonds du patrimoine mondial, qui ont accompagné la République de Djibouti dans le renforcement de ses capacités nationales et l’amélioration continue de la qualité scientifique du dossier.
Au cœur de ce processus se trouve une expertise nationale pleinement mobilisée. Chercheurs djiboutiens, archéologues, historiens, cadres techniques et membres de la Commission nationale du patrimoine culturel ont travaillé de concert avec des experts internationaux afin de produire un inventaire rigoureux, documenté et scientifiquement validé des richesses archéologiques du site. Cette collaboration étroite a permis non seulement de consolider la crédibilité académique de la candidature, mais aussi de valoriser les compétences nationales et de renforcer l’appropriation locale des enjeux patrimoniaux. Abourma devient ainsi un laboratoire de savoirs partagés, où se rencontrent traditions scientifiques locales et standards internationaux.
L’un des aspects les plus novateurs de la candidature réside dans son ancrage territorial et communautaire. Les autorités locales de Tadjourah, le Ministère délégué chargé de la Décentralisation et les collectivités territoriales concernées ont été pleinement associées à toutes les étapes du processus. L’installation officielle du Comité local de gestion du site d’Abourma marque une étape structurante, en plaçant les communautés riveraines au cœur du dispositif de protection, de surveillance et de valorisation du site. Cette gouvernance partagée traduit une conception moderne du patrimoine, fondée sur la participation citoyenne, la transmission intergénérationnelle et le respect des pratiques coutumières, garantissant ainsi la durabilité des actions engagées. À travers le dépôt de ce dossier, la République de Djibouti affirme avec force sa volonté de préserver durablement son patrimoine culturel et de contribuer de manière active à l’histoire universelle de l’humanité.
La candidature d’Abourma dépasse le seul cadre de la conservation : elle s’inscrit dans une ambition plus large visant à faire de la culture un levier stratégique de développement économique, de cohésion sociale et de paix.
Elle porte également une dimension symbolique forte, celle d’une fierté nationale assumée et d’un engagement solennel envers les générations futures, appelées à hériter d’un patrimoine protégé, reconnu et valorisé à l’échelle mondiale.
Alors que s’ouvre désormais la phase d’évaluation internationale, une certitude s’impose : avec Abourma, Djibouti a déjà franchi un seuil historique, affirmant que ses paysages gravés, sa mémoire millénaire et son héritage culturel ont toute leur place dans le patrimoine commun de l’humanité.








































