Les naufrages de migrants, à force de se répéter, finissent par devenir des statistiques. Encore une fois, le drame s’est noué dans la nuit du 24 au 25 mars au large des côtes djiboutiennes, non loin de Khor-Angar : neuf morts, des dizaines de disparus et des centaines de vies brisées. Une tragédie humaine insoutenable, une de plus, sur les routes mortelles de la migration clandestine.
Ce drame n’est pas un accident. Il est le produit d’un système où la misère, les conflits, les illusions d’un ailleurs meilleur et les réseaux de passeurs forment une mécanique implacable. Une mécanique qui broie des vies dans l’indifférence relative du monde.
Certes, la réaction des autorités djiboutiennes a été rapide et exemplaire. Les garde-côtes, mobilisés dans des conditions difficiles, ont sauvé 266 personnes. Par ailleurs, l’intervention des services du ministère de la Santé, coordonnée avec l’Organisation internationale pour les migrations, a permis une prise en charge immédiate des survivants, tant sur le plan humanitaire que psychologique.
Mais aussi louables soient-elles, ces réponses restent en aval du problème. Car la véritable question est ailleurs : combien de naufrages faudra-t-il encore pour que la communauté internationale cesse de traiter la migration clandestine comme une crise ponctuelle, et non comme une crise structurelle ?
Djibouti, de par sa position géographique, se retrouve en première ligne d’un phénomène qui le dépasse largement. Carrefour stratégique, notre pays est devenu malgré lui un point de passage pour des flux migratoires alimentés par des dynamiques régionales complexes. Il assume, avec responsabilité, une charge humanitaire qui devrait être partagée.
Il est temps de changer de paradigme.La lutte contre les réseaux de passeurs doit être intensifiée, certes. Mais elle ne saurait suffire. Tant que les causes profondes — pauvreté, instabilité, absence de perspectives — ne seront pas traitées à la racine, les embarcations continueront de prendre la mer. Et la mer continuera de rendre ses morts.
Ce drame appelle à une mobilisation collective, à une réponse concertée entre États, organisations internationales et acteurs du développement. Il exige également un discours de vérité, en rappelant que ces traversées ne sont pas des voyages d’espoir, mais des paris mortels.
Aujourd’hui, au large de nos côtes, ce sont des vies humaines qui ont sombré. Refuser de voir en elles de simples chiffres, c’est déjà leur rendre justice. Mais agir pour que ces tragédies cessent, c’est leur rendre la dignité. Et cela, plus que jamais, est une urgence.








































