
La capitale somalienne a accueilli, hier mercredi 28 janvier, un événement à forte portée politique et symbolique : la 27ème réunion ministérielle de l’initiative Horn of Africa (HoA). Une première depuis des décennies de conflit, qui marque un tournant historique pour l’intégration régionale et la coopération économique dans la Corne de l’Afrique, avec l’énergie comme principal levier de transformation.

Co-présidée par le ministre somalien des Finances, Bihi Iman Egeh, et par Myriam Ferran, représentante de la Commission européenne, cette rencontre a réuni ministres des Finances, bailleurs internationaux et partenaires techniques autour d’un objectif commun : renforcer la stabilité régionale par des projets concrets d’électrification et de développement durable.
La tenue de ce sommet à Mogadiscio a été largement saluée comme une victoire politique et diplomatique pour la Somalie. Longtemps associée à l’instabilité, la capitale a démontré sa capacité à accueillir un rendez-vous régional de haut niveau, témoignant des progrès réalisés en matière de sécurité, de gouvernance et d’organisation institutionnelle.

Dans son intervention, le ministre djiboutien de l’Économie et des Finances, M. Ilyas Moussa Dawaleh, a souligné la portée symbolique de l’événement, évoquant « la résilience d’un peuple » et « un signal fort du retour de la Somalie au cœur des dynamiques régionales ». Selon lui, cette évolution renforce la crédibilité du pays auprès des investisseurs et des partenaires internationaux, tout en ouvrant la voie à une coopération régionale plus ambitieuse.
Au centre des discussions figurait la Mission 300 (M300), une initiative phare portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD). Son objectif est d’assurer l’accès à l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030, en faisant de la Corne de l’Afrique un terrain pilote pour des solutions innovantes d’électrification. Les débats ont porté sur plusieurs axes prioritaires : l’extension des réseaux électriques vers les zones rurales, le développement de solutions hors-réseau telles que les mini-réseaux solaires, le renforcement du « dernier kilomètre » pour toucher les ménages et les petites entreprises, ainsi que la formation de compétences locales afin de garantir la durabilité des projets. La vice-présidente de la BAD, Nnenna Nwabufo, qui participait à sa dernière réunion HoA, a insisté sur l’importance de combiner financements publics, investissements privés et mécanismes innovants, tout en intégrant des critères sociaux et environnementaux dans l’ensemble des projets énergétiques.

Vers un marché régional intégré de l’électricité
Les partenaires internationaux ont réaffirmé leur soutien financier et technique. Myriam Ferran a confirmé l’engagement de l’Union européenne en faveur du renforcement des infrastructures et des interconnexions transfrontalières, tandis que le vice-président de la Banque mondiale, Ndiame Diop, a plaidé pour la stabilisation des cadres réglementaires et une plus grande transparence afin de sécuriser les investissements à long terme.
Les ministres des Finances présents dont Ahmed Shide pour l’Éthiopie et John Mbadi Ng’ongo pour le Kenya, intervenant en visioconférence ont approuvé la création d’un comité de pilotage de haut niveau chargé d’harmoniser les politiques nationales et de faciliter les échanges d’électricité au sein du Pool énergétique d’Afrique de l’Est (EAPP). L’objectif est de jeter les bases d’un véritable marché régional, capable d’optimiser les ressources énergétiques complémentaires de la région et de réduire les coûts pour les consommateurs.

L’électrification accrue est perçue comme un puissant catalyseur de développement : amélioration de l’accès à la santé et à l’éducation, stimulation des PME, création d’emplois et renforcement de la sécurité alimentaire. Les partenaires ont toutefois insisté sur la nécessité de privilégier des solutions bas-carbone et d’intégrer des évaluations environnementales rigoureuses, dans une région particulièrement exposée aux effets du changement climatique.
Malgré l’optimisme affiché, les participants ont reconnu l’existence de défis majeurs, notamment l’instabilité sécuritaire dans certaines zones, les capacités institutionnelles inégales et les contraintes liées au financement et aux infrastructures.
La réussite de la Mission 300 dépendra d’un alignement politique durable et d’un suivi rigoureux des projets.
La réunion s’est conclue sur une image forte d’unité régionale, illustrant la volonté partagée de faire de l’énergie un pilier de stabilité et de prospérité. Au-delà du symbole, les États et leurs partenaires sont désormais attendus sur la mise en œuvre concrète des engagements pris.
La tenue de cette réunion à Mogadiscio envoie ainsi un message clair: la Corne de l’Afrique entend miser sur la coopération énergétique et l’intégration régionale pour bâtir un avenir commun plus stable, inclusif et durable au cours de la décennie à venir.








































