N°  20 du Jeudi 04 Février 2010

Lutte contre la Piraterie

" La solution du problème de la piraterie
 ne peut pas être uniquement militaire"

En marge des travaux d’une série de réunion sur la mise en application du code de Djibouti que le Sheraton Hôtel abrite depuis lundi, la Nation est allée à la rencontre du Ministre de l’Equipement et des Transports pour l’interviewer sur les tenants et aboutissants de cette conférence régionale. Nous vous livrons ci-dessous, en vrac l’interview du Ministre.

La Nation : Monsieur le Ministre vous venez de lancer les travaux d’une série de réunion sur la piraterie avec le concours de l’OMI. Quels sont donc les objectifs de ces assises ainsi que les résultats attendus ?

Ali Hassan Bahdon : Cette série de réunion vise à jeter les bases d’une coopération accrue entre les pays de la région sur les moyens de lutter contre la piraterie maritime au large des côtes somaliennes, devenues depuis quelques années des zones à haut risque pour les navires marchands.

Beaucoup de pays et d’organisations interviennent dans ce combat donc il est nécessaire de coordonner les actions menées sur le terrain en favorisant notamment l’instauration d’un consensus sur la manière d’agir afin d’œuvrer de concert avec efficacité contre ce phénomène dont les conséquences sont vraiment catastrophiques pour le monde entier et particulièrement notre région déjà meurtrie par les guerres et la calamités naturelles.

C’est pour cela que les pays concernés ont jugé utile et ont adopté un code de conduite appelé ‘code de conduite de Djibouti’ en référence à la précédente conférence de lutte contre la piraterie qui a eu lieu à Djibouti au début de l’année dernière.    

 

Justement, Monsieur le Ministre que peut-on dire sur le code de conduite de Djibouti et où en est on avec le projet de construction du centre régional de formation ?

Comme je vous disais le code de conduite de Djibouti a été élaboré en janvier 2009 dans le souci premier de créer un nouveau mécanisme de lutte contre la piraterie maritime à vocation régionale.

A travers ce code, les pays signataires qui étaient au nombre de neuf pays et qui sont actuellement 13 pays, s’engagent à harmoniser leurs actions anti-piraterie. Et Cette réunion qui s’est tenue à Djibouti vise à concrétiser sa mise en application effective.

Concernant le projet de création d’un centre de formation régional, je peux vous dire que les choses avancent bien. Comme vous savez, nous avons eu une réunion de prise de contact avec les principaux bailleurs de fonds que sont l’Union Européenne, le Japon et l’OMI, le 31 janvier 2010 au Ministère. Et je puis vous affirmer que les résultats sont plus que satisfaisants. 

Avec l’aide du Japon, nous comptons lancer les travaux de conception et de construction du centre d’ici les mois prochains dans un site situé à proximité du Port de Doraleh. 

Une première  partie du fonds est disponible et dores déjà je peux vous confirmer que le chantier va démarrer bientôt. La Concrétisation de ce Centre Régional n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un long processus qui a nécessité des nombreuses consultations et concertations avec nos différents partenaires impliqués dans cette lutte. C’est dans ce cadre, par exemple, que j’ai été amené personnellement à effectuer des déplacements au Japon, à Londres au siège de l’Organisation Maritime Internationale.   

 

Quelle place tient la République de Djibouti dans le combat contre ce nouveau fléau qu’est la piraterie ?

Notre jeune Nation de par sa position géostratégique est au coeur de la lutte contre la piraterie. Comme vous le savez nous sommes devenus le centre nerveux des opérations anti-piraterie qu’elles viennent de l’UE (Atalante), de l’OTAN  ou bien des pays asiatiques comme la Chine et le Japon.

Les Etats-Unis ont de leur coté crée la "Task Force 151" dont l’objectif est de lutter également contre la piraterie. Par ailleurs, des navires chinois et russes assurent la sécurité de leurs navires nationaux.

Djibouti a ainsi offert des facilités portuaires et aéroportuaires à ces pays. Grâce à la volonté du Président de la République chef de gouvernement, M. Ismail Omar Guelleh, Djibouti est devenu aujourd’hui un haut lieu de la lutte contre la piraterie mais aussi un pays qui œuvre inlassablement pour redresser la Somalie et qui cherche à instaurer un climat de paix et de fraternité dans la région, dans le continent africain mais aussi bien dans le monde entier.

Il va sans dire que ce fléau que constitue la piraterie est une menace pour le développement et même l’existence des activités portuaires de notre pays. Vous savez qu’en raison de ce phénomène, les navires risquent de ne pas utiliser le canal de Suez et de préférer passer par le Cap. Imaginez les conséquences de ce chaos pour notre économie.

"Reconstruite la Somalie pour lutter contre la piraterie",  cette logique est-elle la vision de la communauté internationale et pensez-vous que c’est la condition sine qua non pour éradiquer la piraterie ?

Comme vous savez, le Président de la République a réussi à convaincre que la clé de cette problématique passait par la résolution de la crise somalienne. Aujourd’hui, la communauté internationale est consciente que la piraterie est un problème qui doit se régler aussi sur terre.

La solution du problème ne peut donc pas être uniquement militaire. Elle passe assurément par une solution au drame somalien.

La stratégie internationale devrait favoriser la stabilisation de la somalie dans la lutte contre la piraterie. Nous sommes convaincus que la renaissance de la nation et de la souveraineté somalienne pourra grandement réduire les activités des pirates car ces derniers profitent de la situation.