N°  20 du Jeudi 04 Février 2010

IPC 2009 

La statistique est un outil
de décision et de bonne gouvernance

  La Direction de la Statistique et des Études Démographiques (DISED) du Ministère de l’Économie et des Finances publie régulièrement depuis 1999 le bulletin de l’indice des prix à la consommation pour mieux informer les utilisateurs publics et privés sur le niveau mensuel de l’inflation et de son impact sur l’économie nationale. 

   L’inflation de l’année 2009 calculée en glissement annuel se situe à hauteur de 2,2%  contre   +9,2% en 2008 indiquant une inflation moindre. L’inflation, calculée sur la base de l’indice moyen des 12 derniers mois est de 1,7% en décembre 2009 contre +12% le même mois de l'année 2008. 

Rappelons que la République de Djibouti avait enregistré un niveau d’inflation élevé en 2008, en raison notamment des tensions sur le marché extérieur des produits pétroliers et des produits alimentaires ainsi que leur répercussion sur les produits de consommation locale.

Les prix à la consommation en 2009 est marquée par une déflation observée au cours des deux premiers trimestres de l'année 2009 suivi d'une inflation sur le 2e semestre. Le 4e trimestre de l'année 2008 avait enregistré une baisse des prix et cette  phase de décélération a continué jusqu'en mai 2009.

L'inflation observée en 2009 résulte de la hausse annuelle des prix des fonctions : "Logement, eau, électricité, gaz et combustible pour la cuisson" (+3,5%), "Alimentation, boisson et tabac" (+1,3%), les "transports" (+7,4%) et enfin les "articles d’habillement et articles chaussants" (+5%). Les prix des types de consommation "enseignements" et "loisirs, spectacles et cultures" ont baissé au cours de l’année 2009 respectivement de –0,8% et –4,8%.

Les mesures de lutte contre l’inflation ont été mises en place par le gouvernement au cours de l’année 2008 concernant les produits de première nécessité, notamment des mesures fiscales.

Ces mesures sont restées en vigueur pour l'année 2009, la mise en place de la taxe sur la valeur ajoutée en janvier 2009 n'a pas eu un impact  significatif sur les prix à la consommation  des ménages.

Rappelons que la TVA est assujettie aux entreprises dont le chiffre d'affaire est supérieur à un seuil de 80 Millions.  La DISED collecte les prix chez des détaillants comme les boutiques de proximité et les marchés de détails, à ce niveau la TVA n'est pas visible hormis les prix de l'électricité et de l'eau dont les factures sont majorés par la TVA de 7%.

  


En Aparté avec Amareh Ali Saïd
Directeur de la DISED

Pourquoi la mise en place d’une stratégie nationale de développement de la statistique(SNDS) ?

Vous savez, la République de Djibouti souscrit aux objectifs de développement du millénaire. Leur réalisation suppose un besoin évident de suivi à l’échelle nationale et mondiale. Ce qui implique un double engagement total de la part des pays comme le nôtre et de leurs systèmes statistiques nationaux.

Est-ce là le seul motif qui légitime le bien-fondé de la SNDS?

Non, bien sûr. Il en existe d’autres de taille. L’INDS, qui est un chantier de mandature ouvert en permanence, la compétitivité de notre économie, le processus de décentralisation en cours, l’intégration des économies régionales dans l’espace du COMESA, l’adhésion de Djibouti au système général de diffusion de données(SGDD) du FMI sont autant de motifs qui légitiment également le bien-fondé de la SNDS. Concrètement,  cela signifie que notre pays s’engage par ce biais à produire des statistiques conformes aux normes internationales. Il nous importe donc de définir avec rigueur et intégrité le champ d’application, la périodicité et le délai de diffusion dans la production de données statistiques que nous voulons fiables et de qualité. Bien entendu, l’utilité des statistiques et l’accès du grand public aux données disponibles viennent compléter les précédentes exigences.

Brossez-nous justement un état des lieux de l’outil statistique national ?

A dire vrai, le qualificatif de « sous développé » sied assez bien au système statistique national. Car celui-ci peine encore à répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de statistiques de qualité, inhérentes aux nouveaux défis et enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels que notre pays doit relever. La principale contrainte a longtemps été l’inadaptation du cadre légal et réglementaire. Il faut savoir que l’efficacité du système statistique dépend avant tout de ses bases légales énumérées dans la Loi statistique n°196/AN/81..

Le texte est ancien et non explicite sur l’utilisation des sources à des fins statistiques. Ses dispositions concernant l’obligation de réponse sont non appliquées. En outre, le comité de coordination statistique crée auprès de la DISED par cette Loi n’est pas fonctionnel. Sa composition n’est pas représentative des producteurs et utilisateurs des statistiques. D’où l’absence de coordination qui est effective. Son corollaire est, bien entendu, l’inexistence d’un dialogue entre les parties prenantes.

Le Conseil des Ministres a adopté mardi 26 janvier dernier une nouvelle Loi qui régit désormais l’organisation de l’activité statistique en République de Djibouti. Ses dispositions légales vont-elles combler les lacunes du précédent texte de Loi ?

Je le crois dans la mesure où la nouvelle Loi insiste sur le principe de visa statistique. Tachons d’éviter les amalgames sur ce point. Même si elle est effectuée par des tiers, toute étude statistique ou socioéconomique des services publics est soumise au visa statistique de la DISED qui est l’organe central du système statistique national. Toutefois, les activités statistiques sectorielles prévues dans les plans d’action n’ont pas besoin d’un tel visa hormis les opérations de collectes des données statistiques à caractère national sur le terrain telles les enquêtes auprès des ménages. Ceci pour dire que la DISED doit être informée via une lettre de demande de toute étude statistique ou socioéconomique d’organismes et personnes privées censés fournir des indicateurs statistiques avant le début de la collecte.

Et cette disposition concerne également toutes les autres enquêtes non visées antérieurement. En ma qualité de directeur de la DISED, je suis habilité à délivrer le visa statistique sur approbation de mon ministre de tutelle, M. Ali Farah Assoweh. En outre, la nouvelle Loi stipule la mise en place effective d’un conseil supérieur de la statistique(CSS), présidé par le Premier ministre, M. Dileita Mohamed Dileita. Cela témoigne de l’engagement politique de notre gouvernement qui considère désormais la statistique comme un outil de décision et de bonne gouvernance.

Qu’en est-il du financement de la mise en œuvre de la SNDS?

Je vous donne une exclusivité : la statistique figure parmi les thèmes à l’ordre du jour de la table ronde des bailleurs de fonds de Djibouti qui aura lieu à Dubaï au mois de mars 2010. Le fait démontre l’importance que revêt le suivi-évaluation aux yeux de nos autorités politiques et partenaires au développement.

Outre cette parenthèse, le coût total estimatif de la mise en œuvre du schéma directeur quinquennal (2009-2013) de la statistique s’élève à 23,1 millions de Dollars US, soit l’équivalent de 4 milliards 115 millions FD. La mobilisation de ces ressources financières est aussi inscrite à l’ordre du jour de la prochaine réunion des bailleurs de fonds de Djibouti, prévue à Dubaï.

La DISED dispose-t-elle des ressources humaines nécessaires pour remplir les missions qui lui sont dévolues ?

De manière générale, la DISED et les autres départements sectoriels producteurs de données statistiques accusent un manque crucial de statisticiens, tous niveaux confondus, pour conduire les activités techniques régulières. A titre indicatif, la DISED compte trois ingénieurs statisticiens et deux adjoints techniques de la statistique dans ses rangs. Or, nos besoins immédiats en compétences portent sur le recrutement de huit cadres de haut niveau (ingénieurs statisticiens- économistes et démographes), vingt ingénieurs de travaux statistiques et quarante adjoints.

Comment comptez-vous remédier au manque de compétences sur le moyen et long terme ?

Le secret de la réussite à ce propos réside dans la formation des statisticiens qui font défaut au système statistique national. Notre gouvernement l’a bien compris. En accord avec l’Université de Djibouti et en partenariat avec l’École Nationale de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan, nous prévoyons d’ouvrir une filière d’enseignement destinée aux adjoints techniques de la statistique de niveau BAC+2. Les lauréats les plus méritants parmi ces derniers vont pouvoir intégrer les grandes écoles africaines qui forment les ingénieurs statisticiens.

Un dernier message en guise de conclusion ?

Je saisis l’occasion pour remercier notre ministre de tutelle, M Ali Farah Assoweh, qui nous a témoigné un soutien total tout au long du processus d’élaboration de la SNDS.

Il n’a pas ménagé ses efforts pour mieux sensibiliser les membres du gouvernement sur le rôle crucial de la statistique pour le développement national. J’adresse aussi mes remerciements au PNUD qui nous a accompagnés tout au long de la formulation de la SNDS.

Je remercie par ailleurs la CEA et le Consortium de Paris 21 pour leur appui technique dans l’élaboration des différents documents de la SNDS.  De plus, je lance un appel solennel aux autorités compétentes, départements sectoriels, et aux organismes internationaux pour respecter et faire appliquer la nouvelle Loi statistique et les règles de coordination du système statistique national.

Enfin, nous rappelons que la DISED est la seule institution garante de la coordination des méthodologies et de la qualité des statistiques produites sur le territoire national.

A cet effet, la DISED est le seul organe administratif qui délivre le visa statistique exigible pour toute opération statistique .

Propos recueillis par MOF