Réunis hier matin à l’Institut des Études Diplomatiques, sous l’égide du Ministre des Affaires étrangères, M. Abdoulkader Houssein Omar,  les membres du gouvernement djiboutien, la représentation du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), les représentants diplomatiques, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les agences onusiennes ont lancé un vibrant appel à l’action en faveur des réfugiés, des demandeurs d’asile et des communautés hôtes. Face à une crise humanitaire grandissante et un effondrement inquiétant des financements, Djibouti plaide pour une mobilisation urgente.

La salle de conférence de l’Institut des Études Diplomatiques du ministère des Affaires étrangères a abrité hier matin, une importante réunion au cours de laquelle la République de Djibouti a lancé un appel à la solidarité internationale en faveur de la cause des réfugiés des demandeurs d’asile et des communautés hôtes. Placé sous le haut patronage du ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Abdoulkader Houssein Omar, l’événement a réuni, le ministre de la santé, Dr. Ahmed

Robleh Abdilleh, le ministre de l’intérieur, M. Said Nouh Hassan, la représentante de l’UNHCR sous nos cieux, Mme Sandrine Dominique Desamours, de nombreux représentants de la communauté internationale, d’agences onusiennes, d’ambassades partenaires et d’organisations non gouvernementales. Djibouti, qui accueille depuis des décennies des réfugiés fuyant les conflits et les catastrophes naturelles dans la région, peine aujourd’hui à supporter ce poids considérable.

Avec plus de 34 000 réfugiés sur son territoire, soit 3,17 % de sa population, le pays est le plus grand pays d’accueil proportionnellement à sa population dans l’espace IGAD. Cette réalité est d’autant plus frappante que Djibouti, pays de transit pour près de 300 000 personnes chaque année, est confronté à des défis multiples : sécheresse persistante, crise alimentaire, pressions sur les services sociaux et baisse drastique des financements humanitaires.

Le HCR tire la sonnette d’alarme

Dans son discours au cours de cette réunion, la représentante du HCR à Djibouti, Mme Sandrine Dominique Desamours, a salué l’engagement exemplaire du pays en faveur des réfugiés, rappelant que depuis son indépendance, Djibouti n’a cessé de démontrer sa générosité. Elle a particulièrement mis en lumière le choix courageux de Djibouti d’intégrer les réfugiés dans les systèmes nationaux, sans créer de structures parallèles, ce qui en fait l’un des pays pionniers du Cadre d’action global pour les réfugiés (CRRF). Les réfugiés bénéficient ainsi d’un accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services bancaires, à la protection sociale, et sont même inclus dans les politiques culturelles nationales, comme en témoigne l’initiative « Mémoires de réfugiés » portée par les institutions culturelles djiboutiennes. Cette approche inclusive et humaniste a valu à Djibouti d’être reconnu comme un modèle au sein de l’IGAD et au niveau mondial. Cependant, la situation est actuellement critique.

La Représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), a tiré la sonnette d’alarme. Depuis le 1er juillet 2025, la majorité des activités du HCR sont interrompues, tandis que le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a déjà réduit de moitié les rations alimentaires depuis avril – et menace d’interrompre totalement ses distributions dès octobre si les financements ne sont pas rétablis. Pour répondre aux besoins urgents des réfugiés et soulager les communautés hôtes, le gouvernement estime à 48 562 000 dollars US le montant nécessaire pour la période 2025-2026. Cette enveloppe permettrait de réactiver les programmes essentiels en santé, alimentation, éducation, autonomisation et infrastructures. Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, porte parole du gouvernement, Abdoulkader Houssein Omar a souligné le caractère profondément humanitaire et universel de la cause des réfugiés, saluant l’engagement collectif de ceux qui, malgré les défis, continuent d’ouvrir leurs portes aux personnes déracinées.

Il a rappelé la tradition d’accueil de Djibouti, qui, malgré des ressources limitées, a toujours assumé sa responsabilité morale en matière de protection humaine. En adhérant au Cadre global pour la réponse aux réfugiés et en alignant ses politiques sur les Objectifs de développement durable, Djibouti a progressivement intégré les réfugiés dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’emploi, tout en comptant sur une coopération internationale active.

Cependant, le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale  a exprimé une vive inquiétude face à la baisse drastique des financements humanitaires, qui fragilise les programmes du HCR et du PAM, avec des conséquences déjà visibles : réduction des rations alimentaires, affaiblissement des services sociaux, et interruption des programmes d’autonomisation. Cette situation menace non seulement les réfugiés, mais aussi les communautés hôtes. Il a donc lancé un appel solennel à la communauté internationale pour une mobilisation urgente, solidaire et concrète, soulignant que la solidarité, en période de crise, demeure le plus noble des engagements.

Le système national est à bout de souffle

Le ministre de la santé, Dr. Ahmed Robleh Abdilleh, a mis l’accent sur la situation préoccupante de la prise en charge sanitaire des réfugiés dans les camps d’Ali Addé, de Holl-Holl et de Markazi, fortement fragilisée par une réduction drastique des financements alloués à cet effet. «La Santé fait face depuis le début de cette année, à un défi majeur, inquiétant » a-t-il déclaré.   

« Chaque jour traversent Djibouti entre 1 000 à 1 500 personnes, ce qui fait à peu près 300 000 personnes qui traversent chaque année Djibouti, ce qui fait à peu près un tiers de la population djiboutienne chaque année» a ajouté le ministre Ahmed Robleh Abdilleh. Malgré cela, les autorités sanitaires continuent d’assurer selon lui avec engagement des soins quotidiens gratuits aux réfugiés, allant des soins de santé primaires dispensés dans les camps aux traitements plus spécialisés offerts dans les hôpitaux nationaux.

Le Ministre de l’Intérieur, M. Saïd Nouh Hassan, a quant à lui rappelé que l’accueil des réfugiés à Djibouti est soutenu par une architecture institutionnelle solide, mais que cet effort ne peut plus être porté seul. « Le gouvernement reste mobilisé, mais sans appui renforcé, c’est toute notre cohésion sociale qui risque d’en pâtir» « Comme vous le savez aujourd’hui, plus de 34 000 réfugiés et demandeurs d’asile vivent dans la République Djibouti et qui représentent presque 3% de notre population nationale, ce qui représente le plus fort taux au monde » a indiqué la ministre de l’intérieur M. Saïd Nouh Hassan.

A l’issue des discussions et des interventions des différentes personnalités, le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Abdoulkader Houssein Omar a exprimé, au nom du gouvernement djiboutien, sa profonde gratitude envers l’ensemble des participants ayant répondu à l’appel humanitaire lancé lors de cette rencontre. Il a salué leur mobilisation, soulignant que leur présence traduit un engagement moral fort envers les réfugiés et témoigne d’une volonté collective de ne pas reléguer leur souffrance aux oubliettes.

Le ministre Abdoulkader Houssein Omar  a réaffirmé la fidélité de Djibouti à ses valeurs d’accueil, de protection des plus vulnérables et de défense de la dignité humaine, tout en insistant sur la nécessité de partenariats solides et d’un soutien international tangible pour rendre cet engagement pérenne face aux défis croissants. Il a appelé à considérer cette rencontre non comme une fin, mais comme le point de départ d’un processus collectif visant à transformer l’élan de solidarité en actions concrètes. En emportant avec eux les voix, les espoirs et les réalités des réfugiés ainsi que celles des communautés hôtes, les participants sont invités à devenir des relais d’engagement actif.

Le ministre a enfin remercié tous les pays, partenaires, ambassadeurs et représentants d’agences internationales ayant manifesté leur disponibilité à soutenir les efforts de Djibouti, résumant l’enjeu de cette rencontre comme une urgence pour non seulement sauver des vies mais pour préserver également la stabilité régionale et de renforcer notamment les fondements d’un développement inclusif.