N°  178 du Mardi 10 Novembre 2009

Athlétisme

Pour la détection de futurs champions, une seule adresse,
L'arrière pays ! 

Il y a une semaine, le stade Gouled abritait l'ouverture du championnat national de l'athlétisme. "Athlétisme". Voilà un mot qui recrache à chaque fois sur nos visages et les feux d'une gloire lointaine et l'agonie des rêves avortés.

Depuis maintenant une décennie et même plus, le regard du Djiboutien sur l'athlétisme est pareil au sentiment d'amertume et d'impuissance devant la dévaluation de sa monnaie nationale… ou encore aux douleurs profondes et atroces d'une pauvre mère devant le naufrage de son unique enfant dans les méandres de la débauche. Certes, on y pleure tous le devenir de notre athlétisme.

 Mais également, tous, une petite voix… une toute petite voix nous murmure de temps à autre au plus profond de notre cœur : " non, votre athlétisme  peut renaître et s'envoler de nouveau jusqu'au firmament, les ailes bien déplier planant tout seul, tel un souverain divin dans le ciel de l'histoire." Moi, personnellement, jamais je n'ai cru autant qu'aujourd'hui de pouvoir voir un jour la magie d'un pareil tableau prendre forme. Forme et vie. Suivez-moi, je m'explique !

Partout de par le monde, toute discipline sportive digne de ce nom exige toujours l'équation de trois facteurs : des hommes influents et habiles, de moyens financiers ambitieux, et un soutien politique  permanent.

Et nous…où sommes-nous ? Pas loin. Nous y sommes… Presque.  Avec l'arrivée récente d'un nouveau comité avec à sa tête un certain Cheicko, la fédération djiboutienne d'athlétisme n'a jamais été dans des si bonnes mains. Pour la première fois, des grandes personnalités de l'administration djiboutienne prennent les commandes de la FDA aux côtés des techniciens nationaux et des légendes de la discipline comme notre Ahmed Salah, Robleh Djama ou Charmakeh. Pour le moyen financier, jamais l'espoir n'a été aussi grand qu'aujourd'hui avec l'influence de telles personnalités, et la mise en place du fonds de la Jeunesse par le Président de la République. Quant au soutien politique, c'est une réalité acquise depuis un matin d'avril 99, et incarnée aujourd'hui par le dynamisme de l'actuelle ministre des Sports.

Revenons au lancement du championnat national d'athlétisme du lundi 2 novembre dont l'éclatant succès ne fut que la confirmation de l'annonce de ce profond changement. Et sa dynamique dividende.Soit.

Un responsable de la FDA déclarait au micro de la RTD qu'après la tenue de ces différentes courses, la fédération placera les meilleurs de chaque catégorie en internat pour quelques mois dans le complexe sportif d'Ali-Sabieh, où des entraîneurs cubains les attendent. Parfait.

Mais il y a une chose qu'il ne faut pas oublier : l'hostilité de notre milieu et notre tradition nomade destinent nos potentiels naturels, comme tous les pays de la région, aux courses d'endurance, -le marathon et le semi, le fond et le demi fond. C'est pourquoi toutes les victoires de nos athlètes ont toujours été remportées dans ces catégories avec pour secteur de prédilection le marathon, et Hiroshima en 1985 pour apogée. Si en priorité l'on doit d'abord exploiter pleinement nos potentiels naturels et ensuite travailler dans les autres catégories, alors où faudra t-il chercher nos futurs champions sur les longues distances ?

Tout cela est pour dire que nous autres Djiboutiens avions une spécialité. C'est pourquoi la détection de nos futurs champions doit prendre les sentiers des milieux    ruraux. Championnat du monde ou jeux olympiques, courses internationales ou un événement d'un jour, jamais il n'y est de champions issus du milieu urbain dans aucune catégorie dite  "courses d'endurance". Abbé Bikila, Ahmed Salah, Heile Gebreselassie ou encore Kenenisa Bekele… tous ont été des hommes du pays profond. Des hommes de l'arrière pays que la nature, et le milieu ont si bien armés. Bien avant les hommes. Et justement, c'est dans l'arrière pays et nul part ailleurs que la FDA doit entreprendre et pérenniser ses opérations de détections.

Considérons, l'exemple de nos voisins éthiopiens. Une méthode originale et surtout peu coûteuse. Mais qui rapporte énormément des résultats fantastiques et justifie la domination des Abyssins sur la scène internationale.

Woldemeskel Kostre est faiseur de championnats. C'est lui qui a produit ces dernières années les plus grands champions éthiopiens comme Haile Gebrselassie, Derartu Tulu ou Kenenisa Bekele. Sa recette n'a rien de miraculeux.

Il prend son bâton de pèlerin et sillonne de bout en bout tout l'arrière-pays éthiopien. L'homme plante sa tente ça et là, et organise des compétitions pour détection. C'est ainsi qu'il a retrouvé ces hommes et femmes qui font aujourd'hui la fierté de tout un peuple.

Alors juste une question. Pourquoi ne pas adopter la même méthode ?