
Sise à la croisée de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie, sur l’un des corridors maritimes les plus fréquentés de la planète, la République de Djibouti a fait de sa position stratégique un levier de développement économique. Cinq ports modernes, spécialisés et complémentaires y structurent aujourd’hui avec un dispositif logistique de premier plan, solidement adossé à trois pôles économiques structurants : une Zone franche internationale, une vaste zone d’industries lourdes et une autre dédiée aux affaires. Inscrite dans la Vision 2035 du président Ismail Omar Guelleh, l’initiative vise à faire de Djibouti en 2035, un hub incontournable du commerce mondial et régional.

À première vue, Djibouti peut sembler un petit territoire aux ressources naturelles limitées. Mais vu depuis la mer, le pays apparaît comme un géant stratégique. Situé à l’entrée sud de la mer Rouge, au détroit de Bab-el-Mandeb, Djibouti contrôle l’un des passages maritimes les plus fréquentés de la planète. Plus de 20 % du commerce maritime mondial, notamment les flux entre l’Europe et l’Asie, transitent par cette voie étroite. Djibouti se positionne également sur une porte d’entrée du continent et notamment de l’un des plus grands marchés régionaux d’Afrique, le COMESA fort de 560 millions de consommateurs. NConscient de ces potentialités énormes, dès son ascension à la magistrature suprême du pays en 1999, le Président Ismail Omar Guelleh a aussitôt fait le choix audacieux d’investir dans le développement d’infrastructures portuaires et logistiques en vue de transformer cette position stratégique en moteur de développement économique. Dans sa vision, il vise à faire de Djibouti aux alentours de 2035, un hub logistique régional et international, capable de capter les flux commerciaux, de servir de plateforme de transbordement et de soutenir l’intégration économique de la Corne de l’Afrique. Pour y parvenir, il a d’abord été question au pays de développer des ports modernes spécialisés. Le résultat est aujourd’hui visible sur toute la façade maritime djiboutienne : 5 ports aux fonctions bien définies désormais opérationnel et les trois gigantesques pôles économiques commencent à prendre forme.

Le Terminal de Doraleh, moteur stratégique du commerce maritime à Djibouti
Mis en service en 2009, le Terminal à conteneurs de Doraleh s’est imposé comme l’un des piliers majeurs du dispositif portuaire djiboutien et comme un maillon essentiel des chaînes logistiques mondiales. Son exploitation a permis de transformer Djibouti en une plateforme stratégique reliant l’Afrique de l’Est aux grands marchés d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Amérique, renforçant ainsi le rôle du pays dans le commerce international.
Doté d’une capacité annuelle proche de 1,8 million d’EVP, d’un quai long de 1 050 mètres et d’un tirant d’eau allant jusqu’à vingt mètres, le terminal est en mesure d’accueillir les plus grands porte-conteneurs de nouvelle génération. Il dispose d’équipements de pointe, dont des portiques de quai capables de traiter les mastodontes des mers, des portiques Superpost Panamax, des RTG, des RMG, des véhicules de transfert internes, des reach stackers et plus de mille prises pour conteneurs réfrigérés. À ces capacités physiques s’ajoutent des outils numériques avancés, tels que les plateformes de gestion électronique des escales et de planification des quais, qui améliorent la visibilité en temps réel et optimisent la productivité des opérations. En 2024, le terminal a franchi un seuil historique avec plus de 1,2 million d’EVP traités, confirmant la solidité de ses infrastructures et l’expertise de son personnel. Cette performance repose également sur une connectivité multimodale efficace, notamment la liaison ferroviaire Djibouti-Addis-Abeba et l’intégration au Djibouti Port Community System, qui fluidifient les échanges et soutiennent la croissance régionale. Elle renforce durablement la compétitivité logistique nationale et consolide le positionnement régional du pays à long terme.

Le Doraleh Multipurpose Port (DMP) : la polyvalence au service de la performance
Le Doraleh Multipurpose Port (DMP) s’impose comme l’une des infrastructures portuaires les plus polyvalentes et stratégiques de Djibouti. Conçu pour répondre aux exigences du commerce maritime moderne, il est capable d’accueillir des navires de grande capacité et de traiter une large gamme de marchandises, allant des conteneurs aux vracs solides et liquides, en passant par les marchandises diverses et le roulier. Cette polyvalence confère au port une flexibilité rare dans la région, lui permettant de s’adapter aux évolutions du commerce international et aux besoins spécifiques de ses principaux clients, notamment l’Éthiopie.
Sur le plan technique, le DMP dispose d’infrastructures répondant aux standards internationaux les plus exigeants. Son quai en eau profonde, long de plus d’un kilomètre, offre un tirant d’eau adapté aux navires de nouvelle génération. Les vastes terre-pleins aménagés et les équipements modernes – grues, portiques, convoyeurs et systèmes automatisés – garantissent une manutention efficace, des délais de traitement réduits et une productivité élevée. L’un des atouts majeurs du Doraleh Multipurpose Port réside dans son intégration logistique. Connecté directement aux réseaux routier et ferroviaire, notamment à la ligne Djibouti-Addis-Abeba, il joue un rôle central dans la fluidité du corridor régional, facilitant l’acheminement rapide des marchandises vers l’arrière-pays éthiopien. Conçu selon une approche durable, le DMP respecte des normes strictes de sécurité, de sûreté et de protection de l’environnement. Sur le plan économique, il renforce la diversification et la résilience du système portuaire national, génère des emplois et consolide la position de Djibouti comme plateforme maritime et logistique de référence en Afrique de l’Est.
Le Port de Tadjourah : pierre angulaire du développement économique et logistique de la région nord de Djibouti.
L’ouverture de ce port a marqué un tournant stratégique. Conçu pour désengorger certaines fonctions du hub principal, mais surtout pour exploiter la position clé de la ville blanche – un site anciennement traversé par les caravanes commerciales vers l’Abyssinie (actuelle Éthiopie haut plateau) pour l’échange du sel et d’autres produits, le port de Tadjourah est étroitement lié au corridor routier Tadjourah-Balho, inauguré en 2019. Lequel constitue une voie rapide reliant le port à la région septentrionale de l’Ethiopie. Il s’étend sur une surface d’environ 30 à 40 hectares, équipé de deux quais linéaires d’une longueur combinée de plus de 435 à 485 mètres, et d’une profondeur pouvant atteindre 12 à 14 mètres selon les sources, ce qui lui permet d’accueillir de gros navires jusqu’à 65 000 tonnes de port en lourd (DWT).
Il dispose également d’un quai Ro-Ro de près de 190 mètres, destiné aux cargo roulants, facilitant ainsi l’embarquement et le débarquement de véhicules, de matériel lourd et d’engins.
L’ouverture du port a déjà stimulé l’emploi local et a freiné l’exode rural vers la capitale. Les activités portuaires génèrent des opportunités dans la manutention, la logistique, le transport, ainsi que dans les services associés – de la restauration à l’hébergement des chauffeurs routiers.
Le port du Goubet, un projet stratégique issu d’une vision nationale ambitieuse
Le port du Goubet s’impose comme une infrastructure portuaire moderne et stratégique, spécialisée dans l’exportation de minéraux, notamment le sel et le gypse. Conçu avec un tirant d’eau de 14 mètres, il peut accueillir des navires d’une capacité allant jusqu’à 100 000 tonnes de port en lourd, ce qui lui permet de gérer efficacement le transport de grandes quantités de marchandises. Ses installations de chargement en vrac et ses quais adaptés confèrent au terminal une capacité annuelle de 5 à 6 millions de tonnes de sel, provenant essentiellement du lac Assal, un site exceptionnel situé à plus de 150 mètres sous le niveau de la mer et riche en réserves de sel naturel. Cette capacité logistique permet au port de se positionner sur les marchés internationaux, avec des exportations ciblant l’Asie, les États-Unis, l’Europe et le Moyen-Orient. La diversification de ses activités, en valorisant une ressource locale comme le sel, permet à Djibouti de générer des recettes additionnelles indépendantes des flux commerciaux traditionnels. Cette orientation stratégique stimule l’économie nationale, crée des emplois directs et indirects, attire les investisseurs et dynamise les industries auxiliaires liées au transport et à la logistique.
Sept ans après son ouverture, le port du Goubet est devenu un symbole de l’ambition djiboutienne, renforçant la diversification économique et la compétitivité du pays. Il illustre la capacité de Djibouti à valoriser ses ressources naturelles tout en s’insérant dans une stratégie d’infrastructures globale, consolidant son rôle régional et son intégration dans les circuits économiques mondiaux, tout en participant à une croissance durable et structurante pour l’ensemble de la nation.
Horizon Djibouti Terminal Limited : le hub pétrolier stratégique qui alimente la Corne de l’Afrique
Horizon Djibouti Terminal Limited (HDTL) se positionne comme un hub pétrolier stratégique au cœur de l’Afrique de l’Est, garantissant l’approvisionnement en hydrocarbures de la région et renforçant le rôle de Djibouti comme plateforme logistique incontournable. Implanté dans la zone portuaire de Doraleh, le terminal a été conçu pour le stockage, le transit et la distribution de produits pétroliers raffinés, incluant gasoil, essence, kérosène, Jet A1, carburants marins et militaires.
Le site dispose d’une capacité de stockage globale de 370 000 à 400 000 m³, répartie sur de nombreux réservoirs équipés de systèmes automatisés et de dispositifs de sécurité conformes aux standards internationaux. Ses deux postes à quai en eau profonde permettent d’accueillir des navires jusqu’à 80 000 tonnes de port en lourd (DWT), garantissant un déchargement rapide et sécurisé via des bras de chargement modernes et des pipelines directement reliés aux zones de stockage.
HDTL joue un rôle central pour l’Éthiopie, pays enclavé de plus de 120 millions d’habitants, dont plus de 90 % des importations de carburants transitent par Djibouti. Chaque jour, des centaines de camions-citernes quittent le terminal en direction du corridor routier Djibouti-Addis-Abeba, assurant un approvisionnement régulier et fiable. Cette performance logistique réduit les coûts, fluidifie les opérations et renforce la compétitivité régionale. Depuis 2020, Horizon assure la quasi-totalité des importations éthiopiennes de carburants, consolidant sa position stratégique.
L’ensemble de ces infrastructures portuaires modernes est étroitement adossé à trois pôles économiques stratégiques et structurants, dont les phases initiales sont pleinement opérationnelles.
DIFTZ, la Zone franche internationale de Djibouti : un pari continental sur l’intégration et la croissance
La Djibouti International Free Trade Zone (DIFTZ) s’impose comme un projet économique majeur à l’échelle africaine. S’étendant sur 4 800 hectares, soit près de 7 000 terrains de football, elle bénéficie d’un emplacement stratégique au carrefour des grandes routes maritimes mondiales et à proximité immédiate du Port de Doraleh. Sa combinaison d’infrastructures de classe mondiale et d’un régime fiscal et douanier attractif en fait une interface privilégiée entre les économies régionales et le marché mondial. Dès sa phase pilote, couvrant 2,4 km², la DIFTZ devrait contribuer à hauteur de 200 millions de dollars au PIB national, soit environ 11 %. À l’horizon 2035-2040, sa contribution pourrait atteindre 2,5 à 4 milliards de dollars, confirmant son rôle de moteur de croissance durable. La zone franche joue également un rôle social déterminant, offrant des opportunités d’emploi à environ 12 000 personnes dès la phase initiale, avec une projection dépassant 350 000 emplois à terme. Les études économiques indiquent qu’un emploi créé dans une zone franche génère en moyenne deux emplois supplémentaires dans l’économie globale, amplifiant ainsi l’impact social et économique du projet.
Pour assurer sa réussite, la DIFTZ mise sur un écosystème favorable à l’investissement, des règles souples et harmonisées, le développement de l’outsourcing et une intégration régionale renforcée. Ces leviers permettent de positionner la DIFTZ comme un pilier stratégique du développement économique de Djibouti et de l’Afrique de l’Est, en renforçant à la fois la compétitivité nationale, l’attractivité internationale et la création de richesse durable.
Port-Parc-City : une vitrine économique régionale
Situé sur l’ancien site portuaire de Djibouti, Port-Parc-City, lancé en octobre 2020 par le président de la République, s’impose comme l’un des projets urbains et économiques les plus ambitieux du pays. Conçu comme un pôle d’affaires, de culture et de rayonnement régional, il illustre la volonté de diversifier l’économie nationale, de renforcer l’attractivité internationale de Djibouti et de consolider son rôle de hub stratégique en Afrique de l’Est.
Les premières réalisations, notamment le centre d’exhibition international et l’hôtel Escale, opérationnels depuis trois ans, témoignent déjà de la concrétisation de cette vision. Ces infrastructures ont permis d’accueillir des événements économiques, institutionnels et culturels régionaux, tout en offrant des capacités hôtelières modernes.
Déployé sur 840 000 m², Port-Parc-City sera réalisé en six phases pour garantir cohérence et adaptabilité aux besoins économiques et aux investisseurs. La première phase, couvrant 220 500 m², comprend un centre d’exposition international, un centre d’excellence pour les études maritimes, des centres de conférences, un hôtel et des appartements de services.
Les phases suivantes introduiront des zones spécialisées : une marina pour le tourisme et les loisirs, un espace culturel et éducatif, et un quartier d’affaires destiné aux multinationales avec salles de conférences internationales.
Au-delà des infrastructures, Port-Parc-City représente une approche intégrée et durable du développement urbain et économique. En combinant logistique, tourisme, culture et affaires, le projet ambitionne de devenir une vitrine du Djibouti moderne, ouverte sur l’Afrique de l’Est et connectée aux grands flux économiques mondiaux.
Le parc industriel de Damerjog (DDID) : pilier de l’industrialisation lourde de Djibouti
Le parc industriel de Damerjog, connu sous l’acronyme DDID (Djibouti Damerjog Industrial Development), est l’un des projets les plus ambitieux de la République de Djibouti. Pensé comme la première base industrielle lourde et pétrochimique du pays, il constitue un levier stratégique pour la diversification économique et le renforcement du rôle de Djibouti comme hub énergétique et logistique régional.
Situé à un kilomètre de la frontière somalienne, le DDID couvre 30 km², dont 10 km² de terres et 20 km² de mer. Les travaux préparatoires ont débuté en 2018 et la première phase, officiellement lancée en septembre 2020, s’étend sur 3 km de jetée offshore, une plateforme d’ingénierie et une zone de stockage. La jetée peut accueillir simultanément deux navires de 5 000 à 100 000 TPL et de 2 000 à 30 000 TPL, facilitant l’accès des véhicules techniques et le transit par pipelines.
Réalisée par l’entreprise marocaine SOMAGEC, cette phase prévoit un stockage de 800 000 m³ et une capacité annuelle de traitement d’environ 13,5 millions de tonnes de produits pétroliers, incluant fuel, diesel, essence et GPL. À terme, le DDID intégrera raffinerie de pétrole, terminal méthanier, zone de réparation navale, centrale électrique, usine d’eau, station d’épuration et usines de matériaux de construction.
Ce projet génère des centaines d’emplois directs et indirects, tout en offrant aux entreprises internationales des installations de stockage et de production. L’intégration portuaire, routière, ferroviaire et aéroportuaire fait du DDID le seul complexe industriel intégré d’Afrique de l’Est, renforçant la compétitivité régionale et positionnant Djibouti comme un acteur majeur du commerce et de la pétrochimie. L’ensemble de ces projets traduit une approche intégrée du développement, fondée sur la complémentarité entre ports, zones économiques, infrastructures énergétiques et projets urbains. Au-delà des chiffres et des capacités, il s’agit d’une transformation profonde du modèle économique national, orientée vers la durabilité, la compétitivité et l’ouverture internationale.
À l’horizon 2035, Djibouti ambitionne ainsi de consolider son statut de hub logistique et commercial de référence, au service non seulement de sa propre croissance, mais aussi de celle de toute la région. En misant sur ses atouts géostratégiques, sur des investissements structurants et sur une vision politique claire, le pays se donne les moyens de jouer un rôle central dans les échanges mondiaux du XXIᵉ siècle.
RACHID BAYLEH









































