Au bord des eaux turquoise du Ghoubet, de gigantesques turbines blanches tournent, en plein régime, à quelques kilomètres du volcan Ardoukoba et du lac Assal. Ces éoliennes, premières du genre dans le pays, symbolisent la révolution énergétique engagée par la République de Djibouti, sous l’égide de la vision du président Ismail Omar Guelleh. Riche en solaire, éolien, géothermie, hydrogène naturel et biomasse, le pays ambitionne d’utiliser, d’ici 2030, une énergie à 100 % propre. Reportage sur une ambition en cours de réalisation.

Au lever du soleil, les premières rafales de vent balayent les reliefs volcaniques qui entourent le golfe du Ghoubet. Dans ce paysage presque lunaire, dominé par les roches sombres et les falaises abruptes qui plongent dans la mer, les silhouettes élancées des éoliennes se détachent désormais à l’horizon.

Leurs pales immenses tournent lentement dans le ciel clair djiboutien. Ici, à une quarantaine de kilomètre à vol d’oiseau de la capitale, le pays vient d’entrer dans une nouvelle ère énergétique. Le parc éolien du Ghoubet, premier du genre en République de Djibouti, symbolise l’ambition d’un État qui mise sur ses ressources naturelles abondantes pour bâtir son avenir énergétique.

Longtemps dépendant de l’électricité importée et des combustibles fossiles, Djibouti a entrepris depuis plusieurs années une véritable révolution dans son système énergétique. L’objectif étant de produire d’ici 2030 une électricité entièrement issue des énergies à 100% verte. Pour ce petit pays de la Corne de l’Afrique, confronté aux défis du développement économique et aux effets du changement climatique, l’enjeu est considérable.

L’énergie renouvelable au cœur de la VISION du Président Ismail Omar Guelleh

À Djibouti, la transition énergétique est devenue une priorité nationale. Depuis sa magistrature suprême à la tête de Djibouti, le président de la République, Ismail Omar Guelleh, a placé la question de l’énergie au cœur de sa vision de développement national. En effet, dans le pays où l’énergie est coûteuse, garantir un accès abordable s’avère nécessaire pour un développement économique et industriel durable.

Pour y parvenir, le pays a engagé, au cours des deux dernières décennies, un ambitieux programme de transition vers les énergies renouvelables. Cette initiative s’inscrit dans une vision plus large portée par le président Ismail Omar Guelleh, visant à faire de Djibouti un véritable hub économique régional, capable de soutenir son développement grâce à une énergie à la fois propre, durable et compétitive.

Une stratégie qui répond également au programme de lutte contre le changement climatique. En ratifiant l’Accord de Paris sur le climat en 2015, Djibouti s’est engagé à réduire significativement ses émissions de gaz à effet de serre. Il est à noter que dans le cadre de ce programme de transition énergétique, la République de Djibouti, répond aux défis économiques et environnementaux.

Des ressources naturelles en abondance

Si le pays peut aujourd’hui envisager une telle transformation, c’est parce que la nature lui a offert des ressources naturelles en abondance. Situé dans l’une des régions les plus ensoleillées du monde, le pays en bénéficie plus de 300 jours par an. L’astre du jour constitue à lui seul une source d’énergie immense. Selon les estimations des experts, l’irradiation solaire moyenne atteint environ 2430 kilowattheures par mètre carré et par an sur une grande partie du territoire. Un potentiel si important qui pourrait selon les experts couvrir la consommation électrique actuelle du pays.

Ce n’est pas tout, dans certaines zones du territoire des vents d’une intensité remarquable soufflent. Au Ghoubet, à Egralayta ou encore dans les plaines du Grand Bara, les rafales atteignent régulièrement des vitesses comprises entre 10 et 14 mètres par seconde. Des conditions idéales pour la production d’électricité éolienne.

Le sous-sol djiboutien n’est pas en reste, où un programme d’exploitation est en cours depuis plusieurs années déjà. En effet, Djibouti se situe sur la grande fracture géologique du Rift Est-Africain, l’une des zones volcaniques les plus actives de la planète. Cette particularité géologique confère au pays un potentiel géothermique exceptionnel. Les scientifiques estiment que la chaleur contenue dans le sous-sol djiboutien pourrait permettre de produire entre 600 et 1000 mégawatts d’électricité. Soit plusieurs fois la consommation énergétique actuelle du pays.

Le parc éolien du Ghoubet, un symbole fort

Implanté sur un vaste site venteux de près de 387 hectares, au bord du Ghoubet, ce parc éolien marque l’entrée officielle de Djibouti dans l’ère de l’énergie éolienne. Dans ce paysage aride balayé par les vents, les turbines géantes se dressent désormais comme de nouveaux repères dans l’horizon, symboles d’un pays résolument tourné vers l’avenir énergétique.

Grâce à cette infrastructure moderne, le parc peut produire jusqu’à 60 mégawatts d’électricité propre. Pour Djibouti, cette capacité représente près de la moitié de la demande énergétique nationale, un apport considérable qui contribue à renforcer la sécurité énergétique du pays tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles.

Baptisé Red Sea Power wind project, le projet est le fruit d’un partenariat international réunissant plusieurs institutions financières et investisseurs spécialisés dans les énergies renouvelables. Parmi eux figurent notamment Africa Finance Corporation, FMO – Dutch Entrepreneurial Development Bank, Climate Fund Managers et Great Horn Investment Holding, filiale de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti.

Au-delà de sa dimension énergétique, le projet intègre également un important volet social. Une unité de dessalement d’eau de mer alimentée par l’énergie solaire a été installée afin de fournir de l’eau potable aux villages voisins de Karta et Leyta. Dans cette région confrontée à une forte rareté de l’eau, cette installation permettra de produire environ sept mètres cubes d’eau potable par heure grâce à un système d’osmose inverse, améliorant concrètement les conditions de vie des populations locales.

Le solaire, pilier de la stratégie énergétique

Si l’énergie éolienne marque une étape symbolique dans la transition énergétique du pays, celui du solaire constitue sans doute le pilier central de la stratégie énergétique de Djibouti. Grâce à sa situation géographique privilégiée, le pays bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel tout au long de l’année, ce qui le place parmi les régions du monde les mieux exposées au soleil.

Ce potentiel solaire considérable représente une opportunité stratégique pour renforcer l’indépendance énergétique nationale et accélérer la transition vers une production d’électricité plus propre et durable. Conscient de cet atout naturel, le gouvernement djiboutien a lancé, ces dernières années, plusieurs projets de centrales photovoltaïques destinés à valoriser cette ressource abondante.

Le plus important de ces projets se situe dans la région du Grand Bara, au sud du pays. Cette future centrale solaire devrait produire dans un premier temps 30 mégawatts d’électricité, avec l’ambition d’atteindre à terme une capacité de 100 mégawatts, renforçant ainsi de manière significative l’offre énergétique nationale.

Géothermie, les potentialités sont énormes

Parmi les nombreuses richesses naturelles dont dispose Djibouti, l’une des plus prometteuses se trouve sous terre : la géothermie. Cette ressource pourrait, dans les prochaines décennies, devenir l’une des principales sources d’électricité du pays. Contrairement au solaire et à l’éolien, qui restent tributaires des conditions météorologiques, l’énergie géothermique permet de produire de l’électricité de manière continue, offrant ainsi une source stable et fiable pour soutenir la croissance énergétique nationale.

Plusieurs sites ont déjà été identifiés comme particulièrement prometteurs. Parmi eux figurent les zones de Fialé et de Galeilé Koma, situées dans la région du lac Assal. D’autres zones d’exploration sont également à l’étude, notamment à Hanlé-Garabbayis, près du lac Abbé, ainsi que dans les environs du mont Arta. Des campagnes de forage exploratoire ont déjà été menées par l’Office Djiboutien de Développement de l’Énergie Géothermique avec l’appui de partenaires internationaux, afin de confirmer le potentiel énergétique de ces gisements et de préparer la construction de futures centrales.

Dans cette dynamique, de nouvelles collaborations internationales voient également le jour. Le 10 novembre 2025, le ministre de l’Énergie chargé des Ressources naturelles, Yonis Ali Guedi, a reçu à Energia Park une délégation de la société canadienne 4th Resource Corp. Conduite par son chairman Dave Armbruster et son CEO Phil Harms, cette mission de travail de plusieurs jours a permis d’engager des discussions fructueuses autour du développement du potentiel géothermique djiboutien, confirmant l’intérêt croissant des investisseurs internationaux pour cette ressource stratégique.

L’hydrogène naturel et la biomasse ne sont pas en reste…

Plus récemment, une nouvelle piste énergétique suscite un intérêt croissant au sein de la communauté scientifique. Des recherches menées par des équipes djiboutiennes en collaboration avec l’Université de Pau et des Pays de l’Adour ont révélé la présence d’hydrogène naturel dans certaines zones du territoire de Djibouti. Ce gaz, considéré comme l’une des énergies du futur, pourrait à terme jouer un rôle déterminant dans la production d’électricité et dans la transition énergétique mondiale.

Encore peu exploité à l’échelle internationale, l’hydrogène naturel suscite aujourd’hui un intérêt grandissant de la part des chercheurs et des investisseurs. À Djibouti, plusieurs études scientifiques sont actuellement en cours afin d’analyser les gaz dissous dans les fluides géothermiques et d’évaluer les possibilités d’exploitation de cette ressource prometteuse, susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives pour l’indépendance énergétique du pays. Djibouti explore également des solutions énergétiques innovantes fondées sur la valorisation des ressources locales. Parmi elles figure la biomasse, qui consiste à transformer les déchets en source d’énergie. Cette approche s’inscrit dans une logique à la fois environnementale et économique, en contribuant à la réduction des déchets tout en produisant de l’électricité. Dans cette dynamique, un projet de centrale biomasse est actuellement en cours de développement à proximité du parc industriel de Damerjog. Cette future installation permettra de transformer les déchets ménagers en énergie électrique, avec une capacité de production estimée à environ 40 mégawatts, illustrant ainsi la volonté du pays de diversifier ses sources d’énergie tout en s’engageant résolument dans une transition énergétique durable.

….et un vaste programme d’électrification rurale au cœur de la dynamique

Dans sa marche vers une transition énergétique durable, Djibouti déploie également un vaste programme d’électrification rurale destiné à améliorer l’accès à l’électricité dans les zones les plus reculées du pays. Fondée principalement sur l’énergie solaire, cette stratégie vise à réduire les inégalités territoriales tout en offrant aux populations rurales une énergie propre, fiable et durable. Dans plusieurs localités éloignées du réseau national, l’installation de mini-centrales photovoltaïques transforme progressivement le quotidien des habitants.

Illustration concrète de cette dynamique, le village d’Omar Jaggaa, dans la région d’Arta, s’est récemment doté d’une centrale solaire d’une puissance maximale de plus de 330 KWc. L’infrastructure a été inaugurée le 26 décembre 2025 par le ministre de l’Énergie chargé des Ressources naturelles, Yonis Ali Guedi, en présence du vice-premier ministre égyptien du Développement industriel et ministre de l’Industrie et des Transports, Kamel Abdel Hadi Al-Wazir. Financée sous forme de don par la République arabe d’Égypte, cette installation, réalisée notamment par l’Agence Égyptienne de Partenariat pour le Développement, constitue la plus grande centrale solaire installée dans les zones rurales hors réseau du pays et garantit désormais une électricité propre et fiable à l’ensemble des habitants du village.

Quelques mois plus tôt, le 25 juin 2025, une autre étape importante avait été franchie avec l’inauguration de la centrale solaire réhabilitée d’Adaillou. D’une capacité énergétique de 165 KWc et dotée d’un système de stockage de plus de 500 KWh, cette installation modernisée alimente désormais les habitations, les commerces et les institutions publiques du village, comme l’école, la mosquée ou encore le poste de santé. Chaque foyer a par ailleurs bénéficié gratuitement d’une installation électrique complète comprenant lampes, ventilateurs et prises, offrant aux habitants un véritable service énergétique et un confort de vie inédit.

Au-delà de ces réalisations, d’autres projets d’électrification verte voient le jour à travers le pays. À Dorra, dans la région de Tadjourah, et à Yoboki, dans celle de Dikhil, un programme financé à hauteur de 3,1 millions de dollars par le Fonds pour l’Environnement Mondial et mis en œuvre avec le Programme des Nations Unies pour le Développement prévoit l’installation de mini-réseaux solaires destinés à alimenter plus de 350 ménages et petites entreprises. Ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre les changements climatiques et dans l’ambition du pays d’accélérer sa transition vers une énergie entièrement verte.

Ces initiatives participent également au développement économique et social des régions rurales. L’accès à l’électricité favorise l’essor d’activités génératrices de revenus, améliore les services de santé et d’éducation et renforce l’attractivité des territoires isolés. Plusieurs villages bénéficient déjà de ces installations solaires, à l’image d’As Eyla, d’Ali Addeh ou encore d’Assamo, tandis que d’autres projets sont en préparation dans différentes localités du pays.

Parallèlement, les autorités misent sur une stratégie plus large visant à démocratiser l’usage de l’énergie solaire à l’échelle nationale. Celle-ci inclut notamment la construction de la première grande centrale solaire du Grand Bara, la promotion de panneaux photovoltaïques « Made in Djibouti » adaptés aux conditions climatiques locales, ainsi que la création prochaine d’un Centre de recherche sur les technologies et applications solaires destiné à renforcer les compétences nationales. Autant d’initiatives qui pourraient, à terme, transformer durablement l’économie du pays et faire de la transition énergétique l’un des principaux moteurs de développement de Djibouti.

Au fur et à mesure que les projets se concrétisent, Djibouti progresse vers une transition énergétique prometteuse. Avec ses nombreuses réalisations, ses projets en cours, ses partenariats internationaux solides et son potentiel en ressources naturelles exceptionnelles, Djibouti est aujourd’hui sur la voie d’atteindre son objectif. Celui de devenir l’un des premiers États africains à utiliser d’ici 4 ans, une électricité à 100% renouvelable. Une réussite qui ferait de notre pays, un modèle pour ceux de la région qui sont comme lui confrontés aux effets néfastes des changements climatiques.

RACHID BAYLEH