À quelques jours d’un scrutin présidentiel décisif, le président de la République et candidat de l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), Ismaïl Omar Guelleh, a choisi de placer l’économie au centre de son message politique. Réuni hier dimanche avec les principaux acteurs du secteur privé à Ayla Grand Hotel, le chef de l’État a multiplié les signaux en faveur d’un partenariat renforcé  entre les pouvoirs publics et les opérateurs économiques, dans un contexte marqué à la fois par des ambitions nationales de croissance et des incertitudes régionales persistantes.

Face à un parterre d’entrepreneurs, d’investisseurs et de représentants d’organisations patronales, parmi lesquels le président de la Chambre de commerce, Youssouf Moussa Dawaleh, le candidat de l’UMP a réaffirmé sa conviction : la transformation économique du pays passe nécessairement par une synergie étroite entre l’État et le secteur privé. Considérés comme des moteurs essentiels de la création d’emplois, notamment pour la jeunesse, les acteurs économiques occupent, selon lui, une place stratégique dans la construction d’une croissance inclusive et durable.

Cette rencontre s’inscrit dans une démarche plus large de dialogue engagé avec les différentes composantes de la société djiboutienne. Mais à la différence d’autres rassemblements de campagne, celle-ci s’est distinguée par son orientation résolument économique, centrée sur les défis structurels et les opportunités de développement du pays.

Dès l’ouverture des échanges, un diagnostic approfondi du secteur privé a été présenté, mettant en lumière les atouts mais aussi les contraintes qui pèsent sur son essor. Au cœur des discussions : l’amélioration du climat des affaires, la simplification des procédures administratives, le renforcement de la compétitivité et la nécessité de soutenir les secteurs à fort potentiel. Dans cette perspective, la position géostratégique de Djibouti a été largement évoquée comme un levier majeur à exploiter davantage pour attirer les investissements et stimuler les échanges.

Le président-candidat a insisté sur l’importance de poursuivre les réformes engagées afin de créer un environnement propice à l’entrepreneuriat. L’innovation, la diversification économique et la montée en gamme des activités productives ont également été identifiées comme des priorités. L’objectif affiché est clair : bâtir une économie capable de résister aux chocs externes tout en générant des opportunités durables pour les populations.

Au-delà des orientations stratégiques, Ismaïl Omar Guelleh a tenu à défendre le bilan économique de son quinquennat. Il a mis en avant une croissance qu’il qualifie de soutenue, des investissements structurants dans les infrastructures et une stabilité macroéconomique qui confère au pays une certaine attractivité dans la région. Selon lui, ces résultats sont le fruit d’un travail conjoint entre l’État et les acteurs privés, qui ont su prendre des initiatives et assumer des risques dans un environnement parfois incertain.

Cependant, le discours s’est rapidement orienté vers les défis à venir. Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, le chef de l’État a alerté sur les répercussions possibles pour l’économie nationale. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la volatilité des prix de l’énergie et les hésitations des investisseurs figurent parmi les risques identifiés.

Une économie à consolider face aux incertitudes régionales

Face à ces “vents contraires”, le président sortant a lancé un appel clair à l’unité et à la responsabilité collective. Il a exhorté les opérateurs économiques à renforcer leurs liens avec l’État afin de construire une réponse coordonnée aux défis extérieurs. L’idée d’une “alliance” entre le secteur public et le secteur privé a été au cœur de son intervention, présentée comme une alternative à une approche purement programmatique.

Dans cette optique, il a plaidé pour un partenariat public-privé « renforcé, intelligent et agile », capable de sécuriser les approvisionnements stratégiques et de protéger le tissu productif national. Cette approche vise à anticiper les crises plutôt qu’à les subir, en s’appuyant sur une meilleure coordination des politiques publiques et des initiatives privées.

Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité de préserver l’équilibre économique interne, notamment en matière de pouvoir d’achat. Dans un contexte d’inflation mondiale, il a mis en garde contre toute forme de spéculation susceptible de fragiliser les ménages. La stabilité des prix et l’accès aux biens essentiels ont été présentés comme des priorités absolues, conditionnant à la fois la cohésion sociale et la vitalité du marché intérieur.

Cette dimension sociale du discours souligne une volonté de concilier performance économique et justice sociale. Pour le candidat de l’UMP, la croissance ne peut être durable que si elle bénéficie à l’ensemble de la population. D’où son appel à une implication accrue des acteurs économiques dans la préservation du pouvoir d’achat et le maintien de conditions favorables à la consommation.

En filigrane, cette rencontre a également permis de clarifier l’offre politique du président sortant. Plutôt qu’un catalogue de promesses, celui-ci propose une vision fondée sur la continuité des réformes et le renforcement des acquis. L’accent est mis sur la consolidation des bases existantes, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de développement.

À l’approche du scrutin du 10 avril, cette stratégie vise à rassurer les investisseurs et à mobiliser les acteurs économiques autour d’un projet commun.

Elle s’appuie sur l’idée que la stabilité politique et la cohérence des politiques économiques constituent des atouts majeurs dans un environnement régional incertain.

La  rencontre de l’Ayla Grand Hotel illustre une orientation claire : faire du secteur privé un partenaire central de la transformation économique du pays. Dans un contexte où les défis sont multiples, cette alliance apparaît comme un levier essentiel pour renforcer la résilience de l’économie djiboutienne et préparer les conditions d’une croissance plus inclusive et durable.

Au-delà de l’enjeu électoral, ce dialogue entre le pouvoir politique et les forces économiques témoigne d’une volonté de construire un modèle de développement fondé sur la coopération, la responsabilité partagée et l’anticipation des mutations globales. Un pari stratégique à l’heure où l’économie mondiale reste marquée par l’incertitude, mais aussi par de nouvelles opportunités à saisir.