N°  24 du Jeudi 11 Février 2010

Convention nationale du Frud

Le Frud dit oui à une révision
de la Constitution et réclame un référendum

La première journée des travaux de la convention 2010 du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD) a été marquée, hier, par un important discours prononcé par son président, Ali Mohamed Daoud «Jean-Marie ».

Celui-ci a ainsi tenu à faire le point sur toutes les grandes questions d’actualité, estimant qu’il en était temps « 16 ans après les accords de paix de 1994, 18 ans après l’élaboration de la constitution, 11 ans après l’avènement de l’actuel président de la République ».

Après avoir longuement évoqué les grandes questions d’ordre politique, économique et social qui ont fait l’actualité au niveau international tout au long de l’année 2009, le président du Frud n’a pas caché sa satisfaction devant le fait que notre pays parvienne toujours, malgré tout, à se tenir à l’abri des tourments de toute sorte. «Djibouti est un pays en paix et stable dans une région troublée de la Corne de l’Afrique », a-t-il souligné. Avant d’ajouter : «notre pays a fait des progrès considérables au cours de ces 11 dernières années, notamment dans les secteurs sociaux et en matière de développement des infrastructures portuaires et aéroportuaires ». Des progrès dus, selon lui, au «partenariat conclu avec Dubaï et Jabal Ali» et à «notre position géostratégique».

Mais si Jean-Marie ne voit que des motifs de satisfaction pour ce qui est de la stabilité et de la situation socio-économique, ce n’est pas le cas en ce qui concerne le pluralisme politique et les règles démocratiques. De toute évidence, le leader du Frud trouve trop lent le rythme avec lequel progresse la jeune démocratie djiboutienne.

« Malgré la levée de toute limitation du multipartisme, la démocratie djiboutienne ne semble pas avoir répondu à l’attente et l’espoir nourri par nos compatriotes. Les modes d’élection en vigueur ne permettent pas la représentation de toutes les sensibilités et encore moins une alternance politique qui est la finalité de toute démocratie. La vie politique compte huit partis politiques dont quatre de la coalition majoritaire et quatre autres de l’opposition qui boycottent toutes les consultations électorales, refusant ainsi de jouer le jeu de la démocratie. Attitude qui donne une image peu glorieuse du pays en matière de démocratie», a-t-il affirmé.

Evoquant les grandes questions politiques telle que la décentralisation, le président du Frud a estimé que celle-ci, bien que lancée suite aux élections régionales et communale, «demeure à un stade embryonnaire et fragile, eu égard au peu de moyen mis à la disposition du pouvoir décentralisé et de la confusion qui règne dans le processus de transfert de compétences ». Poursuivant son allocution, le président du Frud a cependant concédé que « la politique conduite sous la direction du président de République a porté ses fruits dans plusieurs domaines importants ».

Selon lui, le contexte politique de l’élection de 2011 se présente alors que « la conjoncture économique et sociale du pays est satisfaisante malgré les difficultés dues à la crise économique qui frappe tous les pays. Elle intervient aussi à un moment où notre pays fait face à une agression d’un pays voisin qui veut l’amputer une partie du territoire. Notre pays a remporté des victoires diplomatiques».

Dans ce double contexte d’une conjoncture économique favorable et d’une patrie en quasi-guerre, l’élection présidentielle de 2011 revêt un caractère particulier, constituant « un évènement d’une grande importance qui nécessite de taire non seulement les particularismes ou les divergences politiques, mais de réaliser surtout l’ampleur et le poids des engagements à prendre et à mesurer leurs conséquences sur l’avenir de la nation ».

Le président du Frud a, en d’autres termes, souligné que « sa formation politique, n’envisageant pas de présenter son propre candidat en 2011 et ne voyant pas d’autres possibilités d’alternative crédible, souhaite et appelle à la poursuite de l’action du chef de l’État au-delà de 2011 dans le cadre d’un 3e mandat ». « Le bilan largement positif de ces 10 dernières années plaide en faveur de cette continuité », a-t-il insisté. « Je sais que le président de la République a encore la volonté de servir son pays et son peuple. Il en a la conviction, l’expérience, la compétence et la force ».

M. Jean-Marie a par ailleurs longuement évoqué la crise en Somalie, un pays « en proie depuis 20 ans à une guerre civile fratricide ». Il a ainsi reconnu que la République de Djibouti a beaucoup œuvré pour tenter de mettre un terme à la tragédie que vit le peuple frère de Somalie.

Pour lui, « l’État érythréen porte une lourde responsabilité dans la tragédie somalienne puisqu’il soutient ouvertement les Chabab dont le lien avec Al-Qaida est avéré ».

 « Le processus dit de Djibouti a abouti à l’élection d’un parlement et à la formation d’un gouvernement de transition qui a obtenu pour la première fois le soutien de la communauté internationale », a-t-il poursuivi.

Cependant, considérant que le gouvernement somalien « est confronté à d’énormes difficultés et est encore très loin de maîtriser la situation », le président du Frud a clairement exprimé les réticences de son parti envers ce qu’il a qualifié d’«immixtion militaire dans la guerre des factions ».« La décision d’envoyer des soldats djiboutiens en Somalie, que notre gouvernement s’apprête à prendre, nous parait être une décision contre-productive à double titre », a-t-il martelé. Il faut toutefois souligner qu’une telle décision n’a jamais été mise de l’avant par le gouvernement djiboutien.

Les travaux de la Convention du Frud prennent fin aujourd’hui.