N°  147 du Mercredi 16 Septembre 2009

Courrier de lecteurs 

Sur les traces de nos pères 

Je suis un jeune guitariste et un lecteur assidu de votre journal. En ce mois de septembre qui représente, aux yeux de l'artiste que je m'efforce de devenir chaque jour d'avantage, un mois bien particulier dans le calendrier annuel, tant il symbolise des périodes ayant marqué à jamais ma vie aussi bien personnelle que professionnelle, j'aimerai publier dans vos colonnes, ces quelques lignes qui me tiennent à cœur.

Septembre 2007: Mon idole de toujours, Abdallah Abdoulkader Abass dit "Adallah Lee" nous quitte prématurément, au grand désespoir de ses nombreux fans dont je suis. Cette perte immense, endeuille légitimement l'ensemble de la communauté artistique nationale.

Puis sur un plan plus personnel, septembre récidive un an plus tard, presque jour pour jour, marquant la perte d'un autre nom de la chanson nationale qui fût également mon père et repère spirituel, Feu Haroun Ali Cheick dit "Atou Yoo Fan", décédé le 14 septembre 2008 à l'hôpital militaire "Bouffard".

Septembre noir… double perte, double amputation… 

Car c'est précisément en raison de cette admiration pour l'un et complicité avec l'autre…pour suivre leur exemple, que nous avions avec mon jeune frère, décidé d'embrasser des carrières d'artistes.

Parfois, il m'arrive donc de penser que septembre nous aura tout enlevé finalement!

Doté d'un caractère jovial et d'un humour à toute épreuve, père était aussi notre plus proche allié, ami et confident dans notre famille. Pour resituer son parcours, je dirais qu'il s'était engagé sur la scène musicale nationale en 1962, à l'âge de 18 ans.

C'était la grande époque d'"Egla- Maqo"…l'époque de la grande "Dokla".

Particularité anecdotique dont doivent sûrement se souvenir tous ceux qui l'on côtoyé, Haroun Ali Cheick était un chanteur au parcours atypique car il était bègue…mais une fois sur scène, micro en main, la voix jaillissait… magie sublime de l'instant tant convoité, sans accroches et sans fausses notes !

Par ailleurs en 1965, preuve que le contexte artistique de l'époque n'était en rien comparable à celui que nous connaissons, invité par  Feu Ali Oudoum à Hargueisa pour un concert aux allures de retrouvailles d'enfance, il rencontre de grands artistes et chanteurs somaliens tels, Houdeidi,  Magole, Zeinab Hadji- Bahsan, Hibo Noura, Sado Ali…etc….

Et c'est justement là, en Somalie, qu'il rencontre la femme de sa vie et lui chante la mythique chanson, "Atou Yoo Fan".

  Ses compagnons de route s'appelaient alors…Mohamed Ali Talha, Ahmed Hassan Laqdé, Cheik Ahmed, Ibrahim Wayté, Haroun Daoud, Petit- Fannane, Youssouf Abdillahi, Mohamed Kamal ou encore Sokoro…Etc. ….Toute une époque…vraiment !

Je crois savoir enfin que de tout temps, ces pionniers de notre culture nationale souhaitaient avant tout que la langue et la culture ne soient, ni oubliées, ni délaissées, par les jeunes générations.

Aussi, en tant qu'artistes de la nouvelle génération, notre engagement sera de faire de notre mieux pour que ce vœu soit exhaussé au maximum de nos capacités afin de ne surtout pas dévier des traces de nos pères qui nous ont tant apporté.

Septembre m'inspirant tant de sentiments contradictoires, faits à la fois de regrets et de recueillement, j'ai souhaité partager ces quelques réflexions avec le public djiboutien grâce à qui les artistes que nous sommes devraient pouvoir, dans les années à venir, progresser et évoluer…

Ali Haroun
Artiste