N°  184 du Jeudi 19 Novembre 2009

Fest'Horn 2009 

Tiken Jah Fakoly, Un rebelle engagé 

Né un matin du 23 juin 1968, Moussa Doumbia Fakoly alias Tiken Jah Fakoly est issu d'une famille de forgerons d'Odienné au nord-ouest de la Côte d'Ivoire. Il entame l'âge de la puberté quand il découvre la musique reggae sous le sillon de ses frères ainés. Il s'imprègne des  mélodies d'artistes jamaïcains de renom comme Bob Marley , Peter Tosh , Burning Spear, U-Roy durant sa période adolescente. Le jeune Moussa Doumbia  adopte logiquement le look rasta de ses idoles et s'essaie dès 1982 aux tours de chants lors des soirées privées qu'il anime en fin de semaine.

Il monte cinq années plus tard son premier groupe, Djelys, avec d'autres musiciens amateurs de sa ville natale. Tiken Jah Fakoly et ses amis de l'époque consacrent de 1987 à 1991 tous leurs après midis aux répétitions. Les Djelys sortent de l'anonymat suite au succès de leur premier concert live dans une salle noire de monde d'Odienné qui remonte au 27 août 1991. Ce début de reconnaissance incite le leader du groupe à persévérer pour réaliser l'objectif qu'il s'est fixé, celui de devenir une star du reggae africain. L'année 1996 marque un tournant décisif dans la carrière de Tiken Jah.

Il produit l'album au titre évocateur de " Mangercratie " dont les morceaux dépeignent la Côte d'Ivoire de l'après Houphouët Boigny. L'œuvre musicale a conquis les jeunes ivoiriens. Une popularité naissante qui lui permet d'exporter sa musique sous d'autres cieux. L'artiste joue son premier concert sur une scène européenne à Paris en 1998. Il enchaîne l'année suivante avec le lancement du disque intitulé " Cours d'histoire " qui affiche de nouveau sa conscience politique. Les mélomanes d'Afrique de l'Ouest se l'arrachent.

L'auteur compositeur connaît dès lors une consécration régionale grâce au ton incisif de ses rimes qui sont assorties d'un son brut au grand bonheur de ses fans africains. Le cours de sa carrière s'accélère avec l'avènement du nouveau millénaire. La commercialisation de l'album "Caméléon " assoit sa réputation de rebelle sur le vieux continent en général, et dans l'Hexagone en particulier. Les textes de ses chansons sont autant de manifestes contestataires à l'encontre des politiciens ivoiriens qui attisent la haine tribale et s'étonnent ensuite de la persistance des massacres interethniques en Côte d'Ivoire.

Tiken Jah se veut authentique avec la sortie du disque " France Afrique " en 2002. Il évoque à travers ses créations musicales les pratiques corruptrices et les délits d'initiés des acteurs du réseau mis en place par le défunt Jacques Foccart.  Sa célébrité et sa liberté de parole lui ont valu de solides inimités parmi la classe politique ivoirienne. Pis, il reçoit des menaces de mort de la part des partisans du concept de l'ivoirité. Tiken Jah est obligé de prendre le chemin de Bamako au Mali. Il vit toujours dans la capitale malienne.  

 Il reste égal à lui-même avec les créations musicales de l'album  " Coup de gueule " produit en 2004 qui pourfendent la mainmise des pouvoirs en place et des multinationales du monde occidental et de leurs affidés africains sur les richesses enfouies dans les sous sols du continent. " L'Africain " est son nouvel opus qui véhicule l'espoir de voir la paix un jour en Afrique. Tiken Jah interprète en duo l'une de ses chansons au titre évocateur de " Ma Côte d'Ivoire " avec son compatriote Beta Simon. Elle est un message de réconciliation.

Elle représente un pont jeté entre deux camps, deux ethnies, deux douleurs. Les refrains du morceau résonnent comme une promesse du retour de l'unité de la nation ivoirienne. Un acte de foi dans l'avenir que Tiken Jah Fakoly partage avec beaucoup d'autres ivoiriens, toutes ethnies confondues.

Neuf ans après son précédent passage dans la seconde édition du Fest'Horn, l'artiste est pressenti pour se produire sur scène devant le public djiboutien au mois de décembre prochain. Les habitués du festival vont retrouver un artiste au faîte de son art. Aux autres mélomanes de la capitale de découvrir Tiken Jah Fakoly qu'une réputation de rebelle engagé du reggae africain devance.