Dans le paysage littéraire djiboutien en pleine effervescence, une voix nouvelle s’élève avec force et singularité. Celle de Mohamed Djama Moussa, connu sous le nom de plume d’Afham, jeune poète né en 1989 à Ali-Sabieh, qui s’impose progressivement comme l’une des figures prometteuses de la poésie contemporaine. À travers son recueil La Voix de l’Union (Le Bâtisseur), il propose une œuvre à la croisée de l’engagement patriotique et de l’exigence esthétique, inscrivantsa plume dans une tradition littéraire nourrie par les grands classiques de la langue française.

Formé en gestion commerciale à l’Institut International de Commerce en Égypte, Afham incarne cette génération d’intellectuels aux parcours hybrides, où la rigueur académique se conjugue à une sensibilité artistique affirmée. Cette double appartenance se ressent dans son écriture, à la fois structurée et lyrique, où chaque vers semble répondre à une architecture pensée, sans jamais sacrifier l’émotion. Son style, marqué par une élégance certaine, puise dans les ressources du classicisme pour mieux servir un propos profondément ancré dans la réalité contemporaine de son pays.

Avec La Voix de l’Union (Le Bâtisseur), Afham signe un recueil qui dépasse le simple exercice poétique pour s’apparenter à une fresque nationale. L’ouvrage se présente comme un hommage appuyé au président Ismaïl Omar Guelleh, figure centrale autour de laquelle s’organise une réflexion sur l’unité, le développement et la construction de l’État moderne. Le poète adopte ici la posture d’un témoin engagé, observateur d’une transformation qu’il restitue à travers une langue riche en symboles et en images.

Une épopée poétique entre engagement et symbolisme

Au cœur du recueil, plusieurs axes structurants se dégagent, donnant à l’ensemble une cohérence proche de l’épopée. L’unité nationale apparaît comme le socle fondamental, célébrée comme une force invisible mais essentielle, capable de transcender les différences pour forger une identité commune. Le développement, quant à lui, est appréhendé dans une dimension à la fois matérielle et symbolique. Les infrastructures, qu’il s’agisse des ports, des voies ferrées ou des routes, deviennent sous la plume d’Afham les membres d’un corps national en pleine croissance, incarnant une dynamique collective tournée vers l’avenir.

Le titre même du recueil, Le Bâtisseur, revêt une portée métaphorique forte. Il ne désigne pas seulement un homme, mais une fonction, presque une vocation. À travers cette figure, le poète explore l’idée d’une construction continue, où la nation se façonne au fil des efforts conjoints de ses dirigeants et de son peuple. La métaphore architecturale traverse ainsi l’ensemble de l’œuvre, traduisant le passage d’un territoire fragmenté à une entité souveraine et structurée.

L’influence des grands auteurs classiques se manifeste également dans la forme. Afham privilégie des vers construits, souvent proches de l’alexandrin, conférant à son écriture une solennité qui renforce la portée de son propos. Le lexique mobilisé oscille entre lumière et obscurité, paix et instabilité, dessinant en creux une vision du pays comme havre de stabilité dans une région marquée par les tensions. La paix y est décrite non comme un acquis, mais comme une conquête permanente, fruit d’une volonté politique et d’un engagement collectif.

Au-delà de l’hommage, le recueil se distingue par sa capacité à transformer la géographie en poésie. Djibouti y est présenté comme un carrefour stratégique, un pont entre les continents et les civilisations, inscrit au cœur des dynamiques mondiales. Cette dimension géopolitique, subtilement intégrée au texte, confère à l’œuvre une profondeur supplémentaire, où le local et le global se rejoignent dans une même vision.

En définitive, La Voix de l’Union (Le Bâtisseur) s’impose comme un manifeste de patriotisme lyrique, où la poésie devient un outil de mémoire et de transmission. À travers ses vers, Afham ne se contente pas de célébrer un présent, il cherche à en fixer l’empreinte, à inscrire l’histoire contemporaine de son pays dans la durée. Une ambition qui, portée par une plume déjà maîtrisée, laisse entrevoir un avenir prometteur pour ce jeune auteur de la scène littéraire djiboutienne.

Djibril Abdi Ali