
La République de Djibouti est en deuil. Avec la disparition de Cheikh Ibrahim Youssouf Ali, affectueusement connu sous le surnom de Macalin Ibrahim, le pays perd l’un de ses fils les plus dévoués, un éducateur passionné et un prédicateur dont la voix a marqué plusieurs générations.
Né en 1940 à Djibouti, Cheikh Ibrahim a très tôt emprunté le chemin du savoir religieux. Il effectue ses études à la Madrasa de Cheikh Mohamed, au Quartier 3, où il se distingue par son sérieux, sa discipline et sa profonde attachement au Coran. À peine âgé de 18 ans, il commence déjà à enseigner l’arabe et le Livre saint, révélant une vocation précoce pour la transmission du savoir.
En 1964, il est recruté à l’Éducation nationale en qualité de moniteur d’enseignement spécial. Il dispense l’enseignement de l’arabe et du Coran à l’école du Stade ainsi que dans plusieurs établissements de la capitale. Son engagement, sa rigueur morale et son attachement aux valeurs de justice et de dignité lui valent l’estime de ses élèves et de leurs familles. Mais son parcours ne fut pas exempt d’épreuves. Accusé de complicité avec les indépendantistes, il est renvoyé de la fonction publique. Loin de céder au découragement, Cheikh Ibrahim transforme cette épreuve en opportunité. Il fonde sa propre école coranique au Quartier 4, à l’avenue 26, où il formera de nombreux cadres et figures respectées du pays. Son école deviendra un creuset de savoir, de discipline et d’éveil spirituel. En 1976, il est réintégré dans le corps des maîtres d’arabe et affecté dans les collèges de la capitale. Cette réhabilitation marque la reconnaissance de ses compétences et de son intégrité. Tout au long de sa carrière, il demeure fidèle à sa mission : instruire, éduquer et guider. Cheikh Ibrahim était également une voix familière des ondes de la Radiodiffusion Télévision de Djibouti (RTD), où ses prêches sur la solidarité, l’unité et la cohésion sociale ont profondément marqué les auditeurs.
Il intervenait aussi à l’annexe du LPAI du quartier 7bis, portant un message constant de fraternité et de responsabilité collective.
Homme d’une grande intégrité, il consacra près de quarante années de sa vie au service des Biens Waqfs, d’abord bénévolement auprès du Cadi de Djibouti, puis en tant que salarié au ministère en charge des Affaires musulmanes et des Biens waqfs, jusqu’à sa retraite de l’Éducation nationale en 2000.
Même après cette date, il ne cessa jamais de prêcher dans les mosquées de la capitale et de Balbala, fidèle à sa mission spirituelle jusqu’au bout.
Au-delà de l’enseignant et du prédicateur, ceux qui l’ont connu retiennent un homme humble, accessible et profondément attaché aux valeurs de solidarité. Il laisse derrière lui une veuve, huit enfants et une vingtaine de petits-enfants, héritiers d’un nom respecté et d’un legs moral inestimable.
Avec sa disparition, Djibouti perd un éducateur d’exception, un guide spirituel et un artisan discret de la cohésion sociale. Son œuvre, elle, demeure vivante à travers les générations qu’il a formées et les cœurs qu’il a éclairés.
Qu’Allah l’accueille dans Son Paradis Éternel, Al-Fardouz, et accorde patience et réconfort à sa famille et à ses proches. Amiin.









































