
À l’occasion du scrutin du 10 avril, plusieurs jeunes électeurs ont accompli leur devoir civique pour la première fois. Entre fierté, émotion et sens des responsabilités, leurs témoignages illustrent l’engagement croissant de la jeunesse djiboutienne dans la vie démocratique.
Le 10 avril 2026 restera, dans mes carnets de reporter, comme une journée de bascule. Alors que le soleil commençait à darder ses premiers rayons sur la capitale, une atmosphère singulière enveloppait déjà les centres de vote. Posté devant plusieurs bureaux de vote, j’ai observé ce ballet incessant de citoyens, mais ce qui a immédiatement frappé mon regard de journaliste, c’est cette présence massive, presque solennelle, d’une nouvelle génération prête à en découdre avec son destin. Ce n’était pas une simple affluence, c’était une affirmation. Parmi cette foule, j’ai recueilli les paroles de trois jeunes qui, bien que ne se connaissant pas, partageaient une émotion identique : celle du “premier vote”. Leurs témoignages, que j’ai consignés avec soin, ne sont pas de simples citations ; ils sont le miroir d’une mutation profonde de la société djiboutienne.
Moussa :
La gravité du premier geste
Le premier que j’ai abordé à la sortie du bureau 169 est Moussa Saïd Meidal. À 20 ans, cet étudiant de l’Institut Africain de Djibouti (IAD) une maturité qui force le respect. En l’écoutant, j’ai compris que pour lui, l’acte de voter dépassait largement le cadre du simple “devoir”. C’était une naissance. « Aujourd’hui marque un moment très important dans ma vie », m’a-t-il confié d’une voix posée. Pour Moussa, voter au bureau 169 à l’école du stade n’était pas un geste anodin, mais une étape majeure, symbolique et pleine de sens. « Pour moi, voter n’est pas un simple geste. C’est l’expression de ma voix, de mes choix et de mon engagement en tant que citoyen. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de participer concrètement à la construction de mon avenir », ajoutait-il. Dans son regard, on lisait la fin d’une certaine innocence et le début d’une citoyenneté active.
Ayan Ahmed Abdillahi :
Une volonté de prendre part à la vie politique

Quelques pas plus loin, devant le bureau 169, l’énergie était différente mais tout aussi intense. J’y ai rencontré Ayane Ahmed Abdillahi, 21 ans, étudiante à l’Université de Djibouti. Si Moussa était dans la gravité, Ayane était dans l’exaltation. Très émue, elle m’a décrit avec une sincérité désarmante sa joie de participer enfin au processus démocratique. « C’est une grande première pour moi. J’attendais ce moment avec impatience », s’est-elle exclamée. Au-delà de son cas personnel, Ayane a tenu à souligner l’importance de cette journée sur l’ensemble du territoire. Pour elle, cette mobilisation n’est pas un hasard, mais le fruit d’une volonté farouche des jeunes de prendre part activement à la vie politique. Elle voyait dans chaque bulletin déposé une pierre ajoutée à l’édifice national. Son témoignage illustre parfaitement cette jeunesse qui ne veut plus qu’on décide pour elle, mais qui veut décider avec les autres.
Imane :
Le sentiment du devoir accompli

Enfin, c’est Imane Ali Sanallasse qui a complété ce triptyque de la jeunesse engagée. Jeune diplômée ayant récemment terminé ses études universitaires, elle sortait elle aussi du bureau 169. Chez elle, j’ai perçu une forme de plénitude. Satisfaite et heureuse, elle n’a pas caché son émotion face à ce qu’elle appelle une « expérience unique ». « C’est un moment que j’attendais depuis longtemps. Voter pour la première fois est une expérience unique. Je suis très contente d’avoir accompli mon devoir », m’a-t-elle déclaré. Pour Imane, le vote est le point final d’un long cycle d’apprentissage et le point de départ de sa vie d’adulte responsable. Son témoignage vient confirmer que le diplôme ne suffit pas à faire le citoyen ; c’est l’engagement dans l’urne qui scelle l’appartenance à la nation.
On perçoit clairement que pour les jeunes Djiboutiens, la participation électorale est devenue un véritable rite de passage. Ce 10 avril, sur tout le territoire, la mobilisation a été forte. Ce n’était pas une participation de façade, mais une démarche consciente. Dans les bureaux de vote, j’ai observé une atmosphère à la fois calme et solennelle. Les électeurs attendaient leur tour avec une patience qui forçait l’admiration. Pour les primo-votants, chaque étape de la vérification de l’identité au dépôt du bulletin était vécue avec une attention particulière, presque cérémonielle. En tant que reporter, capter ces silences et ces regards concentrés était tout aussi important que de recueillir les paroles. Une maturité politique qui s’affirme Ce que j’ai retenu de cette journée, c’est que la jeunesse djiboutienne a atteint une certaine maturité politique. Malgré leur jeune âge, Moussa, Ayane et Imane montrent un intérêt croissant pour les questions nationales. Ils ne votent pas dans le vide ; ils s’informent, échangent, développent des opinions tranchées et constructives. Dans un contexte où la jeunesse constitue la part la plus importante de notre population, leur implication n’est pas une option, c’est une nécessité vitale.
La journée du 10 avril aura été bien plus qu’une simple date électorale. Elle aura été une révélation. Pour de nombreux jeunes, ce fut une journée de découverte, de fierté et de prise de responsabilité. À travers les témoignages que j’ai recueillis, un message fort se dégage : la jeunesse de Djibouti est consciente, engagée et prête à prendre sa part de fardeau dans la construction nationale. En tant que journaliste, témoigner de ce moment d’histoire est un privilège. Moussa, Ayane et Imane ne sont pas des exceptions ; ils sont les visages d’une génération qui a compris que l’urne est le levier le plus puissant pour façonner l’avenir. Cette première expérience restera gravée dans leur mémoire, comme elle restera gravée dans mes écrits. C’est le début d’un parcours citoyen que nous suivrons, j’en suis sûr, avec beaucoup d’intérêt dans les années à venir. Djibouti avance, et sa jeunesse tient fermement le gouvernail.
Mohamed Chakib








































