N°  109 du Lundi 13 Juillet 2009

Santé

Plaidoyer pour le métier de sage- femme 

Le métier de sage-femme " est le plus beau, le plus noble ", mais " c'est aussi un métier dur et frustrant, un métier avec ses peines et ses difficultés. " Car, " le plus difficile pour une sage-femme est de ne pas pouvoir faire face à la demande, de ne pas arriver à sauver une vie, faute de moyens matériels et humains. " Ces propos sont tirés de l'allocution du ministre de la Santé à l'occasion de la première journée organisée dans le pays en l'honneur de toutes les sages-femmes de la République de Djibouti.

Une foule de femmes, reconnaissables pour la plupart à la blouse rose chatoyante, pour certaines, et de couleur rose sobre, pour d'autres, qu'elles portent toutes si dignement et si fièrement, a empli mercredi dernier les estrades de l'amphithéâtre d'usage commun à l'Ecole de médecine de Djibouti (EMD) et à l'Institut supérieur des sciences de la santé (ISSS). Différentes générations de matrones, infirmières accoucheuses et sages-femmes professionnelles ou encore en formation -- les unes de troisième âge et les autres entre deux âges,  à la fleur de l'âge ou encore plus jeunes et se trouvant en exercice dans les maternités et les centres de santé ainsi que dans l'Administration et les directions sanitaires du pays -- se sont retrouvées en ces lieux pour célébrer un heureux événement qui touche profondément la profession.

Journée de la sage-femme. Et pour cause, en ce 8 juillet 2009, il s'agissait de fêter la première journée dédiée à la sage-femme à Djibouti. " Pour rendre hommage à toutes les sages-femmes qui oeuvrent pour qu'aucune mère ne meurt (en couches)… Car la sage-femme joue un rôle essentiel dans l'amélioration de la Santé ! ", a déclaré dans son speech prononcé à cette occasion Mme Aïcha Ibrahim, la Chargée du Bureau du FNUAP, le Fonds des Nations Unies pour l'aide à la population qui est dans cette initiative le partenaire clé du ministère de la Santé et qui, comme le confirme

M. Abdallah Abdillahi Miguil, est un organisme qui accompagne le département ministériel de la Santé " dans les différents volets de l'amélioration de la santé de la mère et de l'enfant ".

C'était également une journée pour "exprimer la reconnaissance du pays, de la nation… ", a proclamé de son côté la Doyenne des sages-femmes, Mme Samia Mohamed Hadi. Et, pour le patron de la Santé, M. Abdallah Abdillahi Miguil, " il s'agit d'un hommage mérité à un corps professionnel dévoué et remarquable." Puis, " par ce geste, a-t-il dit, il faut voir la reconnaissance de son importance déterminante dans notre organisation, prenant en charge le bien-être du couple mère et enfant ", avant d'ajouter solennellement : " Aussi, je voudrais leur rendre toutes un hommage appuyé parce qu'elles nous réconcilient avec notre tradition, parce qu'elles nous montrent chaque jour, avec courage et obstination, la valeur intrinsèque d'un acte fondateur de la vie : la naissance après tant de douleurs débouchant sur tant de bonheur ! "

Promotion. Cette journée consiste par ailleurs " à faire la promotion du métier des sages-femmes, dans un premier temps (…) Car la sage-femme est un pilier pour la prise en charge de la santé maternelle et infantile ", nous apprend en aparté Mme Mounira Ali Ahmed, la Directrice de la Santé de la Mère et de l'Enfant (DSME). Ce qui, en effet, s'inscrit dans la logique même de l'organisation de cette journée particulièrement dédiée à la profession ; une journée qui "n'est qu'une première étape " ayant au cœur de l'action le " lancement du Programme de renforcement des compétences des sages-femmes de la République de Djibouti ".

Programme. " Dans ce programme, qui a été initié au niveau de plusieurs pays dont Djibouti, il y a plusieurs volets : outre le renforcement des compétences, il y a aussi le renforcement de la structure de formation des sages-femmes et des paramédicaux, puis l'envoi en formation de quelques prestataires et le volet "équipements " tel que l'achat de livres de bibliothèque, par exemple ", nous fait-on savoir à la DSME. A ce propos, le ministre de la Santé a, quant à lui, estimé que ce programme " offre une bonne opportunité de concertation et d'échange quant aux préoccupations majeures liées à la santé de la mère et de l'enfant. " Son but, explique-t-il, "est de renforcer les capacités nationales et d'accroître l'assistance des personnels qualifiés pour tous les accouchements, avec une attention spéciale pour les sages-femmes. " Et sa contribution, assure le ministre, " est attendue dans la réalisation de deux objectifs du Millénaire pour le développement, à savoir l'amélioration de la santé maternelle et la réduction de la mortalité néonatale. "

Association. Au cours de cette journée de la sage-femme, dont la cérémonie organisée à l'amphithéâtre de l'EMD et de l'ISSS fut traversée par intermittences de vives émotions avec des témoignages poignants tels que celui d'une mère sur son vécu à la maternité ou l'intervention d'une infirmière accoucheuse retraitée, il fut question d'encourager les sages-femmes à se regrouper autour d'une association défendant leurs intérêts et qui, selon la DSME, permettrait d'établir des plans d'action pour contribuer encore mieux et en plus organisé à la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Et ceci ne devrait pas rester lettre morte, puisqu'il devrait y avoir par la suite " une assemblée générale où les sages-femmes vont s'organiser pour parler, discuter sérieusement de la création d'une association", si l'on en croit les dires de la directrice " Santé Mère et Enfant ".

Reconnaissance. La journée des sages-femmes s'est ainsi clôturée sur un geste noble et fort révélateur de la volonté politique en matière de valorisation du métier : la remise de certificats honorifiques à une cinquantaine d'anciennes matrones et infirmières accoucheuses. Il s'agit en l'occurrence de la délivrance à chacune d'elles d'une attestation de reconnaissance pour avoir contribué à la réduction de la morbidité et de la mortalité infantiles, comme spécifié sur ce document. Et ce mérite revient de droit aux matrones puisque ce sont " des femmes qui avaient toujours œuvré pour assurer la prise en charge des mères et des enfants, avant même l'arrivée des sages-femmes " d'après la formule moderne pour qualifier celles qui exercent actuellement la même profession, de l'avis de la DSME.

Le ministre de la Santé a été plus explicite sur ce point en indiquant que "l'évolution de ce métier a profité de tout notre ressort culturel, car c'est la disponibilité, l'abnégation et la générosité permanentes des Accoucheuses traditionnelles qui ont donné le titre de noblesse à ce métier formidable " et que " le passage vers un autre groupe plus outillé avec une formation plus appropriée de ce qu'on appelle les Matrones a laissé place aux Sages-femmes diplômées d'Etat. "

En constante augmentation. De là, on apprend que " depuis 1978, le nombre des sages-femmes n'a cessé d'augmenter, en passant de 7 à 40 en formation tous les ans pour une durée de trois années. " Ce qui fait que le ministère de la Santé "s'appuie sur l'institut Supérieur des Sciences de la Santé (ISSS) pour l'exécution des formations initiales et continues ". Un institut qui "depuis sa création à ce jour, a mis à la disposition du pays 137 sages-femmes qui exercent leur métier à tous les niveaux de la pyramide sanitaire de notre pays ". Et l'on sait aussi qu'actuellement " 64 étudiantes sont en cours de formation à l'ISSS. "

Valorisation. A la Direction de la Santé Mère et Enfant, on parle d'ores et déjà d'un acquis certain puisque l'on se réjouit de voir les sages-femmes œuvrer " aussi bien au niveau des maternités et des centres de santé communautaires qu'au niveau des postes de santé et des équipes mobiles qui assurent la prise en charge des femmes dans les zones reculées. Egalement les sages-femmes travaillent au niveau des directions, elles gèrent des programmes, elles participent à la prise de décisions au niveau du ministère de la santé où elles ont le statut de directrice, de chef de service, de conseillère technique, et ainsi de suite. Donc, elles ont évolué dans le métier pour devenir également,  au niveau des services, des sages-femmes anesthésistes, des sages-femmes surveillantes de maternité, etc. "

Mémoire. Autre succès à signaler, selon le ministre Abdallah Abdillahi Miguil, "le Diplôme d'Etat de sage-femme est équivalent, depuis le mois dernier, à une licence et cela est une véritable victoire pour cette profession. " C'était l'annonce du jour.

En tout cas, quelqu'un dans la foule l'avait si bien dit : " Ceci restera marqué dans la mémoire des femmes qui exercent ce métier ! " Le noble métier de sage-femme, qu'il est sage d'inculquer aux nouvelles générations. Car sage ne peut provenir que de la sagesse !...

FAHIM


Réaction 

" Cela servira à valoriser la profession… "
Mme Souraya Awaleh Saïd, ancienne infirmière accoucheuse
 actuellement retraitée, récipiendaire du certificat honorifique

" J'ai exercé ce métier durant environ 28 ans. Le ministre de la Santé nous a vraiment honoré en organisant cette excellente cérémonie de reconnaissance des compétences et de l'importance du rôle de la sage-femme.

C'est donc une grande joie pour nous et cela nous touche énormément. D'abord, je rends louanges à Dieu qui nous a permis de vivre un tel événement. Puis, j'adresse mes remerciements au président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, Et mes remerciements vont également au ministre de la Santé qui a si brillamment organisé pour nous cette excellente fête de la sage-femme djiboutienne.

Nous sommes sincèrement touchées par la remise d'attestations qui honore les anciennes sages-femmes. Cet hommage rendu n'est pas peu de chose à nos yeux et la reconnaissance des compétences de la sage-femme servira, à mon avis, à valoriser le métier auprès des nouvelles générations qui nous ont suivis ou qui nous suivront dans cet exercice de la médecine.

Je saisi cette occasion pour dire à toutes les jeunes femmes qui pratiquent ce métier de mettre du bon cœur à l'ouvrage et, comme nous le faisions auparavant, de faire preuve d'une grande humanité, car il s'agit de mettre au monde des bébés !… "