N°  37 du Lundi 08 Mars 2010

La Microfinance à Djibouti

Portée, limites et perspectives  (2e partie) 

Les limites de la microfinance. Pendant plusieurs années la microfinance n’était qu’un volet d’un programme de développement des institutions internationales et ONG à Djibouti, ce qui ne favorise pas une vision claire et la fixation des objectifs sur une période donnée.  Le coût de services rendus par les institutions est très élevé, ce qui alourdit le niveau de taux d’intérêt facturé aux bénéficiaires. Cette situation est contraire à l’esprit de base de la microfinance, celui de favoriser la structuration et la formalisation de l’activité des petites et micro entreprises ;

- Absence d’un cadre juridique et réglementaire permettant la régulation et la supervision des opérations ainsi que le plafonnement des taux pratiqués ;

- Les formations  proposées sont insuffisantes et souvent inadaptées aux besoins réels des bénéficiaires ;

- L’absence d’un programme national d’accompagnement en gestion destiné aux microentrepreneurs et de leur personnel

Les propositions et perspectives. Les propositions concernent la mise en place des cycles de formations et des actions de sensibilisation favorisant un nombre important des démunis d’accéder à la microfinance.

La mise en place des cycles de formations. Les cycles de formation favorisent l’éclosion des groupes autonomes et permettent aux participants de partager leurs expériences. Dans cette optique, il importe de proposer un programme national d’accompagnement en gestion destiné aux microentrepreneurs et de leur personnel, avec l’approbation de la Banque centrale ou la chambre de commerce et d’industrie. Ce volet peut être inséré dans le programme global de formation.

Ce programme devrait tenir compte des attentes réelles des microentrepreneurs, telles que l’élaboration des Indicateurs de performance financière de suivi périodique (tableau de bord ou tableau mensuel ou trimestriel de trésorerie) mensuel des entreprises financées permettant d’évaluer régulièrement la situation financière de l’entreprise bénéficiaire.

Les cycles de formation permettront aux participants de se familiariser avec les  outils proposés, notamment, sur la base de cas concrets, avec le calcul, l’interprétation et l’interdépendance des principaux indicateurs de performance. Les indicateurs étudiés se réfèrent à la qualité du portefeuille, l’efficacité, sa productivité et sa rentabilité pour les IMF (institutions de la microfinance).

Actions de promotion de l’offre de financement et de régulation de la microfinance. La création d’un organe de contrôle, sous la tutelle du ministère des Finances ou de la Banque centrale dont le but est de superviser les différentes phases de réalisation des opérations et exiger le plus de transparence et la régulation des taux.  Cet organe aura d’autres missions :

- Le plafonnement des taux d'intérêt pratiqués par les institutions de microfinance ;

- Trouver un niveau optimal de taux permettant l’équilibre entre les coûts de transaction et la volonté d’offrir des fonds à moindre coût.

- La fidélisation de la clientèle par une réduction de taux et des prestations de services plus attentionnées pour les clients les plus anciens.

-  Favoriser la constitution des groupes solidaires, déjà mise en place par le département microfinance de l’Agence djiboutienne de Développement social (ADDS) pour accroitre le niveau de garantie

- Cet organe est le garant de la transparence des activités, et pourra donc donner un label aux structures de la microfinance, en fonction de la qualité et du degré de transparence des opérations réalisées.

La création d’un système micro-assurance. Une assurance est un système par  lequel des individus, des entreprises et d'autres entités, en échange d'un paiement monétaire (une prime), sont assurés de recevoir un dédommagement, s'ils subissent une perte due à certains périls et dans certaines conditions spécifiées. C’est le système d’assurance dit conventionnel qui s’appuie sur la probabilité, la chance (ou malchance) qu'un événement assuré se produise.

Le plus souvent, une Mutuelle est utilisée pour compléter les remboursements de la sécurité sociale à leurs adhérents. C’est une société de personnes à but non lucratif organisant la solidarité entre ses membres, et dont les fonds proviennent des cotisations des membres.  Il existe aussi une forme d'assurance conforme aux préceptes de l’islam, le takaful. Chaque personne participe à un fond qui est utilisé pour aider le groupe en cas de besoin, par exemple, décès, pertes agricoles, accidents etc. Les primes payées sont réinvesties pour éviter le mécanisme d’intérêts.  Les opérations sont supervisées par un conseil de surveillance, pour vérifier la transparence de l’activité. 

Ainsi il convient de souligner que la microfinance permet de pallier l'insuffisance et l'inadéquation des services financiers offerts aux plus agents économiques sur le territoire djiboutien. Cette situation limite aux catégories sociales les plus défavorisées l'accès au financement et à certains secteurs d’activités.

Des programmes de formation adaptés au besoin des bénéficiaires, notamment l’initiation  aux méthodes comptables très simplifiées (un tableau d’enregistrement des entrées et des sorties de fonds, un tableau de trésorerie très simplifié et un tableau de bord contenant des indicateurs de performance). C’est avec ce programme que l’on peut accompagner sereinement le développement des microentreprises.

De même qu’il est important de mettre en place des procédures de hiérarchisation des microentreprises, en fonction de la nature d’activité et de leur dimension (montant du capital, montant du chiffre d’affaires et de l’effectif). Toutefois, la cible prioritaire de la microfinance sera toujours les couches vulnérables ayant des activités génératrices de revenus dont leur principal objectif est l’amélioration de leurs conditions de vie.

ABbdelkérim  AMINE TOLOBA
Docteur ès science  de gestion option "Finance"
Spécialiste en finance islamique  et la microfinance