Lieu chargé d’histoire et de sens, le Mémorial du barrage de Djibouti « EEGA » occupe une place singulière dans la construction de la mémoire nationale. Témoignage d’une période marquante du combat pour la liberté et la souveraineté, il incarne aujourd’hui un espace de transmission, de réflexion et de rassemblement autour des valeurs fondatrices de la nation djiboutienne. Afin de mieux comprendre la portée historique et symbolique de ce site emblématique,  La Nation  a rencontré M. Ahmed Ibrahim Haga, chef du département du Mémorial du barrage de Djibouti « EEGA » à l’Agence nationale pour la promotion de la culture (ANPC). Dans cet entretien, il revient sur la signification profonde du mémorial, son rôle lors des célébrations nationales et le message essentiel qu’il adresse aux jeunes générations.

La Nation : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Ahmed Ibrahim Haga, chef de département du Mémorial du barrage de Djibouti « EEGA», à l’Agence nationale pour la promotion de la culture (ANPC). Mon rôle consiste à assurer la préservation, la valorisation et la transmission de l’histoire liée à ce site emblématique, afin qu’il demeure un lieu vivant de mémoire, d’éducation et de réflexion pour les générations présentes et futures.

Pouvez-vous nous rappeler le contexte historique qui a conduit à la création de ce mémorial ?

Plus de quarante-cinq ans après l’indépendance, il est apparu nécessaire de disposer d’un lieu officiel dédié à la mémoire de cette période. C’est dans ce contexte qu’a été inauguré, le 26 juin 2022, le Mémorial du barrage de Djibouti « EEGA », afin de combler ce devoir de mémoire longtemps attendu. La création de ce mémorial répond à une volonté claire : non pas raviver les blessures du passé, mais reconnaître une histoire vécue, honorer les sacrifices consentis et permettre aux nouvelles générations de comprendre les fondements de la liberté et de l’unité nationale.Il s’agit d’un lieu de mémoire apaisée, tourné vers l’avenir, qui invite à la réflexion, à la compréhension de notre histoire et au renforcement du vivre-ensemble.

Quel rôle joue le mémorial lors des célébrations nationales ?

Lors des célébrations nationales, le Mémorial occupe une place centrale en tant que lieu de commémoration, de transmission et de réflexion. Il permet de rappeler le sens profond des fêtes nationales, au-delà de leur dimension festive, en les inscrivant dans l’histoire, la mémoire collective et le souvenir des sacrifices consentis. Dans cette dynamique, nous organisons tout au long du mois de juin une série d’activités commémoratives et éducatives, comprenant des conférences, des tables rondes intergénérationnelles et des journées portes ouvertes, afin de favoriser le dialogue, la transmission des savoirs et l’appropriation de notre histoire par l’ensemble des citoyens.

Quelle est la signification principale de ce mémorial pour la nation djiboutienne ?

Le mémorial est avant tout un symbole de mémoire, de sacrifice et d’unité nationale. Il rappelle que la liberté et la souveraineté dont jouit aujourd’hui Djibouti sont le fruit de luttes, d’épreuves et d’un engagement collectif. Il incarne aussi l’unité du peuple djiboutien face à l’adversité et constitue un repère historique essentiel dans la construction de notre identité nationale.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes djiboutiens à travers ce mémorial ?

Le message est clair : connaître son histoire, c’est comprendre son présent et préparer son avenir. À travers ce mémorial, nous souhaitons transmettre aux jeunes djiboutiens les valeurs de courage, de patriotisme, de responsabilité et de cohésion nationale. Il s’agit de leur rappeler que la paix et la liberté ne sont jamais acquises définitivement et qu’elles doivent être protégées par l’engagement citoyen et le respect de la mémoire collective.

Quelles actions sont mises en place pour sensibiliser les jeunes générations à l’importance de ce patrimoine historique ?

Plusieurs actions sont mises en place pour sensibiliser les jeunes générations à l’importance de ce patrimoine historique. Elles s’appuient notamment sur des visites pédagogiques encadrées, des ateliers éducatifs, ainsi que sur l’organisation de tables rondes intergénérationnelles. Ces échanges favorisent le dialogue entre la mémoire vécue des témoins et la mémoire transmise aux jeunes, contribuant à rendre l’histoire plus humaine, plus concrète et plus vivante.

Le Mémorial travaille également en étroite collaboration avec les établissements scolaires et l’université, en particulier avec les étudiants en histoire et en patrimoine, ainsi qu’avec les associations culturelles. Par ailleurs, un partenariat conventionné avec le Centre de recherche en sciences humaines et sociales, langues et littératures est en cours de mise en place afin de renforcer la recherche sur cette période historique. Cette collaboration vise à approfondir la compréhension de l’histoire du barrage, à mieux la documenter et à enrichir son volet pédagogique, au service de la transmission de la mémoire auprès des jeunes générations. L’objectif est de rendre ce patrimoine accessible, compréhensible et vivant, afin de favoriser l’appropriation de la mémoire collective par les jeunes et de renforcer leur conscience historique et citoyenne

Un dernier mot pour conclure ?

Je souhaite inviter l’ensemble de nos concitoyens, et en particulier les jeunes, à visiter le Mémorial du barrage de Djibouti « EEGA ». Ce lieu n’est pas seulement un espace du passé, mais un pont entre l’histoire et l’avenir. Préserver notre mémoire, c’est renforcer notre unité nationale et transmettre aux générations futures les valeurs qui fondent notre nation.

Propos recueillis par Mohamed Chakib