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N° 20 du Jeudi 04 Février 2010 |
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La lettre d’Abou Hassan
Délit de faciès Il était une fois…Quelque part dans la Somalie profonde de l’époque, sous l’euphorie d’une ère post-coloniale encore naissante et abruties par de nébuleuses luttes intestines pour s’accaparer le pouvoir, les milices conquérantes faisaient office de gouvernement, chacune dans sa portion de territoire, son lopin de terre. Chacune défendant son bifteck, comme dirait l’autre. Chacune dans sa zone d’influence, ces milices régnèrent en maîtres absolus, ayant droit de vie et de mort sur les personnes se trouvant malencontreusement sous leur juridiction, et instaurèrent leurs propres lois et règles, leurs méthodes de gestion des affaires publiques. Dans chaque ville, chaque bourg et chaque agglomération, chaque localité et chaque village, elles mirent en place un « comité du peuple », uniformément composé de miliciens endoctrinés et habilité à jouer à la fois les rôles de préfecture, de tribunal et de police. C’est l’un de ces fameux comités, siégeant en cour de justice, unique et sans appel, qui jugea l’affaire Girma contre Abdi. Girma le plaignant et Abdi l’accusé sont de la même ville et du même arrondissement, ils y sont nés, y ont grandi et fondé, chacun, une famille. L’un est commerçant et fils d’immigré et l’autre est courtier et originaire du pays. Abdi, se trouvant un jour dans un goulot d’étranglement financier, alla trouver le sieur Girma et le pria de lui prêter une somme d’argent pour se sortir d’embarras. Je vous paierai, lui dit-il, en cinq échéances mensuelles et avant la fin de l’année !... Girma n’osa pas lui dire non, il lui procura le montant sollicité et lui rappela seulement de respecter ses engagements. Les mois s’écoulèrent depuis, et Girma, voyageant souvent à l’étranger pour des raisons de transaction commerciale, réclamait périodiquement son dû à l’emprunteur qui, à chaque fois, trouvait une excuse, un faux fuyant pour remettre aux calendes grecques le remboursement du crédit. Les mois passèrent, l’année aussi et une autre après, et Girma n’est toujours pas remboursé. S’estimant spolié, Girma porta plainte contre Abdi auprès d’un juge du comité du peuple qui fixa le jour du procès. Le jour J, le plaignant et l’accusé, le créancier et l’emprunteur, comparurent devant la cour du comité du peuple. A la barre : Girma : Monsieur le juge, j’ai prêté à cet homme telle somme d’argent et il m’a juré sur l’honneur de me rembourser en cinq fois avant la fin de l’année. Ça fait maintenant plus de deux ans et je n’ai rien vu venir !... Le juge : Abdi, reconnais-tu avoir emprunté cet argent ? Abdi : Oui, cousin, je ne nie pas qu’il m’ait prêté cet argent. Mais, chaque fois que je veux le rembourser, je ne le trouve pas. Et comme tu sais, l’argent ça part vite. C’est à cause de lui, il n’a pas d’adresse fixe !... Le juge : Ah bon, il n’a pas d’adresse ?... Sur ce, il appela les gardes de service et leur ordonna en pointant de l’index le sieur Girma : Mettez cet homme en prison ! Puis, se tournant subitement vers Abdi, il lui dit : Tu vois, maintenant il a une adresse. Tu sais donc où le trouver !... |