Parler de l’évolution de la femme djiboutienne, vous en conviendrez, n’est pas un sujet qui peut se résumer en un article. Car depuis plus d’un quart de siècle, avec l’arrivée à la magistrature suprême du Président Guelleh en 1999 et surtout avec les nombreuses réformes entreprises, la place de la femme djiboutienne a bien évolué, si ce n’est pour dire qu’elle a complètement irradié. Soutenue par la Première Dame du pays, et Présidente de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes Mme Kadra Mahamoud Haid, les femmes djiboutiennes ont redéfini la donne nationale. En passant de l’ombre à la lumière, elles sont désormais, le moteur de notre société en perpétuelle mutation.

Depuis 1999, la République de Djibouti a entamé une transformation sociétale profonde. Si les infrastructures et l’économie ont redessiné la silhouette de la capitale, une autre métamorphose, plus intime et plus puissante, s’est opérée au cœur des foyers et des institutions : l’émancipation des femmes. En un quart de siècle, la femme djiboutienne est passée de l’ombre des traditions à la lumière de la vie publique. La question du genre est désormais un combat national mené de front par le Ministère de la Femme et de la Famille et par l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes.

Avec la nomination du premier portefeuille ministériel en 2000 en la personne de Mme Hawa Ahmed Youssouf, la femme djiboutienne a désormais sa place au sein du gouvernement et ce n’est que le début d’une longue liste de changements notables. Le paysage politique djiboutien a été profondément remodelé par des réformes législatives audacieuses. Dès 2003, le quota de 10 % dans l’administration et au Parlement sera instauré, chiffre qui passera à 25 % de représentativité pour les femmes députées en 2018. En 2021, un record historique sera franchi avec la nomination de six femmes ministres au sein du gouvernement, gérant des portefeuilles stratégiques tels que l’Économie numérique, l’Investissement, la Jeunesse et la Culture, ou encore l’Urbanisme. Aujourd’hui, avec près de 24 % de femmes au sein de l’exécutif, Djibouti s’illustre comme un modèle de bonne gouvernance et de parité dans la région.

L’UNFD : Le Cœur Battant du Changement Social

On ne peut évoquer cette percée sans souligner le rôle moteur de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD). En effet, depuis l’accession à la magistrature suprême du Président Ismaïl Omar Guelleh en 1999, l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) a cessé d’être une simple organisation sociale pour devenir le véritable fer de lance de la modernisation du pays. Sous la présidence active de la Première Dame, Mme Kadra Mahamoud Haid, l’institution a transformé le paysage législatif, politique et social de la République de Djibouti. Sous l’égide de l’UNFD, les actions de terrain ont touché les foyers les plus reculés des cinq régions de l’intérieur. L’organisation s’est concentrée sur des piliers fondamentaux pour briser les cycles de vulnérabilité :

L’alphabétisation et la formation : des milliers de femmes ont bénéficié de programmes d’apprentissage et de formations professionnelles (couture, artisanat, gestion), favorisant leur autonomie financière.

La lutte contre les violences : L’UNFD a été pionnière dans le combat contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) et les violences basées sur le genre (VBG), menant des campagnes de sensibilisation qui ont fait reculer des pratiques séculaires. En matière de santé maternelle, l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes a joué un rôle clé dans l’amélioration des indicateurs de santé reproductive et la réduction de la mortalité maternelle.

Aujourd’hui, l’UNFD ne se contente plus des acquis sociaux. Elle accompagne désormais les jeunes filles vers les métiers du numérique et les postes de haute responsabilité dans l’administration publique, où elles représentent désormais près de 48 % des effectifs, tous grades confondus.

L’entrepreneuriat au Féminin à Djibouti : la métamorphose d’une force économique

Si l’on devait identifier le moteur le plus dynamique de l’économie djiboutienne de ces deux dernières décennies, le regard se porterait sans nul doute vers ces milliers de femmes qui, de la table de vente informelle aux conseils d’administration, ont redéfini les contours du business national. Depuis 1999, l’entrepreneuriat féminin n’est plus une stratégie de survie, mais un levier de croissance stratégique soutenu par une volonté d’État.

En 1999, l’entrepreneuriat féminin à Djibouti était majoritairement cantonné au secteur informel : petit commerce frontalier, artisanat et vente de produits alimentaires. Sous l’impulsion de la politique de promotion de la femme portée par le Président Ismaïl Omar Guelleh et la Première Dame, Mme Kadra Mahamoud Haid, les barrières sont tombées une à une.

Si l’État a ouvert les portes, c’est sur le terrain économique que les Djiboutiennes ont bâti leur propre empire. Dans les rues de Djibouti-ville comme dans les régions de l’intérieur, la femme est le moteur du secteur informel et, de plus en plus, du secteur formel.

On voit émerger une nouvelle génération de femmes d’affaires dans le transit, les services et les technologies, bousculant les codes d’un milieu autrefois exclusivement masculin.

L’accès au crédit a été le premier verrou à sauter. Avec le lancement de programmes de microfinance dédiés et le soutien de l’UNFD, les femmes ont pu structurer leurs activités. Le développement des caisses d’épargne et de crédit a permis à des milliers de femmes de lancer des petits commerces, faisant d’elles les principales pourvoyeuses de revenus pour de nombreux foyers.

Ce passage vers le formel a permis l’émergence d’une nouvelle classe de femmes d’affaires dans des secteurs autrefois exclusifs aux hommes : le transit, les BTP, les services numériques et le tourisme vert. L’explosion du nombre de femmes chefs d’entreprise,qui représentent aujourd’hui une part significative des membres de la Chambre de Commerce de Djibouti, repose sur trois piliers majeurs:

Le Cadre Juridique : le Code de la famille et les réformes du Code de Commerce ont facilité les procédures de création d’entreprise pour les femmes, leur garantissant une autonomie juridique totale.

La Formation : Des centres de formation professionnelle aux incubateurs technologiques, les Djiboutiennes ont investi les domaines de la gestion, de la comptabilité et de l’innovation.

Le plaidoyer institutionnel : le ministère de la Femme et de la Famille, en collaboration avec le Club des Femmes Entrepreneures, a su créer des réseaux de mentorat puissants.

La révolution numérique : le nouveau territoire

Depuis 2021, une accélération importante est observée dans l’économie numérique. Les jeunes diplômées djiboutiennes ne cherchent plus seulement un emploi dans la fonction publique ; elles créent des start-up. Qu’il s’agisse de plateformes de e-commerce, de solutions de paiement mobile ou de services de logistique, la “Tech” djiboutienne se conjugue de plus en plus au féminin. ​La femme djiboutienne a toujours été une entrepreneuse dans l’âme. Depuis 1999, elles ont tout simplement reçu les outils et la reconnaissance légale pour transformer cette résilience en véritable pouvoir économique. ​L’entrepreneuriat féminin est devenu le ciment de la Vision 2035. En 26 ans, la femme djiboutienne a prouvé que son succès n’était pas seulement une victoire pour le genre, mais une bénédiction pour le PIB national.

L’éducation et la santé des femmes, au cœur du combat​

En 1999, l’accès des filles à l’école était encore largement entravé par des pesanteurs sociales. Vingt-cinq ans plus tard, le paysage éducatif a radicalement changé. Grâce à une politique volontariste de scolarisation universelle, le taux de scolarisation des filles a bondi, elles sont désormais plus nombreuses sur les bancs de l’école, que les garçons. ​L’ouverture de l’Université de Djibouti en 2006 a marqué un tournant. Aujourd’hui, les femmes investissent des filières autrefois réservées aux hommes : ingénierie, droit, médecine. Cette massification de l’éducation féminine est le moteur de l’émergence d’une nouvelle classe moyenne de femmes cadres et entrepreneures qui participent activement à l’économie nationale.

Santé maternelle : une lutte acharnée contre la mortalité

Le domaine de la santé est sans doute celui où les efforts ont été les plus intenses. Depuis le début des années 2000, le gouvernement, soutenu par des partenaires internationaux, a multiplié les centres de santé communautaires et les maternités de référence.

Le taux de mortalité maternelle a connu une baisse significative grâce à l’amélioration de la prise en charge des accouchements par du personnel qualifié. Les femmes enceintes bénéficient d’un suivi régulier et d’une présence médicale accrue, d’où une baisse significative de la mortalité néonatale.

Djibouti s’est illustré par un engagement politique fort contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF). La loi de 1995, renforcée par des campagnes de sensibilisation massives impliquant leaders religieux et communautaires depuis 1999, a permis de briser des tabous séculaires. Désormais, les MGF ne sont plus qu’un lointain souvenir et ceci grâce à la Première Dame et Présidente de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes qui milite sans relâche pour que cette pratique ancestrale soit abandonnée.Au-delà des chiffres, c’est le statut juridique de la femme qui a évolué. Le Code de la Famille de 2002 a posé les premiers jalons d’une protection juridique accrue. Parallèlement, la mise en place d’un système de quotas (25 % de femmes au Parlement) a permis une visibilité politique sans précédent. ​Car l’éducation d’une femme, c’est l’éducation d’une nation. À Djibouti, nous avons compris que nous ne pouvions pas voler avec une seule aile et que les femmes ont , tout autant que les hommes , un rôle fondamental à jouer , pour imposer davantage notre pays dans l’échiquier mondial.

La femme djiboutienne, un acteur incontournable de notre société

En définitive, le visage de la société djiboutienne a radicalement changé en un quart de siècle. Si 1999 marquait le début d’une ère de reconnaissance institutionnelle, les années qui ont suivi ont transformé ce qui n’était alors qu’un espoir en une réalité tangible : la femme djiboutienne n’est plus seulement le pilier invisible du foyer, elle est devenue un acteur incontournable de l’édification nationale.

Grâce à une volonté politique affirmée, illustrée par la mise en place de quotas législatifs, la création d’un ministère dédié et l’accès massif à l’éducation, les Djiboutiennes ont investi des sphères autrefois jugées impénétrables. Qu’elles soient ministres, entrepreneures, officiers au sein des forces de défense et de sécurité ou magistrates, elles redéfinissent chaque jour les contours du possible. Cette mutation ne se limite pas aux chiffres, elle réside dans un changement profond des mentalités où le leadership féminin est désormais perçu comme un levier de croissance et de stabilité pour le pays.

Cependant, le chemin vers l’équité parfaite reste jalonné de défis. Les violences  basées sur le genre et le poids de certaines traditions persistantes rappellent que le combat pour l’émancipation est un processus continu. L’enjeu de demain ne sera plus seulement d’intégrer les femmes dans les structures existantes, mais de garantir que leur voix continue de transformer la gouvernance et le tissu économique de la République.

Alors que Djibouti se projette vers l’avenir, une certitude demeure : le développement du pays ne pourra se faire sans cette moitié de la population qui, depuis 1999, a prouvé sa résilience et son excellence. La femme djiboutienne n’attend plus qu’on lui donne sa place ; elle l’occupe, l’assume et trace, pour les générations futures, la voie d’une nation plus juste et  plus inclusive.

N.Kadassiya