N°  34 du Mardi 02 Mars 2010

Hommage à titre posthume

"Oui à la Vie " pleure son courageux fondateur 

Ahmed Ali  Moumin, fondateur et président de l’association "Oui à la Vie" vient de nous quitter. Fauché, lundi dernier, par la terrible maladie qu’il a courageusement su braver, il avait 53 ans.

Mal en point depuis plusieurs mois, il a récemment été admis au centre hospitalier Bouffard, où il y a succombé dans la solitude et l’anonymat. Tout seul et loin du milieu qui a n’a fait que l’"exhiber" ici et ailleurs, il a rejoint sa demeure éternelle. Entouré uniquement des siens, il a livré sa dernière bataille contre le Sida.

Le tout premier djiboutien à déclarer en public sa séropositivité, il forgeait le respect de ses prochains et incarnait à lui seul la force de vivre. Frêle, toujours souriant, il avait su dompter sa maladie.

Sur tous les fronts, il n’a cessé de se démener ces dix dernières années pour témoigner, conforter et persuader ses semblables à s’accrocher à la vie et ne jamais se résigner.

"Le silence est pire que le virus", aimait t-il à répéter tout le temps, devenant à force de courage et de détermination le porte-voix de tous ceux qui souffraient et vivaient avec le mal dans l’indifférence absolue. Avec quelques compères aujourd’hui sous terre, il créa en 2001 l’association "Oui à la Vie" dans le seul et unique objectif de donner un visage au Sida qui, à cette époque, était considéré comme la pire des malédictions. Tout le monde se voilait la face, personne n’en parlait et encore moins les sidéens qui étaient perçus comme des pestiférés.

Prenant son courage à deux mains, il décida ainsi de briser une bonne fois pour toutes le tabou qui entourait cette maladie et osa afficher sa séropositivité par devant les professionnels de la presse écrite et audiovisuelle nationale.

C’était en mars 2002. Pour le regretté fondateur de "Oui à la Vie", c’était surtout une façon d’alerter l’opinion publique et de dire haut et fort que le Sida guettait à chaque coin de rue. Ce fut le début de son combat non seulement pour la vie mais également contre la discrimination à l’égard de celles et ceux qui, comme lui, vivaient avec cette terrible maladie. 

Sans peur ni complexe, il devint au fil des temps le parrain de tous les "damnés" du pays qui, dès qu’ils franchissaient la porte de "Oui à la Vie", trouvaient un peu d’affection et de confort.

Telle une grande famille, unie et solidaire, ils se retrouvaient quotidiennement pour se confier, parler de leurs expériences et se soutenir mutuellement.

Accordant une importance capitale au dépistage, à la prévention et à la prise en charge thérapeutique, il ne cessait de leur répéter tout le temps avec sagesse que "les séropositifs ont une immense responsabilité, celle de se protéger et de protéger les autres".

C’est ainsi qu’il devint un incontournable interlocuteur auprès des autorités sanitaires du pays.

Concrètement, Sidaction soutenait sans cesse le fondateur de "Oui à la Vie", à l’instar de nombreuses autres structures implantées dans les pays en voie de développement.

Ahmed Ali  Moumin laisse derrière lui une femme, un enfant et une multitude d’orphelins du Sida voués certainement à la plus grande incertitude.

Adieu combattant, puisse Dieu t’accorder son infinie miséricorde. J’espère que  ton combat te survivra et se poursuivra sans trêve, comme tu l'as sans doute souhaité.

NF