Quatre ans après une première édition qui avait profondément marqué les familles installées dans les hauteurs de la région de Tadjourah, l’Association des Jeunes d’Adaylou (AJA) relance, en décembre 2025, sa caravane médicale. Dans ces localités éloignées où l’accès aux soins demeure limité, l’arrivée de médecins bénévoles et de jeunes mobilisés représente bien plus qu’une action sanitaire : c’est un moment de solidarité, d’écoute et de réconfort pour une population qui vit souvent loin des services essentiels.

Dans les hauteurs de la région de Tadjourah, la caravane médicale a une fois de plus rappelé l’importance d’aller au plus près des communautés pour garantir un accès équitable aux soins. Loin de la Ville Blanche, ces localités dispersées et parfois difficiles d’accès bénéficient aujourd’hui d’une attention particulière, marquant la volonté des autorités sanitaires et des partenaires d’accompagner chaque famille, quel que soit son lieu de vie. Sans dramatiser la situation, cette initiative confirme les progrès réalisés ces dernières années en matière de mobilité, d’organisation et de proximité des services, tout en soulignant qu’un accompagnement continu reste essentiel pour répondre sereinement aux besoins du territoire.

Les villages d’Adaylou et des alentours se trouvent à plusieurs dizaines de kilomètres de la Ville Blanche. Les distances, les reliefs et le manque de moyens de transport rendent les déplacements parfois difficiles, en particulier pour les personnes âgées, les femmes enceintes ou les enfants malades.

Même si des efforts ont été réalisés ces dernières années, notamment avec l’amélioration progressive des axes routiers, bénéficier d’un suivi médical régulier reste encore complexe pour de nombreuses familles. Lors de la première caravane organisée en 2021, la mobilisation avait été massive. Des familles entières, venues parfois avant le lever du soleil, avaient profité de la présence exceptionnelle de spécialistes pour effectuer des consultations souvent attendues depuis plusieurs mois. Cette expérience a laissé un souvenir fort et a nourri une attente qui n’a cessé de grandir jusqu’à l’annonce de cette deuxième édition.

La caravane est portée par un collectif de médecins djiboutiens déterminés à agir là où les besoins se font sentir. Généralistes, pédiatres, gynécologues, ophtalmologues, dermatologues ou cardiologues : chacun met son expertise au service d’une population qui rencontre rarement ce niveau de prise en charge. Les prestations proposées couvrent un large éventail de besoins : consultations générales ouvertes à tous, suivi pédiatrique pour les enfants et adolescents, consultations gynécologiques et sensibilisation à la santé maternelle, dépistage du diabète, de l’hypertension et des maladies chroniques, examens ophtalmologiques et dermatologiques selon les cas, ainsi que des orientations vers les hôpitaux lorsque la prise en charge l’exige. Pour certains habitants, cette caravane représente l’unique occasion, depuis des mois, de rencontrer un spécialiste. Plusieurs témoignages recueillis en amont soulignent combien cette présence médicale est vécue comme un « souffle d’air » dans un quotidien marqué par l’éloignement géographique et le manque de services de proximité.

La région de Tadjourah est l’une des plus étendues du pays, et ses villages sont parfois éloignés les uns des autres. Sans accentuer les difficultés, il reste vrai que les infrastructures sanitaires ne couvrent pas encore tous les besoins médicaux. Les femmes enceintes doivent souvent patienter avant d’obtenir un suivi adapté. Les personnes âgées, notamment celles souffrant de maladies chroniques, vivent parfois avec des symptômes non diagnostiqués. Beaucoup d’enfants présentent des troubles de la vision, de croissance ou de nutrition qui pourraient être pris en charge plus tôt si le dépistage était régulier. C’est dans cette réalité, faite à la fois de progrès et de besoins persistants, que s’inscrit la caravane médicale : non pas comme une action isolée, mais comme une réponse pragmatique visant à rapprocher les services de ceux qui en ont le plus besoin.

Si la présence des médecins est déterminante, la réussite de l’opération repose tout autant sur l’engagement des jeunes d’Adaylou. L’AMJA coordonne la logistique, prépare les espaces de consultation et assure le relais entre les équipes médicales et les habitants. Les bénévoles orientent les patients, traduisent pour les personnes peu à l’aise avec le français, gèrent les flux et soutiennent les médecins dans l’installation du matériel. Cette participation locale est un acte fort. Pour les jeunes impliqués, c’est une occasion d’apprentissage : ils développent un sens aigu du service communautaire et mesurent l’impact concret d’une action collective sur le bien-être de leurs proches.

Les témoignages issus de la première caravane continuent d’inspirer. Une mère avait découvert la cause des douleurs oculaires de son enfant. Un homme âgé avait appris qu’il souffrait d’hypertension sévère. Des adolescents, parfois anxieux à l’idée d’une consultation médicale, avaient été rassurés et orientés. Ces histoires rappellent que derrière chaque diagnostic, il y a un être humain, un espoir, une trajectoire de vie.

À mesure que l’AMJA et les médecins bénévoles finalisent les préparatifs, un sentiment de gratitude traverse la communauté. Gratitude pour ces professionnels qui quittent leurs cabinets afin de prêter main-forte. Gratitude pour les jeunes qui s’engagent avec énergie. Gratitude aussi pour les habitants qui accueillent la caravane avec confiance et dignité. La caravane médicale d’Adaylou ne prétend pas résoudre toutes les fragilités du système sanitaire, mais elle apporte quelque chose

d’essentiel : une présence humaine, une écoute, une solidarité active. Dans les montagnes de Tadjourah, elle rappelle qu’aucune communauté n’est oubliée tant que des femmes et des hommes choisissent de se mobiliser.

Ali Salfa