N°  18 du Mardi 02 Février 2010

Reflexion

Sur les traces des ancêtres de l’avenir 
"On admire un tapis à la diversité de ses couleurs " Cheik Amadou Hampâte Ba  

“Nos souvenirs du passé  sont plus importants, plus forts que notre présent et il faut maintenant les sauver de l’oubli, si nous voulons avoir un avenir prometteur “ disait Nurradin Farah, écrivain somalien, pour nous rappeler l’anomie grandissante de notre société actuelle, minée par le matérialisme  et qui se montre actuellement incapable de donner un sens à la vie en société autre que le consumérisme.   Conscient de l’enjeu, nous devons à présent sans plus tarder, se donner les moyens humains, matériels, et financiers,  en s’engageant vers la voie légitime de l’écriture de notre passé,  avant qu’il ne soit trop tard.

Tout d’abord, avant de chercher à emprunter une direction quelconque,  n’est-t-il pas nécessaire   de connaitre, d’où l’on vient. Et , les peuples (Chine ,Inde , Corée du sud …) qui au cours du siècle passé évoluaient sans cesse dans la misère bien que demeurant malgré eux au banc des nations dites développées mais qui par là , avant de se lancer dans une compétition économique pleine d’écueils et d’incertitudes , ont cherché à posteriori  à préserver solidement et positivement leur histoire, et leur identité culturelle , sont à l’heure actuelle , en tête de peloton des pays qui ont réussi sur le plan socio-économique, un décollage sans faute à faire pâlir de jalousie un occident enfermé dans ses certitudes d’hier mais qui ces deux  dernières années  se trouve englué dans un libéralisme sauvage sans tête , ni queue . Quant à ses performances économiques  et financières très mitigées, qui affichent une croissance en berne suivi d’un déficit public record dont il n’est pas prêt  d’enrayer, étant donne les circonstances d’une crise aigue, sans précédent où il est entièrement mobiliser à colmater les brèches. Pour appuyer ma thèse, permettez-moi de vous citer, encore une fois  Jaques Fontanel, éminent professeur d’économie de l’université P. Mendès France qui affirme sans détour :"que la cohésion culturelle et la confiance sont des facteurs plus décisifs du développement que la démocratie..." . A méditer.

A l’ère   de la mondialisation où les frontières et les limites cèdent face a la puissance financière des multinationales prédatrices du nord , il est une nécessité absolue pour notre peuple de s’approprier les savoirs et les innovations technologiques si bien qu’ en l’accouplant avec notre patrimoine culturel et notre passé de peuple des pasteurs nomades , pour en faire un tout (deux en un). Il n’y a pas une culture figée et antinomique aux évolutions technologiques qui affectent   ces derniers temps notre planète à une vitesse déconcertante. Contrairement à beaucoup d’idées reçues  qui n’engagent vainement que les esprits malsains qui la professent, aucun pays, aucun peuple ,quelque soit sa dimension, sa taille économique et  son poids démographique ne peut demeurer, si telle est sa volonté en marge du progrès d’un monde qui avance à pas de géant.

Et tout cela ne peut se faire sans une contribution essentielle (de la part des gouvernants et gouvernés) en faveur de la promotion et l’émergence d’une identité culturelle cohérente, proprement djiboutienne et aux contours solides et  basées sur la confiance.       

 En effet, sans tomber dans le piège du narcissisme et du repli communautariste, ni succomber à la tentation du négativisme beat ; sans injustement s’idéaliser soi-même, il faut nous souvenir de l’ensemble de ce riche héritage national, véhiculé dans la diversité au delà des communautés. Pour s’enrichir mutuellement, éliminer les barrières, les cloisonnements, et construire quelque chose de beau, de bon et de grand.

D’autre part, s’idéaliser conduit à se mentir soi-même, à la stupidité voire à l’intolérance ethnique. La communauté humaine est fondée sur la mémoire et le respect de ses propres parents, de leur foi, leur amour et leur espoir mais aussi sur  la mémoire et le respect des parents des autres. Sinon, la pensée humaine tombe dans le piège du narcissisme et du mensonge voire dans l’amnésie qui porte à croire que notre patrimoine culturel et notre passé ne sont pas dignes d’être vécus et réhabilités.

Nous ne devons pas avoir honte d’admirer notre passé et patrimoine culturel qui nous viennent des ‘’ancêtres de l’avenir’’ car, il n’y a rien de plus important pour celui qui  à  travers sa quête, voulant rompre avec l’aliénation et l’acculturation dont il est victime, voudrait se remémorer et s’approprier son riche héritage, pour savoir enfin d’où il vient. Et sa culture n’est jamais vile ; elle ne démunie jamais celui qui veut de manière légitime la DECOUVRIR, ni celui qui la transmis. Personne n’est avili par sa culture. Au contraire, on est ennobli par elle.  Le XEER, ce legs et ce riche patrimoine immatériel qui a traversé les siècles pour venir intact jusqu'à nous, n’est point la propriété exclusive d’une partie ou d’une fraction quelconque de notre peuple mais c’est un bien commun, dont notre patrie est sans doute le dépositaire testamentaire légitime. Nous devons tous, sans distinction en être fier.

En dernier lieu, arrive au terme de notre entreprise, le moment est venu de rendre justice à ces irréductibles, je dirai plutôt à ces valeureux pionniers dont les fruits de leurs recherches et durs labeurs désintéressés, ont essayé de nous rattacher aux sources intarissables  dont recèle  notre nation.  Loin de reconnaître la noblesse de leur mission (qui pour certains à altérer leurs vies, je pense à Omar Maalin et à bien d’autres ) respectives, nous avons dénigré et masquer la contribution essentielle à notre vie commune, qui si on s’y intéresserait de plus près, pourrait d’une part ,nous guider sur les traces bénies  des ancêtres de l’avenir et d’autre part nous éviterait  de tomber dans le gouffre sans fond de la marchandisation.  Qu’ils retrouvent au passage l’expression de  nos gratitudes les plus sincères. 

ABDILLAHI  FARAH  AHMED (SITTI)