Journal La Nation - Quotidien Djiboutien

Le Premier ministre somalien reçu
par le chef de l’Etat à la Présidence

En marge de la 21e réunion du groupe de contact sur la Somalie, le Premier ministre somalien, Abdiwali Mohamed Ali a demandé et obtenu hier une audience auprès du chef de l’Etat Ismaïl Omar Guelleh qui l’a reçu au palais présidentiel dans la matinée. Le Premier ministre somalien et son hôte djiboutien ont longuement discuté de différentes solutions envisageables pour sortir la Somalie de la crise.. . .. . ..Lire la suite

Artist's interpretation of article headline
Littérature et linguistique
Les amours maudites (2ème partie)

La narratologie est une composante de la sémiotique qui a elle-même pour objectif principal d’étudier la relation entre les signes et leur signification. « Etude des structures narratives, notammentdans les textes écrits. » C’est en ces termes que Le Petit Larousse définit la narratologie.

A mi-chemin entre la linguistique et la littérature, celle-ci se propose en effet d’élucider la trame narrative selon un schéma bien défini.

A travers cette approche, elle vise naturellement à éclairer à la fois sur la succession des évènements dans un récit, la manière dont sont racontés ou présentés les faits, les intentions de l’auteur derrière l’action et les paroles de ses personnages… etc.

Dans leur exposé sur la narratologie, Lucie Guillemette et Cynthia Lévesque de l’université du Québec à Trois-Rivières soulignent que « pour bien cerner l’apport de la narratologie, il importe de saisir la distinction entre trois entités fondamentales : l’histoire, le récit et la narration.»

Et d’ajouter un peu plus loin : « L’étude du discours du récit vise à dégager les principes communs de composition des textes, principes qui tendent à l’universalité. » Quelles que soient les motivations des travaux de Gérard Genette à qui l’on doit la typologie narratologique, il est indéniable qu’à travers cette dernière la linguistique est une fois de plus sollicitée dans le cadre de l’analyse littéraire. Il était temps.

A l’heure où le Nouveau Roman n’aura pas encore fini de livrer tous ses secrets, où l’on assiste à l’émergence d’une sorte d’écriture fragmentée basée davantage sur la fulgurance et les expressions imagées que sur une narration structurée et ordonnée, il était en effet indispensable de recourir aux outils linguistiques afin de cerner le message véritable et de dégager le sens profond des textes écrits.

Pour corroborer nos propos, nous allons citer, à titre d’exemple bien sûr, les pages de «La chambre de la vierge impure », roman de l’Algérien Amin Zaoui dont le travail, surprenant a priori de par sa structure ainsi que l’enchaînement des idées, participe aux innovations qui caractérisent de nos jours ce qu’il est convenu d’appeler le nouveau roman maghrébin.

Tout, en effet, dérange dans cette œuvre. A commencer par l’intrigue qui se distingue par sa curieuse esthétique. L’auteur s’y livre en effet à un mode d’écriture tout à fait nouveau, c’est-à-dire aux antipodes des longues constructions dont nous ont habitués les pionniers de la littérature maghrébine d’expression française.

Raffiné, rigoureusement travaillé, le style révèle une grande force de singularité au service d’une imagination très féconde (celle de l’écrivain), le tout ayant pour résultat des phrases courtes, morcelées, éclatées, et des images éparses, confuses, esseulées et en même temps étrangement poétiques.

S’il est vrai qu’Amin Zaoui excelle dans l’art de la fulgurance tout autant que ses pairs maghrébins, Yasmina Khadra en tête, il n’en reste pas moins que l’on peut parler, concernant « La Chambre de la vierge impure », d’une esthétique basée sur la fragmentation.

C’est cela que démontre clairement le passage suivant que nous avons emprunté à l’ouvrage de Zaoui : « En recoupant les détails de diverses histoires racontées sur la mort de mon père et rapportées par Chéhia et les autres, je n’étais plus sûr d’être son fils […] J’étais donc le fils du vent, de la noirceur et du rêve. J’étais le fis d’un nuage, d’un souffle ! La fumée ! Rien ! Mensonge. »

« En recoupant les détails de diverses histoires… », prenons au mot l’écrivain algérien, ou plutôt le narrateur de son roman ! Départager les différentes histoires imbriquées les unes aux autres dans un même récit, c’est à cette tâche que s’emploie principalement la narratologie.

De là déduire son utilité dans les cas comme celui du livre d’Amin Zaoui. Dans les pages de cette œuvre, l’auteur fournit par ailleurs deux dates : 5 octobre 1988, 11 septembre 2001. Entre les deux, que de déchirements dans la vie d’Ailane, le héros du roman.

Il sort de chez lui le 5 octobre 1988 dans le but de se procurer un demi pain de sucre et ne réapparaît que le 11 septembre 2001. Que de découvertes et de rencontres faites par le jeune homme dans son univers miné par la drogue et le terrorisme au cours de ces treize années d’errance loin de ses parents et de son pays natal !

Que d’illusions et de désillusions ! C’est par rapport à ce genre de texte que l’approche narratologique prend tout son sens. Toute son importance aussi. D’abord, parce qu’elle va permettre de restituer la succession des évènements, d’établir les ellipses narratives, d’identifier les anticipations et les retours en arrière. Ensuite, parce qu’elle va déterminer la place du narrateur par rapport à son récit.

Enfin, parce qu’elle va aider à délimiter les différentes phases de la narration. Une telle conception de la typologie narratologique est, il est vrai, à même de réduire le fossé entre linguistique et littérature car « les textes littéraires déploient […] de multiples ressources de la langue, que l’on ne peut guère retrouver au moyen d’exemples forgés et qui sont nécessairement absentes de corpus oraux ou de corpus écrits mais non littéraires. »

Dans ce même ordre, il ne serait pas certainement erroné dire que le recours à la technique narratologique s’impose comme une nécessité dans la compréhension des textes littéraires.

Sans elle, comment pourrait-on fixer en effet la trame narrative sur l’axe chronologie et établir une certaine logique dans la succession des faits dans un récit donné ? Comment pourrait-on définir le statut du narrateur par rapport aux évènements qu’il raconte ? Qu’allait-on faire pour démêler passé, présent et futur, rêve et réalité, rupture et jointure ?

Quelles que soient les réponses que l’on voudrait avancer devant ces interrogations, une chose est sûre : «l’analyse linguistique doit se confronter aux textes.» Plus qu’un simple constat, il s’agit ici d’une évidence scientifique devant les exigences de notre ère moderne, la linguistique, comme beaucoup d’autres disciplines, étant appelée à se conformer aux innovations apportées par les nouvelles technologies dans le domaine littéraire. (… à suivre.)

Isman. O