N°49  du Lundi 30 Mars 2009

Lettre ouverte au président du Frud

" Seul l'intérêt général compte " 

Le premier ministre M. Dileita Mohamed Dileita  a adressé une lettre ouverte au président du Frud, M. Mohamed Ali Daoud dit Jean-Marie.  Une lettre que nous publions intégralement.

Je tenais à vous adresser cette lettre pour vous remercier de votre intervention à l'occasion du discours de politique générale du Gouvernement et ceci pour plusieurs raisons, que je vais vous exposer, mais qui peuvent se résumer dans le fait que votre vrai visage politique apparaît au grand jour. En effet, au vu de votre intervention écrite, il m'est apparu nécessaire de compléter mes premières remarques faites à l'Assemblée Nationale, où je n'avais pas l'intégralité de votre intervention sous les yeux.

 En premier point, vous apportez la confirmation qu'un débat politique au sein de l'UMP existe bien. En effet, dans une de mes interventions auprès d'investisseurs étrangers à l'occasion du forum des investisseurs, je présentais l'aspect que tout investisseur recherchent en priorité, celui qui concerne la stabilité politique et sociale du pays. J'y affirmais donc que notre stabilité politique avait comme fondement le soutien de cinq partis, dont le votre, actuellement représentés à l'assemblée nationale, à la politique dirigée par le Président de la République, chef du gouvernement. J'y précisais que le débat avait lieu entre ces partis au sein de l'UMP. Aussi votre intervention confirme bien cette pratique démocratique de notre fonctionnement politique.

En second lieu, vous confirmez bien que le champ des libertés a fortement augmenté dans le pays. La publication de votre intervention dans laquelle vous adressez des attaques personnelles contre le premier ministre et contre la politique du gouvernement apporte la meilleure réponse à votre question sur la liberté de la presse. Je saisis cette opportunité pour vous confirmer, par ailleurs, que je n'apporte aucun crédit aux attaques personnelles et qu'il ne peut être question pour moi de polémiquer à ce sujet. Au service du Président de la République, j'ai appris qu'il y avait peu de place pour tout ce qui est personnel ; seul l'intérêt général prime.

Votre question sur l'indépendance de la justice me semble être que de pure forme, car vous connaissant depuis longtemps, je suis certain que vous n'aurez pas manqué de me saisir immédiatement, si à une occasion votre doute aurait pu se manifester.

Ainsi par la forme de votre intervention, vous témoignez qu'il est possible aujourd'hui en République de Djibouti, d'exprimer des critiques sur le gouvernement, même sans aucune argumentation, dans la presse nationale. 

Mais le fond de votre intervention me satisfait également, car il est plus caractéristique de vos véritables intentions. Permettez moi de rappeler que vous êtes le Président d'un Parti qui soutient la politique du Chef de Gouvernement, que deux de vos ministres siègent au gouvernement à des postes importants, et enfin que vous-même comme les autres députés avaient été élus sur une liste commune avec les autres partis de l'UMP.

Permettez moi de rappeler que vous avez été membre du Gouvernement, de nombreux compatriotes l'ont peut être déjà oublié. Mais je veux croire que vous, vous n'avez pas oublié le déroulement de la vie de nos institutions, même si votre intervention démontre cette méconnaissance de la concertation qui existe au sein du gouvernement. Permettez moi de rappeler également que chaque année, vous écoutez sans broncher le discours de la politique gouvernementale à l'Assemblée Nationale, discours prévu d'ailleurs par notre constitution, dans la forme prévue par cette constitution.

 Ainsi votre intervention dans la presse montre bien, une fois encore, l'évolution de nos avancées démocratiques, car elle prouve qu'il y a  même un espace pour la politique politicienne. Cette politique que certains chefs de parti pratiquent, ailleurs dans le monde, en contradiction totale avec leur comportement. La politique de ceux, qui font quelque chose et qui disent autre chose, de ceux qui deviennent rapidement peu crédibles, en fait de ceux qui sont surtout poussés par le désir de se maintenir à la tête de leur parti ou qui craignent des voix discordantes à l'intérieur de celui ci, de ceux encore qui essayent de négocier quelque chose mais qui se soucient peu du bien être de leur population.

Votre intervention me fait méditer, d'autant qu'à propos d'un discours de politique générale, vous évoquez des réformes institutionnelles et constitutionnelles, alors que, ne serait ce que comme ancien ministre, vous auriez du retenir qu'elles n'entrent pas dans le cadre d'un discours de la politique gouvernementale, axée sur ce que souhaite le plus la population : le développement et l'amélioration de la situation économique et sociale de la population.

 Aussi revenons à ce discours de politique générale, que vous avez trouvez comme chaque année vide. Il y avait peu de chiffres, mais il fallait peut être étudier avec un peu plus d'attention ceux qui y étaient indiqués. Le chiffre de notre croissance en 2008, d'abord, permettait de témoigner du succès de la politique menée par le Président de la République : 6% environ, alors que nous connaissons les chiffres enregistrés par les autres pays dans cette période de crise et que vous vous souvenez certainement de ceux qui étaient indiqués dans mes discours précédents sur la croissance. C'est là qu'il aurait fallu se poser des questions ; cette croissance est due à quoi ? Principalement aux investissements privés.

Et pourquoi maintenant et pas il y a dix ans ? Parce que les investisseurs ont maintenant confiance dans la politique suivie par notre Président de la République. Le gouvernement sait que pour créer des emplois il ne suffit pas de dire qu'il y a trop de chômage. Il n'est pas possible de tromper le peuple djiboutien en disant que l'Etat peut créer des emplois sans tenir compte de nos ressources. On ne peut plus faire croire aux djiboutiens qu'il est possible d'engager dix secrétaires alors qu'une seule suffit. Les emplois ne peuvent être créés que par les entreprises.

 Et quand je disais que cette croissance était permise par des projets comme l'hôtel Kempeski, c'est là qu'il fallait aussi se poser des questions. Car un projet comme celui là entraîne d'autres emplois induits, ailleurs dans l'hôtellerie : à Djibouti, avec l'amélioration des conditions d'hébergement des autres hôtels qui se rénovent et s'améliorent pour faire face à la concurrence, mais aussi dans l'intérieur du pays, grâce à l'initiative des entrepreneurs qui ont la possibilité d'offrir à cette nouvelle clientèle d'autres produits touristiques.  Ceci représente une politique constructive pour lutter contre le chômage. C'est la politique du Gouvernement.

D'autres chiffres concernaient soit, l'impact de la mesure fiscale prise à l'initiative du Président de la République pour les retraités, soit encore le nombre de puits d'eau et de retenues pour les nomades, obtenus avec le nouveau fonds de lutte contre la soif. Ces seuls chiffres étaient cités à titre d'exemple car ils peuvent symboliser la politique gouvernementale.

D'un coté, tout mettre en œuvre pour inciter les entrepreneurs à investir, à créer des emplois, à payer des impôts, de l'autre, tout faire pour aider les plus pauvres, pour leur permettre de vivre le plus décemment possible dans notre pays. Vous reprenez un terme d'un de mes discours, " une économie à deux vitesses ", je vous en remercie mais je n'en suis pas l'auteur, car c'est le cas de tous les pays en développement et depuis longtemps. Mais surtout notre Président de la République n'a pas attendu votre intervention pour  décider de pallier à ce fait.

La lutte contre la pauvreté est un combat prioritaire depuis longtemps. Elle est devenue sous l'impulsion du gouvernement la priorité absolue : un secrétariat d'état a été spécialement créé pour ne s'occuper que de ce problème ; l'Initiative Nationale pour le Développement Social, qui date déjà de près de  deux ans, coordonne toutes les actions pour plus d'efficacité. Et autre coïncidence, c'est dans le paragraphe du discours de la politique générale gouvernementale, correspondant à cette lutte contre la pauvreté, que je communique d'autres chiffres, qui me paraissaient importants et que vous pourrez retrouver concernant la mise en œuvre du programme social.

 Ainsi le principal objectif de mon discours, et qui était explicitement indiqué dès le début, était de montrer la cohérence de la politique gouvernementale depuis plusieurs années et de la vision qu'a le Président de la République de notre développement. La cohérence de cette politique qui d'une part, soutient  un projet privé de plusieurs milliards pour la construction d'une route ou d'un port  et d'autre part met à la disposition des plus pauvres sur les ressources de l'Etat les millions nécessaires pour aménager un point d'eau, créer un dispensaire ou une école, dans les endroits les plus éloignés du pays.

 La cohérence qu'il y a, d'une part, à permettre des investissements privés dans des secteurs rentables et créateurs d'emplois, et d'autre part, d'aider les populations défavorisées par des financements d'état sur des projets ne présentant que des charges financières pour la collectivité, mais d'une grande importance pour le gouvernement.

Ceci vous a, semble-t-il, échappé. En outre, il n'y a que quelques mois, vous a été soumis le projet de budget de l'Etat pour 2009. Je ne me souviens pas de vos commentaires sur les chiffres, peut être y en avait il trop ? Il est très important d'être cohérent en politique comme dans tout autre domaine d'ailleurs.

Et je peux vous assurer que la politique du gouvernement est cohérente  et à pour objectif le développement du pays dans la paix et le bien être, avec le souci constant de construire et jamais celui de détruire. C'est ainsi que nous avons, par exemple, aujourd'hui trois ports  et trois usines de production d'eau, ce qui n'existait pas il y a seulement dix ans. Entre parenthèse, je crains un peu, compte tenu de l'analyse que vous faites des discours, que vous ne reteniez de ma lettre qu'en dix ans nous avons réalisé seulement ceci.

Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de vous recevoir à plusieurs reprises dans mon bureau et à aucun moment vous n'avez émis le souhait d'avoir des informations sur notre économie, comme cela arrive à vos collègues. Je saisis cette occasion pour vous rappeler que la Banque Nationale de Djibouti publie trimestriellement des statistiques économiques, que la Direction de la Statistique du Ministère de l'Economie et des Finances en fait de même, et que toutes ces données n'ont rien de confidentiel. Les opérateurs économiques qui s'intéressent à la vie djiboutienne se procurent aisément ces données.

Quant à ce que vous désignez de  " secret d'Etat ", le recensement, par politesse je ne qualifierai pas votre remarque, mais je dois vous rappeler que le Ministre de l'Economie et des finances a lancé le début de cette campagne au Palais du Peuple sous mon patronage et en présence notamment de députés, que la télévision et La Nation s'en sont fait l'écho, que les organismes internationaux suivent et participent au financement de recensement, qu'une campagne de sensibilisation et de formation est lancée au Ministère des Finances pour les futurs enquêteurs, que la convocation de ces enquêteurs se fait par voie de presse, que les enquêteurs qui feront ce recensement sont issus des différentes régions du pays, ou parce qu'il faut être très explicite pour que vous compreniez, que ce recensement sera effectué dans chaque région par des enquêteurs de la zone géographique où ils vont effectuer le recensement. Vous voyez, c'est un vrai secret d'Etat.

Enfin, vous qualifiez la réforme sur la décentralisation du terme de " coquille vide ". Je constate que vous n'arrivez pas encore à prendre la mesure de cette grande réforme démocratique que notre Président de la République a été le premier à vouloir. Vous savez que les premières élections locales datent de février 2006. Vous savez que depuis cette date des locaux ont été construits pour les nouvelles administrations régionales. Vous savez qu'à la fin de 2007 et au début de l'année dernière, le Chef de l'Etat a tenu à y installer les conseils régionaux.  Vous savez que les autorités locales ont bénéficié de transferts d'une part importante des compétences qu'elles exercent aujourd'hui.

Vous savez que les élus locaux siègent et participent aux activités nationales dans les échelons qui leur sont impartis par la loi. Je dis " vous savez ", car des membres de votre parti détiennent une présidence et trois vice présidences de ces conseils régionaux. En fait, je ne suis pas sûr que, là encore, vous sachiez tout cela, car je ne veux pas croire que vous avez autant de mépris pour tous ceux qui travaillent à la mise en œuvre d'un processus délicat de transfert de pouvoir, de collaboration nouvelle entre des institutions à compétence locale et nationale, ou à l'institution d'une fiscalité locale. Je veux plutôt croire que vos paroles ont dépassé votre pensée.

Ainsi vous comprenez maintenant pourquoi je vous dis que je vous remercie encore très sincèrement de m'avoir donner l'occasion d'exposer une nouvelle fois cette cohérence de la politique gouvernementale.

Permettez moi à cet égard de saluer les interventions des autres députés du FRUD à l'Assemblée Nationale, car leurs questions et leurs remarques étaient toutes constructives. Je suis certain qu'ils sauront expliquer à notre population, comme je l'ai demandé à tous les députés, la politique gouvernementale, en évitant toute démagogie, arrière-pensée et mensonge.

 Et bien sûr, Monsieur le Président du FRUD, je reste toujours disposé, comme je l'ai fait à de très nombreuses reprises dans le passé, à vous recevoir dans mon bureau pour répondre à votre attente sur tous les sujets qui pourraient vous intéresser. Car, si après le bilan positif de ces dix dernières années de gouvernement, bilan visible et sans aucune équivoque, que nous connaissons tous et que la communauté internationale reconnaît avec satisfaction, vous commencez tout à coup à critiquer le gouvernement, c'est sans doute, comme le laissent entendre des membres de votre entourage politique, que ces critiques non fondées ne sont qu'un faux prétexte pour attirer l'attention sur vous, et que vous pensez que le moment est propice pour demander quelque chose. Je suis donc près à vous écouter.

 DILEITA MOHAMED DILEITA