N°  18 du Mardi 02 Février 2010

Discours du Chef de l'État au 14e sommet de l'UA

"L’Afrique peine encore
pour introduire le haut débit dans ses foyers"
 

Prenant part aux travaux du 14e Sommet de l’UA qui se tient à Addis-Abeba, le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, a prononcé un important discours dans lequel il met en relation les TICs et le développement économique du continent africain. Voici le discours présidentiel dans son intégralité. 

Nous voilà, chers frères, encore une fois, réunis dans cette belle ville d’Addis-Abeba pour notre conférence annuelle. Je suis très heureux de prendre part à ce débat consacré aux TICS au regard de l’importance stratégique de la science et de la technologie pour le présent et l’avenir de notre continent.

Les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle fondamental dans la modernisation, la compétitivité et le décollage de nos économies. Sous son caractère « naturellement mondial », elles sont devenues une nécessité sociale pour des économies plus interdépendantes que jamais.

Pour l’Afrique plus qu’ailleurs, elles représentent une opportunité sans précédent d’accéder, de profiter, mais surtout de contribuer pleinement à ce monde nouveau basé sur la connaissance. L’appropriation des technologies d’information et de communication étant vue comme un moyen pour atteindre nos objectifs de développement mais également un moyen de rattrapage économique pour nos pays.

Monsieur le Président,

Souffrant d’un sérieux retard, l’Afrique a du affronter plusieurs défis dont celui de développer ses capacités matérielles et humaines qui lui permettraient d’exploiter les prodigieuses possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Loin d’être une gageure, le retard de l’Afrique en la matière, est aujourd’hui en voie d’être comblé tant la bataille est bien engagée au regard des progrès accomplis ces dernières années dans le domaine, pour n’en citer qu’un, des infrastructures internationales de télécommunication.

Si nous continuons à mobiliser davantage de nos ressources, davantage d’énergies, si nous continuons à chercher avec nos partenaires des solutions innovantes pour le financement de nos projets, notre continent pourra aller très vite et même très loin.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

L’accès Universel aux TIC, déclaré, à juste titre, par l’Union Internationale des Télécommunications comme un droit universel pour tous les citoyens de monde, au même titre que le droit à l’éducation n’est pas encore acquis dans notre contient. Certaines franges de nos territoires sont encore non couvertes par les réseaux de téléphonie.

Alors que dans les pays développés on parle déjà d’« accès nouvelle génération » ou New Génération Access (NGA) et que les opérateurs de télécommunications de ces pays ont investi des moyens énormes, ces dernières années, dans l’augmentation des capacités à destination de l’utilisateur final, l’Afrique peine encore pour introduire le haut débit dans ses foyers. Nous le savons, pour rattraper son retard, l’Afrique doit affronter plusieurs défis d’ordre structurels : Augmenter ses capacités en bande passante internationale, moderniser et investir dans la boucle locale, baisser les prix pour atteindre un plus grand nombre d’utilisateurs, développer les applications et services ainsi que les contenus correspondants aux besoins de leurs utilisateurs, etc.

Toutefois, par les progrès accomplis ses dernières années dans le domaine ses infrastructures internationales de télécommunication on peut affirmer que l’Afrique a décidé, résolument, de relever ces défis. En effet, tout autour du continent, comme à l’intérieur des terres, des câbles à fibre optique, sous marins ou terrestres, ont été multiplié connectant ainsi l’Afrique au reste du monde.

A cet égard, je suis heureux d’affirmer que Djibouti, quant à elle, est dans les câbles sous marins internationaux depuis plus de 26 ans.

Afin de se donner les moyens de relever les défis sus-cités, mon gouvernement a consenti, au cours de ces 7 dernières années, à d’énormes investissements structurants. Ainsi,

• Des boucles à fibre optique métropolitaine ont été déployées dans Djibouti Ville et ses environnements de sorte que chaque abonné se retrouve à moins de 1,5 Km de la fibre optique pour un accès facile à l’Internet haut débit (ADSL).

• Les liaisons régionales n’ont pas été négligées car au cours de l’année 2009 un câble terrestre à fibre optique a été mis en place entre Djibouti et la frontière éthiopienne et celle avec la Somalie. Des discussions sont également en cours entre Teleyemen et Djibouti Télécom pour augmenter la capacité du câble sous-marin Aden-Djibouti, en 2010, à 20Gbit/s soit près de 40 fois sa capacité actuelle.

• Au niveau des câbles, le câble Est Africain EASSy atterrira à Djibouti au mois de février 2010. en plus du câble SEA ME WE 3 déjà existant, deux nouveaux câbles sous-marins internationaux ont atterri à Djibouti au moins de juin 2009. il s’agit des câbles sous marin EIG (Europe Inda Gateway) et SEACOM. Ces câbles seront opérationnels au cours du 2e semestre 2010.

• Enfin, en plus du réseau GSM, un nouveau réseau de téléphonie rural, utilisant la technologie sans fil CDMA, destiné à réduire la fracture numérique entre zones urbaines et zones rurales a été mis en place en 2009.

Par cela, nous ambitionnons de faire de Djibouti un véritable hub de télécommunication au service de la région.

Ainsi, Monsieur le Président,

Il nous faudra toujours et encore plus d’effort pour relever le défi des infrastructures des TICs afin de parvenir aux objectifs de développement que nous nous sommes fixé pour ce nouveau millénaire.

Toutefois, les barrières à l’appropriation des Nouvelles Technologies ne sont pas uniquement d’ordre matériel. Une fois les infrastructures des TIC mises en place, nos populations se voient confronter à la barrière linguistique. Il est clair qu’une appropriation véritable des TIC ne peut s’opérer dans une langue autre que celle utilisée dans la vie de tous les jours. Les avancées considérables réalisées dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication par les pays dits émergents sont à méditer. Dans aucun de ces pays, cette appropriation technologique ne s’est faite dans une langue autre que celle du pays.

Compte tenu du nombre restreint de nos concitoyens qui maîtrise les langues européennes, il me semble ne pas prendre beaucoup de risque en affirmant que, le grand défi que nous devons relever pour bénéficier pleinement des TIC reste celui de la barrière linguistique. L’Afrique est le continent multilingue par excellence. Il faut adapter les nouvelles TIC aux conditions et aux utilisations locales.

Les traitements informatiques des langues (En Anglais, Human Language Technologies HTL), constituent une voie prometteuse pour une réelle appropriation des TIC en Afrique. Les HLT constituent pour l’Afrique, continent connu pour sa tradition orale et pur son fort taux analphabétisme, une opportunité, formidable et peu coûteuse, d’insertion dans la nouvelle société du savoir.

Monsieur le Président,

A l’instar des ressources naturelles, chaque pays, chaque communauté dispose, en plus ou moins grand nombre, d’un certain nombre de talents ou cerveaux. De la détection, du suivi et de l’encadrement de ces talents peuvent dépendre de beaucoup de choses. Dans la plupart de nos pays, il n’existe pas programmes d’encadrement et de valorisation spécialement destinés pour ces personnes douées d’intelligence. Elles sont souvent livrées aux aléas de la vie. Malgré cela, une partie de nos talents arrivent à émerger et sont très rapidement récupérer par les multinationales étrangères qui leur offrent des salaires e des conditions de vie meilleures.

Nous nous devons, à l’instar d’autres pays, mettre en place de véritables programmes d’accueil de ces talents.

Par ailleurs, le rôle amplificateur de la diaspora africaine quant à l’appropriation des TIC dans nos pays semble avéré. Ces personnes qui ont travaillée et séjourné dans des pays où ils utilisaient les TIC dans la vie de tous les jours, ressentent ce besoin, une fois arrivé en Afrique. En général, elles font évoluer la situation des TIC par création de petites entreprises, à condition toutefois, qu’elles trouvent un environnement adapté.

L’émergence de petites et moyennes entreprises travaillant dans le domaine des TIC et les programmes d’accueil des talents et de la diaspora en général ne donneront pas les effets escomptés, s’ils ne sont pas doublés d’une politique d’accompagnement des projets. Le développement du Commerce Electronique, la création de parcs technologique et la mise en place d’incubateurs spécialisés et efficaces (où se rencontrent des environnements matériel, juridique, financier et politique propices), constituent des éléments essentiels à la réussite de ces programmes d’accueil.

Certains pays africains ont pris des initiatives très remarquées dans ce domaine. Il nous faut les amplifier davantage et aller encore plus loin et plus vite pour que l’Afrique occupe la place qui lui revient dans ce monde édénique du numérique.