N°  34 du Mardi 02 Mars 2010

Intronisation de l'Ogaas

L’Ogaas Moustapha officiellement intronisé à Zeila 

Quinze ans. Cela fait maintenant un peu plus de 15 ans que l’on attendait l’arrivée du successeur de feu Ogaas Hassan Hersi Robleh (que la terre lui soit légère). Au terme de 66 ans de règne, le défunt, 18e en titre, laisse derrière lui une communauté en paix avec elle-même aussi bien qu’avec les autres en disparaissant un jour d’août 1994 à Dire-Dawa où le site qui abrite sa tombe porte son nom. Plus qu’un vide, la place qu’il laisse vacante apparaît alors comme un véritable défi que les Issas auront mis 15 ans pour le relever. D’où le « rapt» d’un nouvel Ogaas en septembre dernier. Il était temps.

Sur les pas de ses prédécesseurs, l’Ogaas Moustapha Mohamed Ibrahim, qui présidera désormais aux destinées de la confédération Issa, s’est rendu lui aussi dans la ville mythique de Zeïla pour y être intronisé à son tour. Oui, il a été soumis lui aussi, comme le veut la tradition, à un certain nombre de rites, comme celui du rasage qui s’est tenu dimanche dernier sur le site historique de Geed-Ogaas.

S’ensuivront le lendemain à Zeïla un bain en mer et une visite guidée sur la tombe d’Ebo Abdallah, ancêtre de la lignée des Ogaas, puis du sanctuaire de Cheikh Ibrahim Zeïlici, figure emblématique qui avait fait de sa vie une profession de foi et profondément marqué les habitants de la région.

Le coup d’envoi des festivités a été ensuite donné dans une immense tente dressée à cet effet, en présence d’un parterre d’officiels issus aussi bien de notre pays que du Somaliland voisin. A la tête de la délégation djiboutienne, le Premier ministre Dileïta Mohamed Dileïta a assisté à la cérémonie d’intronisation, retransmise en direct sur la RTD, aux côtés des membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale.

Élus locaux, représentants du mouvement associatif, artistes, journalistes ou anonymes, les Djiboutiens ont massivement répondu présents au rendez-vous, saluant unanimement le sacre du nouvel Ogaas, bravant la boue qui, du fait des dernières pluies, a enseveli la piste reliant Djibouti à Zeïla.

A bord de 4x4, de bus, de camions et, parfois, de motocyclettes, nombreux furent ceux qui ont fait le déplacement pour voir l’Ogaas Moustapha Mohamed Ibrahim en chair et en os, à défaut de pouvoir l’embrasser.

Le temps d’un rêve ou d’un sourire dédié à l’avenir. L’artiste Omar Daher Abdi, qui a composé le fameux morceau « Ogaas Roobloow » qui passe ces jours-ci en boucle à la radio nationale, en a été très ému, allant jusqu’à verser des larmes au contact de la main du jeune souverain qui, lui, s’est montré plutôt imperturbable, nullement éprouvé par le long périple qu’il poursuivait depuis octobre à travers le pays Issa.

C’est peu dire que la liesse populaire a été à la hauteur de l’évènement, investissant très vite le cœur de la ville légendaire de Zeïla dont la vie est aujourd’hui à l’image de ses habitations. C’est-à-dire écartelée entre vestiges du passé et promesses du futur.

Détenteurs d’un patrimoine culturel millénaire, sur les traces de nombreux pionniers dont l’histoire prend parfois la saveur d’un conte de fée, les yeux rivés vers la mer d’où des ressources tout de même modestes et largement insuffisantes pour soutenir des conditions de vie difficiles, les habitants sont très accueillants.

L’hospitalité, peut-on entendre dire, est une tradition à laquelle chaque homme et chaque femme est particulièrement attaché sous les cieux de Zeïla. C’est peut-être pourquoi le comité en charge de l’organisation de l’intronisation du nouvel Ogaas des Issas a décidé d’y prolonger les festivités jusqu’au 7 mars prochain.