
Personne ressource au sein de l’association Sounah Al Haya, Hawi représente un pilier indispensable pour tous les enfants, mais aussi pour ses collègues, rencontre avec une jeune femme bourrée de talent et avec un cœur immense.
« Notre rôle n’est pas figé, j’apprends chaque jour au contact des enfants, des équipes et même des familles. Chaque enfant est unique, chaque situation est différente et cette diversité fait que notre travail est exigeant et profondément humain. Etre une personne ressource, c’est évoluer en permanence et s’adapter aux imprévus et avancer ensemble avec patience et bienveillance et avec beaucoup de réalisme ».
Concrètement, à quoi ressemble votre rôle de personne ressource entre l’accompagnement des équipes encadrantes, outils pédagogiques, gestion de situations difficiles ?
Mon rôle, avant tout et en premier lieu c’est d’être au plus prêt des enfants, je les accompagne dans leur quotidien, je les aide dans leur apprentissage en classe, je les soutiens quand ils ont du mal à se concentrer ou même , parfois à gérer leurs émotions .Mon rôle dépasse très vite l’accompagnement individuel dans le sens où , il s’agit également de soutenir les équipes encadrantes qui donnent beaucoup d’eux même chaque jour. Il faut savoir que travailler avec des enfants à besoin spécifiques est très intense, autant sur le plan physique et émotionnel. Il y a des journées de doute, de fatigue mais aussi des journées de réussite et effectivement quand on voit un progrès, un sourire ou même un moment de calme retrouvé, c’est tout autant satisfaisant. Mon rôle est d’être là, pour rappeler que personne n’est seul, ni l’enfant, ni l’équipe. Je suis aussi une personne ressource pour les équipes, car être à l’écoute des encadrants est très important pour moi, car ils connaissent très bien les enfants et ils savent déjà gérer les situations difficiles en premier lieu. Nous privilégions l’intervention en premier lieu de l’encadrant principal, et on les laisse intervenir dans les moments difficiles car c’est elles qui connaissent l’enfant, ses habitudes, les techniques adaptées, pour le calmer. J’interviens quand la situation devient complexe, où que les outils habituels utilisés en classe ne suffisent plus, ou quand une encadrante est épuisée émotionnellement ou physiquement. J’interviens dans ces moments là pour proposer une autre approche, une autre alternative pour permettre à l’équipe de souffler. L’objectif n’est jamais de remplacer, mais de travailler ensemble.
Nous sommes parfois confrontés à ces moments de tensions régulières, où certains enfants peuvent être fatigués, anxieux ou même contrariés en exprimant leur mal être. Il faut savoir que ces enfants expriment leurs mal être par des refus d’activités en classe ou même des crises émotionnelles. Et les imprévus ne manquent pas, et nous devons rester très réactifs et flexibles en permanence. Car chaque journée présente son lot de surprises. Sur le plan pédagogique, nous utilisons des outils adaptés pour soutenir les enfants et faciliter le travail des équipes, que ce soit au niveau des supports visuels, des repères clairs, ou même l’organisation de la classe, de l’espace, du temps et également dans la communication avec les consignes . Il faut savoir que les formations et tous les ateliers que nous avons pu suivre, sont essentiels car ils nous ont permis d’en arriver là. Et grâce à tout cela, nous avons pu acquérir une meilleure compréhension de tout type de comportement et ceci nous a permis d’améliorer notre accompagnement au quotidien. Effectivement cela se traduit directement sur le terrain à travers les gestes, les stratégies adoptées par les encadrants et dans les interactions avec les enfants. Notre rôle n’est pas figé, j’apprends chaque jour au contact des enfants, des équipes et même des familles. Chaque enfant est unique, chaque situation est différente et cette diversité fait que notre travail est exigeant et profondément humain. Etre une personne ressource, c’est évoluer en permanence et s’adapter aux imprévus et avancer ensemble avec patience et bienveillance et avec beaucoup de réalisme.
Le rôle des parents est crucial. Pouvez-vous décrire un exemple concret où la coordination entre l’équipe et la famille a changé la trajectoire d’un enfant ?
Oui, effectivement les parents sont au cœur de notre travail quotidien. Leur implication, leur écoute et leur collaboration avec l’équipe transforment vraiment l’expérience même de l’enfant. Je peux vous raconter un exemple concret. Il s’agit d’un enfant qui au début de l’année collaborait avec les encadrantes , et qui n’avait pas de comportement inadapté au début. Il était très sage en classe et avec aucun souci d’interaction sociale avec ses camarades. Il aimait bien jouer avec eux et un beau jour, nous avons remarqué un comportement inadapté, des crises particulières, il semblait se tenir en retrait. Et l’on ne comprenait pas, on cherchait les antécédents, ce qui aurait pu déclencher ce changement. Et face à ce genre de situations nous avons l’habitude de contacter en premier, les parents, pour comprendre s’il y avait quelque chose d’inhabituel, à la maison, pour savoir s’il y avait eu des changements de routine. Parce qu’il est important de comprendre que ce sont des enfants qui n’acceptent par le moindre changement. Et lors de notre discussion avec la maman, nous avons découvert qu’elle venait d’accueillir un nouveau-né à la maison. Et là, l’enfant se sentait délaissé, et quand il venait en classe, on sentait ce changement, ce besoin émotionnel très réel. Pour l’aider nous avons trouvé une solution simple mais efficace, nous avons accroché sur sa table, des photos de lui, de sa maman et du nouveau né qu’il pouvait regarder pendant les activités, et il aimait bien faire ça. A chaque fois, il se dirigeait vers la photo et cela nous a servi de renforçateur positif, en lui rappelant constamment qu’il était aimé, qu’il avait sa place même s’il avait des problèmes pour communiquer. Progressivement, nous avons vu un très grand changement, il était plus serein, plus attentif, même si cela a pris un peu de temps, il se sentait plus confiant dans ses interactions et cet exemple nous a démontré combien la communication avec les parents et leurs accompagnements sont essentiels.
Dans ce cas précis, il ne s’agissait pas d’une question pédagogique mais d’un soutien émotionnel rendu possible grâce à la coordination entre les encadrants, l’équipe et la famille. Cela rappelle que chaque détail compte et que les parents sont nos partenaires. Souvent les enfants en crise, notamment, quand il faut passer d’une activité à l’autre, on utilise plusieurs stratégies. Dans ce type de situations, nous discutons avec les parents et parfois, les techniques que les parents utilisent à la maison peuvent nous servir énormément. C’est pour cela, que dans certains cas, nous accordons nos pratiques avec les rituels de la maison. Ceci permet à l’enfant de se sentir en sécurité, et qu’ils gardent les mêmes rituels. Petit à petit, nous observons moins de crises, plus d’autonomie. Ce n’est pas instantané, mais la coordination avec les parents nous aident beaucoup. Cet exemple démontre combien la coordination avec les parents et leurs accompagnements sont essentielles, il ne s’agit plus d’une question pédagogique mais plus un soutien émotionnel rendu possible entre les parents et notre équipe. Échanger régulièrement avec les parents, proposer des stratégies adoptées à la maison permet de renforcer les liens avec l’enfant mais aussi d’assurer une cohérence entre l’école et la maison.
Parmi les formations et ateliers que vous avez suivis, lesquels ont eu le plus d’effet sur les équipes, et comment vous vérifiez que ça “se traduit” dans la prise en charge avec les outils, grilles, résultats observables ?
Toutes les formations que nous avons suivies nous ont été bénéfiques et ont eu un impact réel sur notre travail à titre d’exemple, je peux vous citer la formation sur la gestion des comportements, la communication avec les enfants à besoin spécifiques, celles de la compréhension des troubles. Nous avons pu découvrir les spécificités de chaque trouble que l’on pourrait rencontrer. Ces formations nous ont permis de découvrir des outils concrets à mettre en place sur le terrain et s’ils sont applicables concrètement. Ce n’est pas les formations en elles-mêmes, mais c’est comment nous les appliquons avec les enfants. Et l’on constate directement lesquelles ont plus d’impact sur les enfants, dans l’organisation dans la classe, dans l’anticipation des crises. Et ces formations nous permettent de gagner en assurance, en cohérence. Et ceci se traduit dans la prise en charge au quotidien et il faut savoir que nous appuyons sur l’observation, on observe si les outils qui nous ont été proposés sont utilisés, si les stratégies sont adaptés aux spécificités de chaque enfant et surtout , si cela apporte des résultats concrets . Dans les formations nous discutons également de chaque cas , de chaque enfant et leurs réponses nous permettent de trouver des solutions. Nous avons également beaucoup d’échanges informels entre nous, ces petits changements nous forgent et ils ont beaucoup d’impact. Ces formations nous rappellent que notre travail est un apprentissage continu, on apprend, on ajuste et on avance ensemble, c’est notre crédo.
Aujourd’hui, quel est le défi le plus difficile avec les enfants à besoins spécifiques à SAH et quel soutien concret changerait le plus la situation ?
Le défi reste la diversité et la complexité des besoins des enfants. C’est le difficile, dans le sens où ceci demande plus d’énergie, plus d’adaptation, car chaque enfant a son histoire, a son rythme, ses fragilités, et il n’existe pas de solution unique. Certaines journées se passent très bien, d’autres un peu moins , à cause de la fatigue, des émotions fortes, des imprévues constants. Nous travaillons avec les moyens dont on dispose et il est important de préciser que malgré les difficultés, il existe déjà une organisation humaine, en classe, une encadrante accompagne en moyenne 2 à 3 enfants et ceci nous permet un suivi attentif, personnalisé. C’est un choix fort qui dénote d’une réelle volonté de répondre aux besoins des enfants et l’association nous soutient beaucoup grâce à un travail d’équipe pluridisciplinaire, nous avons la présence d’un orthophoniste, d’une kinésithérapeute, d’une éducatrice spécialisée. Cette combinaison de compétence permet réellement une prise en charge assez globale et effectivement nous assurons la continuité au quotidien.
Grâce à toutes ses ressources en place, l’accompagnement des enfants demande une présence constante et un accompagnement émotionnel et ceci est très important. Renforcer les ressources humaines nous permettrait d’aller plus loin dans l’observation, dans l’anticipation, ou même dans l’individualisation. Même si nous constatons des progrès, ceci nous permettrait d’aller encore plus vite et enfin soutenir les équipes restent essentielles, car ceci se reflétera aussi dans la qualité de l’accompagnement présenté aux enfants. Malgré les défis, l’engagement reste fort, porté par la conviction que chaque petit pas, chaque petit geste compte.
Propos recueillis par N Kadassiya








































