Il est des images qui valent mille discours. Celle de deux adversaires politiques, hier opposés dans les urnes, aujourd’hui réunis dans un même salon du palais de la République, appartient à cette catégorie rare. Une image simple, presque silencieuse, mais lourde de sens dans un contexte où la politique est trop souvent dévoyée par les passions, les invectives et les postures stériles.
Le 10 avril dernier, les Djiboutiens ont tranché. À l’issue d’une campagne intense, parfois rugueuse mais globalement respectueuse des règles démocratiques, le verdict des urnes a consacré la victoire du président sortant, Ismail Omar Guelleh, candidat à sa propre succession. Face à lui, Mohamed Farah Samatar, un adversaire déterminé, porteur d’un programme et d’une ambition politique assumée. Les électeurs ont choisi. Et en démocratie, ce choix ne se discute pas, il se respecte.
Mais au-delà du résultat, c’est ce qui s’est produit quelques jours plus tard qui mérite aujourd’hui toute notre attention. Moins d’une semaine après le scrutin, le chef de l’État a reçu son ancien rival au palais présidentiel. Un geste fort. Un geste rare. Un geste qui, à lui seul, vient rappeler une vérité trop souvent oubliée : la politique n’est pas la guerre.
Car enfin, que nous dit cette rencontre ? Elle dit que l’adversité n’est pas l’hostilité. Elle dit que la confrontation d’idées n’implique ni haine, ni calomnie, ni diffamation. Elle dit surtout que la maturité politique ne se mesure pas à la virulence des discours, mais à la capacité de reconnaître l’autre, même dans la défaite.
Sur ce point, il faut le dire sans détour : Mohamed Farah Samatar a donné une leçon. En reconnaissant sa défaite et en félicitant son adversaire, il a honoré non seulement son engagement, mais aussi l’idée même de démocratie. Peu importe que son programme n’ait pas convaincu la majorité des électeurs. Peu importe que ses propositions aient été jugées irréalistes par une large partie de l’opinion. L’essentiel est ailleurs : dans le respect du verdict populaire. C’est cela, être un responsable politique.
À l’inverse, certains, autoproclamés gardiens d’une opposition « authentique », persistent à confondre engagement politique et règlement de comptes. Ils s’érigent en arbitres du « vrai » et du « faux » opposant, distribuant des brevets de légitimité à coups de déclarations outrancières. Cette posture n’élève pas le débat. Elle l’abaisse.
Et comme si cela ne suffisait pas, d’autres encore, dissimulés derrière le masque de la religion, ont tenté d’égarer les consciences en appelant les citoyens à se détourner de leur devoir civique. Une dérive inquiétante. Car depuis quand soutenir un programme politique, exprimer un choix dans les urnes, relèverait-il du péché ? La question mérite d’être posée, tant l’amalgame est dangereux. Heureusement, les Djiboutiens ne s’y sont pas trompés. Ils ont voté. Massivement. Librement. Et en toute responsabilité.
La rencontre entre le président Guelleh et Mohamed Farah Samatar restera, à n’en pas douter, gravée dans les mémoires. Non pas comme un simple fait protocolaire, mais comme un moment de vérité politique. Une démonstration que le dialogue reste possible, même après la compétition. Que la main tendue vaut mieux que le poing levé.
Depuis toujours, le président Guelleh a fait du dialogue un pilier de son action. Pour lui, l’opposition n’est pas un ennemi à abattre, mais un interlocuteur à écouter. Une conviction qui, dans un monde de plus en plus polarisé, mérite d’être saluée.
En vérité, la démocratie ne se résume pas au vote. Elle se prolonge dans les attitudes, dans les gestes, dans la capacité à dépasser les clivages pour servir l’intérêt supérieur de la Nation.
Et ce jour-là, au palais de la République, c’est bien cette idée-là qui a triomphé.
Kenedid Ibrahim









































