N°  18 du Mardi 02 Février 2010

Marchés mondiaux du sucre

Envolée des cours 

Du jamais vu selon les analystes des marchés boursiers internationaux : les cours du sucre atteignent de nouveaux records historiques. La tonne de sucre s’échange contre 760 Dollars US du côté de Londres. La livre de sucre vaut 29,82 cents US à New York. Les prix de cette matière flambent et sont en hausse de 150% depuis le début de l’année 2009.

Pour cause, le phénomène El Niño a ravagé les productions sucrières du Brésil et de l’Inde qui sont les deux plus gros exportateurs mondiaux. De 36,7 millions de tonnes, la production brésilienne est de 34,1 millions de tonnes, soit une chute de 2,1 millions de tonnes. Or, les exportations du sucre brésilien représentent 60% du commerce mondial. Une telle tendance découle des pluies d’El Nino qui ont endommagé les récoltes du sucre brésilien en cette période de sécheresse.

Ces intempéries posent problème. Car elles réduisent la période de la moisson. La canne doit être coupée sèche, or elle est chargée d’eau. Et comme pour le vin, elle dilue et réduit le taux de sucre présent dans la canne. Ce qui nuit à la qualité et réduit la production de sucre à l’arrivée selon les spécialistes.

L’Inde n’est guère mieux lotie. El Nino a déclenché une sécheresse destructrice en Inde où la production sucrière a chuté de 15 millions de tonnes, soit une baisse de 40%  comparativement au niveau d’une année de production. Durant la saison précédente, la production indienne de sucre avait déjà reculé de 20%. Du coup l’Inde, qui est la plus grosse consommatrice mondiale de sucre, n’est plus auto-suffisante et doit importer. Ses ponctions sur le marché international de sucre provoquent une hausse des prix.

Outre l’Inde et le Brésil, les autres producteurs significatifs comme la Chine, le Mexique et la Russie ont notamment vu leur production baisser cette saison. La Thaïlande, second exportateur mondial, voit également sa production chuter sur la saison. Tous les clignotants sont au rouge sur les marchés mondiaux du sucre.

Inversement, la demande en sucre continue de croître. Les projections des analystes internationaux prévoient une demande du sucre, de l’ordre de 165 millions de tonnes en hausse de 2,3% sur l’année. Notons que les pays émergents considèrent le sucre comme une denrée vitale. Car elle est source de calories. D’où la sensibilité de ces pays importateurs de sucre aux hausses de prix.

  Face à l’envolée des cours, les pays importateurs comme l’Inde, l’Ukraine, le Pakistan, l’Indonésie, la Chine et l’Egypte ont reporté leurs achats de sucre. Car ceux-ci essayent de "vivre sur leurs stocks". A tel point qu’une pénurie de sucre menace aujourd’hui ces pays. Car leurs stocks ne sont pas inépuisables. Le risque est que les prix du sucre flambent dans ces pays confrontés à une soudaine inflation. Ils devraient donc importer du sucre d’ici peu ! Et au prix fort. Malheureusement, il n’existe pas d’offre susceptible de couvrir une demande mondiale qui explose.  

Exemple frappant : le dernier appel d’offres de l’Indonésie a été un flop total. Le pays n’a pas réussi à acheter une seule livre de sucre.  

Pendant que les pays émergents s’inquiètent de la pénurie de stocks, l’Europe est la seule région qui enregistré une production record de sucre cette année. Le vieux continent dispose aussi des surplus de stocks de sucre dont les gouvernements ne savent que faire. Pour cause, l’Union européenne n’a pas le droit d’exporter plus de 1,3 million de tonnes de sucre par an conformément aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’objectif visé par ce biais était de stopper la concurrence déloyale qui prévalait par le passé. Difficile dès lors de savoir quand l’envolée des cours mondiaux du sucre sera enrayée.