| Carnet de Route |
| Sur les pas des chameliers du temps moderne |
L’exploration de l’Abyssinie antique. Tous ceux qui avaient emprunté un jour la locomotive revenaient remplis des souvenirs des lieux atypiques. Aujourd’hui, un autre corridor non moins surprenant ravive cette relation avec notre plus grand voisin de la région : la route nationale numéro une, usitée au quotidien par des milliers de camions. Le cercle des chauffeurs jadis réservé aux éthiopiens, s’ouvre de plus en plus aux djiboutiens qui forment ainsi une nouvelle génération des caravaniers. Un bout de chemin avec ces infatigables chameliers du temps modernes. Par endroit, des villages entiers portent le sceau des catastrophes géo climatiques. A l’instar de Sardo, ce petit village entier enseveli sous la terre à cause des séismes des années soixante. Phénomène plus spectaculaire à la sortie de la mégalopole Adama connu sous le nom de Nazreth, où l’on voit à l’œil nu des portions de terre calcinées, effondrées, formant des cuvettes de plusieurs hectares. Ici, une bernache endémique roucoule en toute insouciance au bord de la route. Là, un guerrier karrayou vous exhibe son AK7 rutilante sous la couche de beurre. Plus loin des anecdotes locales rapportent les sorties nocturnes du roi de la jungle. Le voyage n’est qu’une série émouvante de découvertes et de dépaysement. Un territoire morcelé aux millimètres, une myriade des tributs avec leurs us et coutumes, la diversité dialectale et des autres idiomes étranges…qui aspirent à l’élan poétique. Pour les Djiboutiens, éternels victimes de la grande chaleur, c’est plutôt le changement climatique qui enchante par-dessus tout. Le pont de Hawash franchi, un air pur et frais vous imprègne les os calcinés. Au-delà de Debre Zeit, c’est le règne du pittoresque, la congélation totale. A travers ces dédales d’enchantement, le métier de camionneur est autrement plus rude que celui de nos lointains chameliers. A la chaleur torride de cette portion de basaltes que les géologues appellent incongrûment l’« Afar », les accidents fréquents et les intempéries prolongent incroyablement la durée du parcours. Plusieurs jours pour couvrir le millier de kilomètres d’Addis-Abeba. Records de vitesse en sens inverse ! A cela s’ajoutent les assauts des moustiques, les tracasseries douanières, la lourde attente devant la station de scanner des conteneurs de Milé qui demande plusieurs jours de fil indien…. Si nos transitaires peuvent s’enrichir à chacune des tribulations, nul ne peut imaginer les risques qu’ils frôlent aux quotidiens. Les accidents ne se limitent pas à ceux de la circulation : Le gin éthiopien qui coule à flots à chaque escale, les maisons d’arrêt qui traînent leurs cohortes de prostituées, le SIDA et ses comparses… pèsent, telle l’épée de Damoclès, sur ces routiers intrépides. Certains segments routiers, en proie à des tensions interethniques sont à traverser sur les pointes de pieds. Dans ces zones, tuer une vache ou une chamelle accidentellement sur la route peut coûter la vie au chauffeur. Ali Houmed |
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