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N° 17 du Lundi 1er Février 2010 |
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Compte-rendu Le périple de l’Ogass Dans le cadre du long voyage initiatique entrepris par l’Ogaas Mustapha Mohamed Ibrahim depuis octobre 2009, ce voyage nous invite à revisiter les contrées les plus éloignées du pays Somali-Issa dans une région appelée plus communément par les pasteurs transhumants le « Galbeed ». Notre pérégrination nous a emmené plus exactement à Af Casse dans la région de Gheghalu située à environ 240 km de Dire Dawa. Mais avant d’atteindre la destination finale, nous avons effectué d’abord une halte à Biki, puis à Af Cassé. Af Cassé porte le nom d’un homme tué dans cette localité vers les années soixante. C’est pour rendre hommage à cette victime dénommée Iyeh Af Cassé que les habitants ont décidé de donner ce nom à leur village qui ne fut fondé qu’à partir des années quatre-vingt dix. Le cortège royal est arrivé à 10h près d’Af Cassé dans la région de Gheghalu, non loin de Mahisso à 200 km de Dire Dawa. Des centaines de jeunes et de vieux formaient une haie d’honneur en chantant à la gloire du nouveau Ogaas de la communauté Somali-Issa. Des danses (wilwilo-Tirtirfo , hello), des chants et des discours se sont enchaînés à un rythme effréné. L’enthousiasme et la fierté d’accueillir leur roi se lisaient dans les yeux pétillants des jeunes filles habillées pour l’occasion à la façon miiyi . «Nous nous sommes préparées pour cet événement depuis une semaine, et nous comptons fêter et saluer notre Ogaas !! » nous disent-elles en cœur. En effet, digne de l’accueil réservé à un chef d’état, les gens de Af Casse ont constitué une équipe chargée du protocole et un périmètre de sécurité fut érigé pour filtrer les visiteurs. De longues séances de photos ont clôturé cette belle journée ensoleillée du 15 décembre 2009. Le ministre de la culture dans le gouvernement fédéral éthiopien Mahamoud Dirir est arrivé à Af Casse vers 12 h. Se pressant de laver les mains encore enduit de gras, l’équipe d’accueil s’est rapidement mobilisée à l’annonce de l’arrivée imminente du ministre. Ce dernier n’était pas en reste de l’étiquette, il est arrivé habillé à la mode traditionnelle avec un « goudhaté » et portait à sa taille un poignard fort beau qui n’a sans doute pas échappé au regard des plus avertis. Après les salutations de rigueur, le ministre a rencontré l’Ogaas et les dignitaires de Af Casse avec lesquels il s’est longuement entretenu. Ce fut une rencontre exceptionnelle mettant en présence des dignitaires à la fois de Af Casse, de Dire Dawa et des hauts responsables du gouvernement fédéral éthiopien. Le débat était houleux mais fort intéressant. Les sages d’Af Cassé tels que Ali Libax ou encore Bouh Hassan Awled ont brossé l’état des lieux de la région et ont profité de l’occasion pour émettre quelques recommandations à destination des autorités éthiopiennes. Ils ont brièvement rappelé les graves difficultés qu’ils ont traversées depuis quelques années : les sècheresses à répétition, les conflits qui les ont opposés à leur voisins etc. Ensuite, Ils ont abordés des questions relatives à la trésorerie et à la logistique pour la suite des évènements. Enfin, comme la tradition le veut, des invocations collectives prononcés par les aînés ont clôturé la séance. Un peu plus tard, le ministre s’est prêté au jeu de la camera et à donné à la télévision régionale FM Dire-Dawa une longue entrevue. Le ministre Mahamoud Dirir a rappelé brièvement, dans cet entretien l’importance d’un tel évènement historique pour le peuple somali et pour les communautés pastorales vivants en Ethiopie. La nomination de l’Ogaas met en relief précise-t-il la nécessité d’avoir une meilleur connaissance des cultures locales et la valorisation des identités pastorales terreau d’une réelle richesse pour les populations de la région. Ce grand rassemblement d’une jeunesse bouillonnante d’Af Cassé s’est achevé avec des danses, des wilwilo, tard dans la nuit. On pouvait distinguer au loin des silhouettes d’hommes et de femmes s’enfonçant dans la pénombre des pistes escarpées de Fiileh à environ 10km de Af Cassé. Cette jeunesse a voulu honorer sa culture et ses traditions au rythme des claquements des mains et des danses sensuelles. La nuit de Fiileh a tenue toutes ses promesses avec un lendemain difficile mais tout aussi brouillant. Au petit matin, règle de l’hospitalité oblige, l’équipe chargée de la cuisine étaient en alerte traversant d’un pas pressé le site du nord au sud en criant à qui voulait l’entendre que le petit déjeuné était prêt. Des groupes de discussions se sont formés, se remémorant les rencontres et les souvenirs de la veille. Ce fut une grande scène aux couleurs de la tradition et des valeurs pastorales, parsemée de rappel et d’invocations. Les adieux à Af Cassé étaient difficiles mais notre départ fut tout aussi surprenant. Sur le chemin du retour, le comité a finalement décidé de faire une nouvelle halte à Biki du 16 au 17 Décembre avant de retourner à Millé pour l’Ogaas et à Dire Dawa pour les membres du comité d’organisation. Notre périple s’est achevé à Dire Dawa. Au delà de ce processus d’intronisation de l’Ogaas, la communauté Somali-Issa a réaffirmé avec force son droit à l’existence et sa place auprès des communautés avoisinantes. En effet, elle pourra consolider l’unité retrouvée d’une société pastorale traversée depuis une quinzaine d’années par des réalités exogènes à sa propre organisation. Ce « frottement » avec d’autres cultures a permit à la communauté Issa de se distinguer, de codifier un droit coutumier et d’honorer avec ferveur toutes les entités politico-religieuses formant le ciment de la société telle que l’Ogaas, le Xeer ou encore la Terre. Cette société segmentaire lignagère structurée autour du Xeer met en avant les valeurs telles que la bravoure, la force guerrière, l’authenticité et de justice. Ces référents alimentent continuellement l’imaginaire collectif et l’enracine dans un paysage à dominante pastorale, reflétant à la fois un rapport à idéelle tout à fait fondamental. Les pères fondateurs du Xeer ont mis en place un processus de désignation et de nomination de l’Ogaas garantissant l’émergence et l’affirmation de la volonté du peuple. Par la même occasion, les artisans de ce droit coutumier oral ont voulu sauvegarder à long terme les structures internes de la société pastorale Somali-issa. Nous attendons donc avec impatience la suite des évènements et l’intronisation à Zeylac (zeila’) cité côtière, reste hautement historique pour les populations autochtones de la région. Sagal Med Djama |